dimanche 4 décembre 2016

Docbuzz

Retrouvez Docbuzz sur Twitter

Docbuzz est aussi sur Facebook

Contrairement aux antibiotiques, le Tamiflu, c’est (malheureusement) automatique!

3483335092_72489a9575

Alors qu’un article du British Medical Journal vient de sévèrement critiquer l’utilité du Tamiflu (cf article Docbuzz) tout en posant un certain nombre de questions quant-à ses effets secondaires, le ministère de la santé décide de rendre obligatoire sa prescription par tous les médecins généralistes en cas de symptômes grippaux cliniques. L’état français met donc à disposition des pharmacies à partir du 21 décembre les tonnes de stocks d’antiviral accumulées en 2004 lors de la non-pandémie de grippe H5N1, la grippe aviaire.

En 2004, la France avait acheté des tonnes de Tamiflu sous forme de poudre et l’avait fait conditionner sous forme de comprimés par la Pharmacie Centrale des Armées (PCA). La France dispose donc de millions de doses de Tamiflu inutilisées depuis. Ces comprimés de Tamiflu auraient du être considérés comme périmés en 2009, pourtant l’Etat français a administrativement allongé cette durée de péremption de 2 ans, rendant légale leur délivrance à la population. Rappelons-nous qu’en avril 2009, la livraison du Tamiflu avait été suspendue dans les pharmacies Françaises sur ordre du même gouvernement.

Voici ce qu’indique l’AFFSAPS sur son site internet:

“Par ailleurs, en raison de la pandémie, la stratégie et les modalités d’utilisation des antiviraux ont été actualisées et seront disponibles sur le site du ministère de la santé :

. La prescription du traitement antiviral est systématique chez le patient présentant une grippe clinique.

. Le prélèvement naso-pharyngé à visée diagnostique préalablement à la mise sous traitement antiviral curatif n’est pas systématique. Ses indications sont restreintes à des cas particuliers comme les formes graves.”

Pour une personne non malade et présentant des facteurs de risque (dont les femmes enceintes et les enfants de moins de 1 an) qui a été en contact étroit avec une personne grippée, un traitement antiviral post exposition est recommandé. Le traitement est dit préemptif (à dose curative et pendant 5 jours).

Pour cette dernière indication, qui ne figure pas dans les indications de l’AMM, l’Afssaps a rendu un avis positif en considérant que ce type de traitement prophylactique à dose curative permet potentiellement de baisser le risque d’émergence de mutants résistants tout en améliorant la prise en charge des personnes susceptibles de développer des formes graves de grippe.”

Que faut-il en penser? Outre la reconnaissance officielle d’une utilisation hors indication et donc en dehors de toute validation scientifique et clinique, ce traitement sera administré dans tous les cas de grippe sans savoir s’il s’agit de Grippe A ou de grippe saisonnière, Elle devient même recommandée chez des sujets non malades au contact d’une personne grippée, là aussi en dehors de toute Autorisation de Mise sur le Marché ! On ne connaît par ailleurs pas les conséquences de l’administration de ce traitement chez la femme enceinte ni sur son foetus. De plus, le Tamiflu devient prescriptible chez l’enfant de moins de 1 an, alors même que le Président des laboratoires Roche Henri-Vincent Charbonné, auditionné à l’assemblée Nationale en 2005 précisait bien que son usage se limitait aux enfants de plus de 1 an...Bien sûr, depuis les organismes gouvernementaux ont rendu des avis autorisant cette délivrance selon le principe que “les bénéfices dépassaient les risques”. Nous n’avons pourtant pas été en mesure de trouver une seule étude scientifique publiée démontrant cette mesure positive du rapport bénéfice/risque, d’autant plus aléatoire depuis que l’on sait que les risques réels liés à la grippe A sont particulièrement faibles et ont été, ces derniers mois, largement surestimés par toutes les autorités de santé. Entre le 1 octobre et le 30 novembre 2009, 645 000 boites de Tamiflu ont été délivrées en France (ce qui ne veut pas dire consommées) donnant lieu à 59 signalements d’effets secondaires : 36 ont été jugés non graves incluant troubles gastro-intestinaux, réactions allergiques cutanées, réaction asthmatique (ce qui, dans le cas d’une grippe, devient dangereux), 23 ont été considérés comme graves incluant 2 décès (jugés non liés au médicament), 5 réactions allergiques, 4 cas de troubles gastro-intestinaux et 2 cas de troubles du comportement à type de délire, désinhibition, hallucinations (Les effets scondaires psychiatriques avaient déjà été notifiés chez plus de 500 patients au Japon suite à l’utilisation du Tamiflu- cf article Docbuzz).

Que dire de l’hypothèse iconoclaste selon laquelle cela abaissera le risque de mutation virale... C’est pourtant sur cette hypothèse que repose la délivrance massive prônée par l’AFSSAPS. Un virus massivement en contact d’un médicament aura plutôt tendance à rapidement muter…C’est d’ailleurs ce que rappelait toujours en 2005 le président des laboratoires Roche : “Cela dit, j’insiste sur le fait qu’en cas de pandémie il est évident que l’utilisation massive de Tamiflu conduira à l’apparition de souches résistantes“, avait-il déclaré à l’Assemblée Nationale…

Toujours selon cette audition, “La poudre en vrac se périme pour l’instant au bout de cinq ans, mais devrait rester stable au moins dix ans. Cependant, en droit pharmaceutique, on ne peut augmenter le délai de péremption que lorsque l’augmentation de celle-ci a été constatée en temps réel.

Au total, il apparaît surprenant d’exposer une population à un médicament aux effets bénéfiques limités, qui plus est une population non à risque, ou une population non malade pour laquelle le rapport bénéfice/risque ne peut qu’être défavorable. Par ailleurs des interrogations demeurent quant aux conséquences des mutations virales qui vont devenir plus fréquentes et rendront le Tamiflu rapidement totalement inefficace. On sait que ces souches résistantes existent déjà. Les questions qui demeurent et qui ne trouvent aucune réponse scientifique sont les suivantes : Pourquoi font-ils cela? Quel crédit accorder encore à nos organismes de santé censés protéger la population?

Source

AFFSAPS: Grippe A(H1N1) et antiviraux – Mise à disposition dans les pharmacies des stocks gouvernementaux de Tamiflu®, Oseltamivir PG 30 mg et de Relenza® 11/12/2009

Assemblée Nationale 2005: Audition de M. Henry-Vincent Charbonné, Président du laboratoire Roche France

10/12/09 : Bulletin n°1 – Suivi de pharmacovigilance des antiviraux utilisés dans le cadre de la grippe A(H1N1) (10/12/2009) application/pdf (90 ko)

Crédit Photo Creative Commons by Neno°

Articles sur le même sujet