lundi 5 décembre 2016

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Les désinfectants ménagers créent des bactéries mutantes résistantes aux antibiotiques

Une équipe de l’université irlandaise de Galway a évaluer les effets du chlorure de benzalkonium contenu dans les désinfectants ménagers sur une bactérie, le Pseudomonas aeruginosa.

Le chlorure de benzalkonium est un agent chimique biocide/microbicide utilisé comme désinfectant et conservateur dans les produits cosmétiques, pour le nettoyage des yeux, du visage, du nez, des mains, et de la bouche, mais aussi dans les crèmes spermicides, les produits de nettoyage des lentilles de contact, les lingettes désinfectantes et encore  dans les produits de nettoyage/désinfectant pour les toilettes, la salle de bain, la cuisine, et les hôpitaux…

Le Pseudomonas aeruginosa est une bactérie pathogène pour l’homme qui est de plus en plus responsable d’infections nosocomiales (infection contractée lors d’un séjour à l’hôpital). C’est via le réseau d’eau de l’hôpital, qui héberge ces clones épidémiques souvent multi-résistants aux antibiotiques, que les patients peuvent se contaminer. Pseudomonas aeruginosa infecte également les plaies cutanées, les plaies opératoires, l’oeil, l’appareil urinaire ou le cerveau après un geste médical. Elle crée de graves infections pulmonaires chez les patients souffrant de mucoviscidose et les patients immunodéprimés. Le Pseudomonas aeroginosa fait parti des 7 germes générateurs d’infections nosocomiales les plus surveillés en Europe (On estime qu’il est responsable de plus de 10% des infections nosocomiales en France).

Les chercheurs irlandais ont ajouté du chlorure de benzalkonium à des cultures de Pseudomonas aeruginosa. La bactérie a muté et s’est ainsi rapidement adaptée au désinfectant, devenant en moins d’un mois, 12 fois moins sensible. Elle a part ailleurs réussi à développer une mutation qui la rendait 256 fois plus résistante à un antibiotique la ciprofloxacine (Ciflox), une fluoroquinolone.

Les scientifiques ont ensuite cultivé ensemble le mutant qui s’était adapté au désinfectant, avec un souche non mutante de Pseudomonas, et ont rajouté à cette culture du chlorure de benzalkonium, recréant ainsi ce qui peut se passer sur un sol d’hôpital par exemple. Une dose même très faible de chlorure de benzalkonium a suffi pour sélectionner la bactérie mutante qui a pu proliférer. Des doses 10 fois supérieures du désinfectant ont été capables d’éviter cette prolifération.

Ainsi, selon les auteurs, des résidus de désinfectants, encore plus s’ils sont mal dosés, favorisent le développement de germes pathogènes résistants. Il faudrait étudier de manière plus poussée les conséquences actuelles de l’utilisation des désinfectants dans les hôpitaux et rechercher les combinaisons de désinfectants les plus efficaces pour éliminer les germes.

A ce jour, le meilleur désinfectant reste l’eau de javel (pour l’instant…)

Sur le site internet d’un industriel vendant des désinfectant ménagers contenant du chlorure de benzalkonium, on peut lire ceci  dans la rubrique FAQ:

L’utilisation de nettoyants antibactériens/désinfectants encourage-t-elle le développement de superbactéries ou supervirus?

Réponse:

Bien que les médias aient beaucoup parlé récemment de la possibilité que les produits antibactériens puissent engendrer de superbactéries ou supervirus, les seules preuves corroborant cette théorie émanent d’études réalisées par des laboratoires peu objectifs. Il n’existe aucune donnée provenant d’études réalisées sur le terrain prouvant que ce phénomène arrive dans le monde réel. En outre, cet argument est traditionnellement associé à une mauvaise utilisation des antibiotiques; son association récente aux produits antibactériens illustre l’incompréhension et la confusion des médias concernant les vertus de ces produits.

Source

Effect of subinhibitory concentrations of benzalkonium chloride on the competitiveness of Pseudomonas aeruginosa grown in continuous culture
Paul H. Mc Cay, Alain A. Ocampo-Sosa and Gerard T. A. Fleming
Microbiology 156 (2010), 30-38; DOI  10.1099/mic.0.029751-0

Crédit Photo Creative Commons

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