samedi 3 décembre 2016

Docbuzz

Retrouvez Docbuzz sur Twitter

Docbuzz est aussi sur Facebook

Un bon contrôle du diabète augmente le risque de crash automobile

Une étude démontre que contrairement à ce qui était jusqu’alors supposé, mieux un diabète est équilibré, plus grand est le risque d’accident de la route. Chaque réduction de 1% de l’hémoglobine glyquée augmente de 26% le risque d’accident.

Légalement en France, un diabètique n’a pas accès à certaines professions nécessitant un permis de conduire du groupe II : conducteurs de poids lourds, véhicules de transport en commun, véhicules de ramassage scolaire, taxi, ambulance. Pour les autres permis, le diabète doit être déclaré et la délivrance d’un permis ne peut être fait que par une commission départementale, pour une durée variable de 6 mois à 5 ans, après une visite médicale. Au cours de cette visite, à laquelle un patient diabétique doit se rendre muni d’un certificat de son diabétologue, la commission examine, l’existence ou non de complications en particulier sur le plan oculaire, l’existence d’une hypertension artérielle bien contrôlée ou non, l’absence ou non d’hypoglycémie, l’absence d’incompatibilité avec la conduite automobile, et enfin si le diabète est correctement équilibré grâce au dernier chiffre d’hémoglobine glyquée (cette valeur, également appelée HbA1c, permet d’avoir une valeur moyenne de l’équilibre glycémique sur plusieurs mois. Pour un diabétique, elle doit être comprise entre 6,5% et 7,5%, 6,5% étant l’objectif. Au dessus, le diabète est considéré comme mal équilibré). Car tout le monde suppose qu’un diabète bien équilibré réduit le risque d’accidents. Pourtant, ceci n’est qu’une hypothèse. C’est ce qu’ont voulu étudier les auteurs de cette étude.

Les scientifiques ont sélectionnés tous les conducteurs référencés comme diabétique en Ontario (Canada) pour lesquels une mesure de l’hémoglobine glycée était disponible. Tous ceux qui ont été impliqués dans un accident de voiture étaient identifiés. Ils constituaient le groupe des accidentés. Les autres constituaient le groupe comparateur. Les dossiers médicaux de chaque diabétique inclus a pu être analysé, en particulier leur hémoglobine glyquée.

Au total, 795 conducteurs étaient diabétiques avec une donnée valide d’HbA1c. Leur âge moyen était de 52 ans, 84% étaient des hommes. La plupart avaient des atteintes ophtalmologiques, neurologiques ou rénales. 81% recevaient de l’insuline, 27% avaient des médicaments antidiabétiques oraux, 15% ne prenaient aucun médicament. Le tiers des patients avaient déjà eu des hypoglycémies, et 1 sur 6 n’avaient jamais reçu aucune information particulière à ce sujet. La variabilité de l’hémoglobine glyquée était importante allant de 4,4% à 14,7%.

57 diabétiques ont été impliqués dans un accident de voiture et 738 ne l’ont pas été. L’hémoglobine glyquée des diabétiques accidentés était meilleure que celle des non accidentés, 7,4% contre 7,9%. Cette différence montre que le risque d’accident est augmenté de 26% pour chaque réduction de 1% de l’hémoglobine glyquée. L’existence de ce risque est confirmé, que la découverte du diabète soit récente ou ancienne, que les patients reçoivent de l’insuline, des médicaments oraux réduisant le taux de glucose sanguin ou aucun traitement, même chez ceux n’ayant jamais eu d’hypoglycémie.

Deux caractéristiques aggravent encore le risque d’accidents automobile. Chez les patients ayant eu une hypoglycémie sévère nécessitant une intervention extérieure le risque d’accident est augmenté de 400%, et chez les patients les plus âgés ce  risque est augmenté de 29%.

Cette étude démontre clairement qu’une l’hémoglobine glyquée abaissée accroît le risque d’accidents de voiture. Ce résultat persiste après ajustement pour tout les autres facteurs. Pour l’expliquer les auteurs avancent comme hypothèses que peut-être, certains patients, sachant que leur diabète est mal équilibré, font plus attention en  voiture, que peut-être ceux qui savent leur diabète bien équilibré ont une conduite plus dangereuse, ou encore que d’autres facteurs non contrôlés par l’étude, tel que la consommation d’alcool, ont pu influencer les résultats. Cette étude interroge sur la loi actuelle, prévalant dans la majorité des pays y compris la France, suggérant qu’un diabète bien contrôlé est considéré comme nécessaire pour obtenir un permis de conduire car il serait synonyme de moindre risque. Cette étude démontre exactement le contraire.

En France, une analyse des accidents routiers,recherchant les données d’hémoglobine glyquée chez les conducteurs impliqués et l’influence des différents médicaments disponibles sur le marché français, serait dorénavant indiquée.

Source

Motor Vehicle Crashes in Diabetic Patients with Tight Glycemic Control: A Population-based Case Control Analysis
Donald A. Redelmeier, Anne B. Kenshole, Joel G. Ray
PLOS medecine, publication online

Crédit Photo Creative Commons by Ian Hampton

Articles sur le même sujet