jeudi 29 septembre 2016

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Suicides en prison : En France, la peine de mort existe encore

Le nombre de suicidés en prison a été multiplié par 5 en  50 ans, passant de 4/10 000 détenus  en 1960 à 19/10 000 en 2009, avec un pic à 26/10 000 en 1996. Ce sont le plus souvent des prévenus, des “présumés innocents” qui meurent en prisons. En France 30% des personnes incarcérés n’ont reçu aucun jugement.

Les suicidés sont majoritairement aussi des hommes (96%) âgés de moins de 60 ans. A titre de comparaison le taux de suicide dans une population comparable, en dehors de la prison, est d’environ 3-4/10 000 et reste stable depuis 50 ans. Le nombre de suicides n’évolue pas conjointement à la surpopulation carcérale contrairement aux idées reçues.En effet, alors que le taux d’occupation diminue dans les années 1990 passant sous la barre des 100 détenus pour 100 places, le taux de suicide augmente et inversement au début des années 2000. Il est de 119 détenus pour 100 places en 2008.

En fait, 50% des suicides ont lieu alors que les détenus sont seuls dans leur cellule. Les prévenus se suicident deux fois plus que les condamnés. 25% des suicides ont lieu dans les 2 mois suivant l’incarcération et 50% dans les 6 mois. Le taux de suicide augmente avec la gravité de l’infraction reprochée : le taux atteint 37/10 000 si l’on considère les détenus pour homicides, 20/10 000 les détenus pour viols, 10/10 000 parmi les détenus pour violence volontaire. “Avec 20 suicides annuels pour 10 000 détenus en 2002-2006, la France présente le niveau de suicide en prison le plus élevé de l’Europe des Quinze, loin devant le Danemark (13 pour 10 000), la Grèce ayant le taux le plus bas (4 pour 10 000)” (les auteurs attirent cependant l’attention sur des définitions variables du terme de suicide à travers l’Europe, comme sur le fait que la France soit le seul pays d’Europe à incarcérer 30% de “présumés innocents” puisque encore non reconnus coupables par un tribunal).

Les comparaisons entre pays doivent également tenir compte du taux de suicide au sein de la population générale, ce taux étant un indicateur de l’état psychique d’une nation et du “degré de résistance de ses habitants aux diverses tensions de la vie” (on pourra se rappeler du taux particulièrement important de suicides dans l’ex-DDR, ex-Allemagne de l’Est, chiffres constamment maquillés par le régime communiste d’alors). le constat est assez pathétique, la France a un taux élevé par rapport à ses voisins Européens, “la détresse psychologique, l’anxiété, l’addiction à l’alcool et les troubles mentaux y sont plus fréquents qu’ailleurs en Europe”. Un homme emprisonné se suicide 6 fois plus qu’un homme libre en France, ce qui situe la France à un niveau de sursuicidité élevé.

Le jour de Noël, un détenu s’est pendu dans les douches de la prison de Coutances avec sa ceinture. Le directeur de la maison d’arrêt a déclaré que rien ne pouvait laisser supposer à l’autorité pénitentiaire que cet acte allait être commis.

Source

Suicide en prison : la France comparée à ses voisins européens (texte complet)
Géraldine Duthé, Angélique Hazard, Annie Kensey, Jean-Louis Pan Ké Shon
Bulletin mensuel d’information de ‘institut national d’étude démographiques Décembre 2009 Numéro 462

Nouvel Observateur, 25 décembre 2009

Crédit photo Creative Commons by Gary Denness

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