lundi 5 décembre 2016

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Fin de la pandémie H1N1 en Australie : Dans une population non vaccinée, quel bilan, quels enseignements?

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L’hémisphère sud est sorti de l’hiver, et avec l’arrivée du printemps, le virus H1N1 a disparu. Retour sur le bilan de la pandémie dans un pays qui a mis en place toutes les mesures possibles de prévention mais sans aucune vaccination, puisqu’elle n’était pas encore disponible. L’exemple Australien est intéressant car il nous permet d’évaluer les conséquences que pourra avoir la grippe H1N1 dans d’autres populations et en particulier en France. La population Australienne est en majorité urbaine. La population Française représente 3 fois la population Australienne.

L’Australie s’était doté d’un plan d’action classique contre la pandémie, basé sur les connaissances apportées par les publications scientifiques internationales. Très tôt, des contrôles aux frontières sont effectués, des groupes à risque sont identifiés, femmes enceintes, population aborigène, population avec obésité morbide ou pathologie médicale grave. Ces personnes bénéficiaient très rapidement d’un traitement antiviral en cas de grippe majeure et de détresse respiratoire. En parallèle, les stocks nationaux d’antiviraux sont mis à disposition, du matériel personnel de protection est distribué aux médecins généralistes, il est recommandé aux personnes qui sont atteintes de rester chez elles. Les écoles sont fermées si besoin.

La pandémie virale H1N1 a duré 18 semaines, de mi-mai à fin septembre. Les consultations chez les médecins généralistes ont atteint le taux record de 34 pour 1000 habitants (3,4% de la population a consulté pour une grippe). Le H1N1 était retrouvé dans 90% des cas de grippe. Le taux d’absentéisme à l’école et au travail a été comparable à l’année 2007, année ou l’Australie a subi sa pire saison grippale. Le taux d’hospitalisation est monté à 23 pour 100 000 habitants (0,023% de la population) dont 13% ayant nécessité une hospitalisation en soins intensifs (0,003% de la population totale). Les aborigènes étaient sur-représentés avec 16% des malades. Le plus fort taux d’hospitalisation est survenu parmi les enfants de moins de 5 ans et en particulier chez les garçons avec 67,8 hospitalisations pour 100 000 (0,067%), 54/100 000 chez les filles (0,054%). A titre de comparaison, la dernière pandémie de grippe saisonnière avait entraîné 51,1 hospitalisations pour 100 000 enfants (0,051%). La durée moyenne d’hospitalisation a été de 3 jours mais 19% ont nécessité plus de 7 jours d’hospitalisation. Une atteinte pulmonaire sévère où même un respirateur artificiel n’était pas suffisant et où une autre technique a été utilisée (ECMO) a touché 2,1 patients par millions d’habitants (soit 42 patients pour toute l’Australie); 2 patients sur 3 ont survécu. En tout, 3,5 personnes sur 100 000 ont nécessité des oins intensifs. L’âge moyen de ces malade était de 42 ans. Cela représente 387 adultes de plus de 20 ans hospitalisés avec atteinte pulmonaire liée au H1N1. La grippe saisonnière, en comparaison nécessite en moyenne l’hospitalisation en soins intensifs de 57 personnes par saison grippale. Le pic de la pandémie a duré 3 semaine et les capacitées d’hospitalisation étaient largement suffisantes.

Avant le début de la pandémie, ils y avait des prédictions alarmistes selon lesquelles la pandémie H1N1 produirait des milliers de morts. En réalité, seulement 190 décès liés au H1N1 ont été répertoriés. Il y a donc eu beaucoup moins de décès qu’au cours des autres pandémies grippales, même si l’âge moyen des décédés était de 53 ans contre un âge moyen de 83 ans au cours des grippes saisonnières.

Un programme de vaccination a cependant été initié à la fin du mois de septembre, alors que la pandémie s’éteignait, les autorité Australiennes voulant assurer une immunité large en cas de nouvelle pandémie au virus H1N1 dans les années à venir. A noter qu’une étude avait retrouvé une immunité préexistante chez 14% de la population, probablement liée à la précédente pandémie de 1957.

les auteurs concluent à l’intérêt des mesures de prévention et à l’importance de l’identification des groupes à risque.

Que retenir ? Du fait de l’absence d’immunité des populations contre le virus H1N1, son extension a été rapide et importante, plus rapide et plus importante qu’une grippe saisonnière classique. Sa diffusion pulmonaire, alors que la grippe saisonnière reste en général localisée plus haut dans le tractus respiratoire, explique certains cas plus graves et l’atteinte de groupes à risque différents. Cependant sa dangerosité au final est moindre. Le taux de mortalité est moindre et cela sans qu’aucune vaccination n’ait été utilisée pendant la pandémie en Australie, alors même qu’une vaccination contre la grippe saisonnière est largement disponible. La lutte contre le virus nécessite des mesures classiques de précaution, et certainement un bon état et une bonne coordination des services hospitaliers et de réanimation. En aucun cas le catastrophisme n’est de mise. Si l’on corrèle le taux de mortalité Australien, soit 190 décès, à la population Française, le nombre de décès en France devrait approcher les 600 (68 décès enregistrés à fin novembre), soit 10 fois moins qu’au cours d’une grippe saisonnière classique, avec cependant, il est vrai, des patients plus jeunes mais en grande majorité souffrant de pathologies préalables déjà importantes.

Source

Australia’s Winter with the 2009 Pandemic Influenza A (H1N1) Virus
James F. Bishop, M.D., Mary P. Murnane, B.A., and Rhonda Owen, B.Sc.
New England Journal of Medecine 2009

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