samedi 1 octobre 2016

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Femmes enceintes, les vrais risques de la grippe A

Alors qu’une femme enceinte de 24 ans est décédée à Toulouse jeudi dernier, cette étude du New England Journal of Medecine permet de faire un point précis sur les risque du virus H1N1 dans cette population et d’en tirer des informations importantes quant-à la conduite à tenir face aux patientes.

Comme pour les autres virus de la grippe, les femmes enceintes sont également un groupe à risque de grippe sévère avec le virus de la grippe A. En Californie, d’avril  à août 2009, 10% des 1088 patients hospitalisés ou décédés après infection par le virus de la grippe A étaient des femmes enceintes. Un rapport réalisé dans les premiers mois de la pandémie notait que le taux d’infection des femmes enceintes était 4 fois supérieur à celui de la population générale. Cette étude fait le point sur les caractéristiques cliniques de la grippe A chez les femmes enceintes, les femmes ayant accouché (2 semaines suivant l’accouchement) et les femmes non enceintes mais en âge de l’être (15 à 44 ans), au cours des 4 mois qu’à duré la pandémie en Californie.

Durant la période considérée, 94 femmes enceintes, 8 ayant accouché et 137 femmes de 15 à 44 ans, soit 239 femmes, ont été hospitalisées pour grippe sévère ou y ont succombé. 5 femmes enceintes (5%) étaient dans le premier trimestre de leur grossesse, 35 (37%) dans le second, et 54 (57%) dans le troisième trimestre. Il y a eu 2 avortements spontané, et 35 accouchements prématurés, 3 au cours du second trimestre et 32 au cours du troisième. Durant cette période, le virus H1N1 était retrouvé dans environ 50% des test réalisés dans la population générale. L’âge moyen des femmes enceintes était de 26 ans, de 28 ans pour les autres.

32 femmes enceintes (34%), 2 ayant accouché (25%) et 137 des femmes de 15-44 ans (60%) avaient des pathologies préalables qui accroissait leur risque de grippe sévère : le plus fréquent étant l’asthme existant chez 16% des femmes enceintes et 28% des femmes de 15-44 ans, venaient ensuite les pathologies pulmonaires chroniques (17% des femmes enceintes, 33% des femmes de 15-44 ans). Un diabète gestationnel existait chez 9 femmes enceintes, 2 étaient préalablement diabétiques. 15% des femmes de 15-44 ans étaient également diabétiques. Les autres pathologies associées étaient des cancers, une transplantation récente, des maladies cardiaques chroniques, des troubles neurologiques, une hypertension,

Le tableau clinique associait une toux (93%), une fièvre (91%), une pharyngite (41%), des difficultés respiratoires (41%), des douleurs musculaires (41%), , des nausées et vomissements (33%). 59% des femmes enceintes et 62% des femmes de 15-44 ans avaient une radio des poumons compatible avec une infection pulmonaire ou un syndrome de détresse respiratoire aiguë.

20% des femmes enceintes, 50% des nouvelles accouchées et 30% des femmes de 15-44 ans ont nécessité une hospitalisation en unité de soins intensifs.

Des traitements antiviraux (Tamiflu) ont été administrés à 81% des femmes enceintes ou non. Cependant ce traitement n’a pas été donné rapidement à toutes. En plus, des antibiotiques ont été administrés à près de la moitié des patientes. 18 femmes enceintes et 2 femmes  ayant récemment accouché ont été hospitalisées en soins intensifs (22 sur 102). 8 sont décédés, 6 femmes enceintes et 2 ayant récemment accouché.

Au total, on constate que 95% des femmes enceintes ayant eu des complications liées à la grippe A étaient dans leur second ou troisième trimestre et que 20% d’entre elles ont nécessité une hospitalisation en unité de soins intensifs. 30% des femmes enceintes avaient des pathologies aggravantes préalablement à la contamination par le virus H1N1. Sur les 8 femmes hospitalisées dans les deux semaines après leur accouchement, 50% ont nécessité une hospitalisation en soins intensif et deux sont décédés. Même si les femmes enceintes ont été hospitalisées avec des symptômes modérés, la dégradation clinique a été rapide pour beaucoup. Même si le fait qu’être enceinte accroît le risque de sévérité d’une grippe saisonnière, la détérioration sévère observée au cours des infections par le virus H1N1 diffère de ce qui était préalablement connu. De plus, la grippe saisonnière est rarement mortelle chez la femme enceinte.

Un traitement rapide par antiviraux est recommandé dans les 48 heures suivant la détection des symptômes. Parmi les femmes incluses dans cette études, le risque de décès était 4 fois supérieur entre les femmes ayant reçu les antiviraux après les 48 heures par rapport à celles l’ayant reçu au cours des 48 heures. Le nombre de décès maternels/100 000 accouchements liés au H1N1 est mesuré à 4,3. Il était de 19,3 en Californie en 2005.

Notons également que 38% des tests de la grippe réalisés étaient faussement négatifs chez les femmes enceintes ce qui a retardé la mise en route du traitement : seulement 30% des femmes avec un test faussement négatif ont reçu des antiviraux. Dans le cas des femmes enceintes, les cliniciens doivent donc prendre une décision thérapeutique en fonction de la clinique ne pas se laisser influencer par un test négatif.

Les femmes ayant récemment accouché restent à risque et doivent être considérés et traitées comme telles en cas de symptômes grippaux.

Ces groupes étant fortement à risque, une information doit leur être délivré quant-à l’intérêt d’une vaccination contre le virus H1N1. La vaccination de la mère est probablement également bénéfique pour l’enfant jusqu’à 6 mois après l’accouchement

Source

Severe 2009 H1N1 Influenza in Pregnant and Postpartum Women in California (texte complet)
Janice K. Louie, Meileen Acosta, Denise J. Jamieson, Margaret A. Honein
Published at www.nejm.org December 23, 2009 (10.1056/NEJMoa0910444

Crédit Photo Creative Commons by NineInchNachosIII

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