dimanche 4 décembre 2016

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Jeune, en bonne santé et mort de la grippe A ? On sait maintenant pourquoi !

L’argentine a été touchée par le virus H1N1 en mai 2009. En Argentine, le taux de mortalité de la grippe A a été évalué à 4,5%. Pas tant parce que le nombre de morts était vraiment élevé, 137 décès dans le pays, mais probablement parce que le nombre de personnes considérées comme infectées par le H1N1 est resté officiellement très bas, 3056 cas. L’analyse du virus H1N1 a montré qu’il n’était pas différent de celui des autres pays et que les maladies chroniques préexistantes  (asthme, diabète, immunodépression…) n’étaient pas non plus plus fréquentes. Les médecins argentins se sont donc penchés sur les possibles coinfections qui peuvent aggraver un patient.

Ils ont utilisé les données de 199 patients diagnostiqués positifs pour le virus H1N1 entre le 23 juin et le 4 juillet 2009. Parmi ces patients 39 ont développé une pathologie sévère ayant soit entrainée une hospitalisation (19 cas), soit ayant entraînée le décès (20 cas). Les 160 autres patients n’ont eu qu’une infection jugée modérée. Parmi tous ces patients, seuls 5 faisaient partie des groupes à risque : un pour asthme, une pour grossesse, un pour malnutrition, un pour obésité et un pour immunodépression : 4 de ces 5 patients ont eu une infection sévère. L’âge semblant jouer un rôle, ils ont évalué également si les patients < 6 ans étaient plus à risque que les patients > 55 ans. Parmi les patients ayant eu une infection sévère, 60% avaient moins de 6 ans. Le risque d’infection sévère a été moindre chez ceux ayant reçu un traitement antiviral.

Sur les 199 patients, 152 avaient en plus de la grippe A (H1N1 confirmé), contracté une infection supplémentaire, souvent liée à la grippe. Les scientifiques ont mis en évidence, 62 infections à pneumocoques (Streptococcus pneumoniae), 104 infections à Haemophilus influenza, 11 infections au virus respiratoire syncytial (VRS, agent de la bronchiolite), 1 rhinovirus A, 4 rhinovirus B, 3 coronovirus, 1 Acinetobacter baumanii, 1 Serratia marcescens, 35 staphylocoque dorés, et 6 staphylocoques dorés résistants à la méticilline.

En particulier, le pneumocoque était présent dans 56,4% des cas sévères, ce qui n’était pas le cas de l’haemophilus seulement présent dans 9 des 39 cas sévères, le rhinovirus A étant présent chez 6 d’entre eux. L’infection par le virus H1N1 ne fait donc pas tout.  Dans cette étude, le pneumocoque est prédicteur d’infection grave voire mortelle, surtout dans la tranche d’âge à priori à faible risque comprise entre plus de 6 ans et moins de 55 ans : le pneumocoque multiplie par 125 le risque d’avoir une infection sévère dans cette tranche d’âge. Les virus de la grippe et le pneumocoque étaient déjà bien connus pour créer, lorsqu’ils sont associés, des infections plus sévères. Déjà, les examens des patients décédés du virus H1N1 pendant la pandémie de 1918 révélaient une grand nombre d’infections à pneumocoques.

Cette étude a plusieurs implications. Elle montre d’abord le lien entre une surinfection à pneumocoques associée à la grippe H1N1 et la sévérité de l’infection en particulier chez les patients jugés en dehors des groupes à risque, les fameux patients entre 6-55 ans que rien ne prédisposaient à avoir une “grippe” sévère. Des prélèvement du nez et de la gorge doivent donc être réalisés pour donner une évaluation rapide du risque de la sévérité de l’infection. La recherche d’un coinfection doit être faite rapidement à la recherche d’agents viraux ou bactériens associés. Un traitement encore plus adapté peut ainsi être mis en place.

Dans le passé, en France, les médecins généralistes prescrivaient souvent un antibiotique du type amoxiciline aux patients grippés, pour éviter justement une surinfection. L’amoxicilline est l’antibiotique de première ligne permettant d’éliminer le pneumocoque. Nos autorités de santé, afin de réduire les coûts de la santé et disaient-ils, d’éviter les risques d’émergence d’une résistante aux antibiotiques, ont réalisés de grandes et coûteuses campagnes avec un slogan “les antibiotiques, c’est pas automatique”. Peut-être faudrait-il, une fois de plus, se méfier des slogans politiques et dogmatiques appliqués à la santé. Cela montre combien le médecin généraliste doit rester libre de ses décisions et de ses prescriptions en dehors de tout dictat de l’organisme sécuritaire social. Un antibiotique prescrit rapidement chez les patients officiellement non à risque, aurait peut-être pu éviter ces fameux cas de patients décédant brutalement “de la grippe A”?

Source

Streptococcus pneumoniae Coinfection Is Correlated with the Severity of H1N1 Pandemic Influenza
Gustavo Palacios, Mady Hornig, Daniel Cisterna, Nazir Savji, Ana Valeria Bussetti,Vishal Kapoor, Jeffrey Hui, Rafal Tokarz, Thomas Briese, Elsa Baumeister, W. Ian Lipkin
PLoS ONE, 2009; 4 (12): e8540 DOI

Crédit Photo Creative Commons by mikebaird

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