samedi 1 octobre 2016

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La vaccination contre la méningite fait émerger des pneumocoques résistants

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Depuis 2003, une vaccination quasi-systématique des nourrissons contre le pneumocoque à débuté en France (vaccin PCV7)
. L’objectif était de réduire le risque de méningites chez les enfants de moins de 2 ans. Ce vaccin avait montré aux Etats-Unis qu’il était capable de réduire les infections méningée provoquées par 7 types différents de pneumocoques (d’où son nom), les pneumocoques de sérotype 4,6B,9V,14,18,19F,23F.

Pourtant, l’équipe de Pédiatrie de Montreuil (France) publie deux cas “d’infection massive à Pneumocoques” chez des enfants de moins de deux ans:

– Le premier enfant était une petite fille de 16 mois vaccinée par PCV7. Elle avait reçu 4 doses du vaccin à 3, 4, 6 et 11 mois. Elle est hospitalisée pour une fièvre à 41,7° et une grande fatigue. Sa biologie semblait caractériser une infection et les médecins ont mis en culture un peu de son sang afin d’y rechercher une infection bactérienne avant de débuter rapidement un traitement antibiotique. La recherche bactérienne confirmait une infection à pneumocoques (sérotype 19A), mais un type de pneumocoques pour lequel le vaccin ne protégeait pas.

– Le deuxième enfant, une petite fille également, n’avait pas reçu le vaccin PCV7. Elle est arrivée aux urgences avec une fièvre à 40°et un bon état général. Les médecins ont prélevé du liquide céphalo-rachidien à la recherche d’une méningite et du sang. Tous les prélèvements ont confirmé une infection à pneumocoques, de sérotype 10 A, là aussi, un sérotype qui est de toute manière n’est pas couvert par la vaccination.

Ces deux cas témoigne d’un problème majeur. En fait, le vaccin ne protège que contre 7 types de pneumocoques or il en existe beaucoup plus. Et ceux pour lesquels le vaccin ne protège pas sont souvent plus virulents et beaucoup plus difficiles à traiter, on les dit résistants aux antibiotiques.

Si la vaccination massive des enfants par le PCV7 a pu, pendant un temps, éviter des méningites par les 7 pneumocoques qu’il visait, il a aussi permis à d’autres pneumocoques de prendre leur place. La conséquence, c’est que de nombreux cas de méningites à pneumocoques résistants, comme ceux des deux enfants, risquent maintenant de survenir.

En fait, des chercheurs américains ont tiré la sonnette d’alarme dès janvier 2009 en publiant une étude dans un grand journal de médecine, le New England Journal Of Medicine. qui confirmait que si effectivement une réduction du nombre de méningites a pu être obtenu, en revanche, cela se fait au prix d’une explosion des méningites à pneumocoque non couverts par le vaccin et ces pneumocoques sont très fortement résistants aux antibiotiques connus posant des problèmes thérapeutiques majeurs (photo).

Les pédiatres Français concluent de leur observation qu’elle “confirme le remplacement des souches incluses dans le vaccin, observé dans les pays où cette vaccination a été généralisée, par d’autres souches de pneumocoques. Elle pose le problème de la politique vaccinale (…)“.
Pour l’instant la politique vaccinale Française n’a pas été modifiée.

Les effets secondaires de la vaccination ont été quantifiés par l’agence du médicamen
t sur 3 ans de suivi et montrent, sur cette période un total de 221 réactions post-vaccinales chez des enfants de 6 mois en moyenne (pour plus de 7,8 millions de doses utilisées)
– méningites à pneumocoque (19%)
– convulsions (12%)
– fièvre (9%).
– 11 cas de mort subite (4,9%, pour une fréquence attendue de 48,1/100 000),
– 10 cas de purpura thrombopénique (4,5%),
– 6 cas de purpura vasculaire (2,7%) et
– 4 cas de maladie de Kawasaki (1,8%)
– 60 cas d’infections invasives à pneumocoques (43 cas de méningites, 11 cas de pneumopathies, 5 cas de bactériémies et un cas d’arthrite. Dans 32 de ces cas, le sérotype était connu et non inclus dans le vaccin : 12 cas sur 32 concernaient le sérotype 19 A.

L’évolution (mort subite exclue) était une guérison dans 147 cas (70%), des séquelles dans 15 cas (7.1%), 12 cas de décès (5.7%). L’évolution était inconnue dans 36 cas (17%). Les 12 décès concernaient une complication d’une infection invasive à pneumocoque (11) et un choc (1). Les 15 cas de séquelles étaient des séquelles auditives (4), neurologiques (4), auditive et neurologique.

Source

Emergence de pneumocoques invasifs de sérotype non vaccinal: à propos de 2 cas de sérotype 19A et 10A
P. Ferré, P. Daoud and N. Zemouri
Archives de Pédiatrie 2009;16:1350-1352

Effect of Pneumococcal Conjugate Vaccine on Pneumococcal Meningitis (texte entier consultable)

Heather E. Hsu, Kathleen A. Shutt, Matthew R. Moore, Bernard W. Beall, Nancy M. Bennett, Allen S. Craig, Monica M, Farley,James H. Jorgensen, Catherine A. Lexau.,Susan Petit, Arthur Reingold, William Schaffner,Ann Thomas, Cynthia G. Whitney, Lee H. Harrison

N Engl J Med 2009;360:244-56.

Commission Nationale de Pharmacovigilance: Compte rendu de la réunion du mardi 27 janvier 2009

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