vendredi 30 septembre 2016

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La vérité sur le Tamiflu ?

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Les inhibiteurs de la neuraminidase sont administrés sous la forme de nébulisation (Relenza, Glaxo-Welcome) ou sous la forme de comprimés oraux (Tamiflu, Laboratoire Gilead Science et F Hoffman-Laroche). Inhiber la neuraminidase doit bloquer la sortie du virus influenza de la cellule hôte et éviter la contamination d’autres cellules. Leur utilisation a été énormément accrue depuis le début de la pandémie H1N1, en partie du fait des résistances à l’amantadine et à la rimantadine. Leur utilisation a été recommandée par l’OMS. L’objet de cette publication est de vérifier l’efficacité réelle de ces médicaments à prévenir ou à améliorer une grippe, à réduire la transmission du virus et ses complications, tout en évaluant ses effets secondaires.

Les données analysées suggèrent que les inhibiteurs de la neuraminidase sont efficaces pour réduire les symptômes de la grippe mais de manière modeste réduisant la durée de la maladie d’environ une journée. Ce bénéfice a été généralisé pour étendre leur utilisation chez des patients hospitalisés gravement atteints. Il faut néanmoins garder à l’esprit qu’il n’y a pas d’étude validant cette utilisation.

Les données sur l’efficacité de l’oseltamivir à prévenir les complications ne sont pas claires. Cette efficacité aurait été affirmée à partir d’une complilation de 10 études dont seulement 2 avaient été publiées. Les auteurs de la présente publication se sont vu proposer les données non publiées afin de les étudier mais disent-ils “avec des conditions qui nous sont apparues comme inacceptables”. Les autres données disponibles sont insuffisantes pour permettre de connaître l’intérêt des inhibiteurs de la neuraminidase à réduire les complications respiratoires, l’utilisation des antibiotiques ou l’hospitalisation.

Concernant l’utilisation des inhibiteurs de la neuraminidase contre la grippe H5N1 ou H1N1, les auteurs n’ont retrouvé aucune donnée. C’est donc par extention que l’on imagine qu’ils peuvent être actifs. Cependant, ils n’empêchent ni l’infection, ni les excrétions nasales contaminantes et ne peuvent donc pas être un moyen optimal de réduction d’une pandémie.

Concernant les effets secondaires, les données sont également parcellaires, certaines données suggérent des changements de comportement, une tendance suicidaire et des cas de mort subite chez des patients endormis. Le gouvernement Japonais avait réclamé une étude du fait de 567 cas neuropsvchiatriques concidérés comme sérieux survenues entre 2001 et 2007. Ces cas doivent néanmoins être rares alors que 36 million de doses ont déjà été distribuées.

Les auteurs, devant la faiblesse de l’efficacité démontrée des inhibiteurs de la neuraminidase, suggèrent qu’ils ne soient pas utilisés en routine dans le contrôle de la grippe saisonnière. Ils ne peuvent être aussi catégoriques concernant la pandémie H1N1. Leur efficacité dans les complications respiratoires basses manque de preuve concluent-ils encore.

Source

Neuraminidase inhibitors for preventing and treating influenza in healthy adults: systematic review and meta- analysis
Tom Jefferson, Mark Jones, Peter Doshi, Chris Del Mar
BMJ 2009;339:b5106

Lire également

la réponse des Laboratoires Roche à cette publication

La réponse affirme qu’à propos des 10 études dont parle l’article, une analyse globale publiée en 2003 montre que l’oseltamivir réduit les infections respiratoires basses et les hospitalisations chez les patients souffrant de grippe, qu’ils soient à risque ou non. D’autres études montrent l’efficacité et la sécurité d’emploi du médicament (7 études sont citées sans être développées).

Au cours des semaines passées de nombreux investigateurs ont été interrogés par les auteurs de l’étude et par la télévision Channel 4 news. L’ensemble des réponses fournies en toute transparence ne doit laisser aucun doute sur l’intégrité des données, des publications et des liens entre Roche et les investigateurs indépendants.

Concernant l’existence de données non publiées, l’auteur de la lettre affirme que ces données sont dorénavant consultables en ligne sur le site roche-trials.com.

A propos de l’auteur principal de l’étude publiée dans le BMJ, le Dr T Jefferson, le laboratoire Roche a trouvé étonnant qu’il essaye d’obtenir des données par le biais d’une chaîne de télévision, d’autant plus dit le courrier, que le Dr T Jefferson a été rémunéré en tant que consultant par Roche, alors qu’il travaillait sur l’oseltamivir entre 1997 et 1999.

Roche replies to the authors of the Cochrane Review on oseltamivir
James Smith, international medical leader, Tamiflu, On behalf of Roche
BMJ 2009;339:b5364

Voir également : L’écriture de cet article publié dans le British Medical Journal a fait l’objet d’un reportage télévisé qui sera prochainement diffusé sur la télévision anglaise, Channel 4 News. Nous partagerons ce film avec vous s’il est mis en ligne sur un site de diffusion de vidéos.

Crédit photo Creative Commons by Ajoutée le Quiplash!

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