dimanche 25 septembre 2016

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Andrew Wakefield, le médecin qui avait lié le risque d’autisme à la vaccination, condamné par ses pairs

Andrew Wakefield, médecin gastro-entérologue d’origine britannique, s’est fait connaître en 1998, par la publication d’une étude dans le prestigieux journal médical The lancet, qui semblait mettre en évidence un lien entre vaccination ROR (Rougeole-Oreillon-Rubéole) et l’autisme. L’étude avait été réalisée chez 12 enfants. Les deux tiers auraient présenté dans les 14 jours suivant la vaccination par le ROR, une inflammation des intestins (syndrome de Bowel) et un autisme. Cette publication a eu une résonance internationale et à entraîné une diminution de l’acceptation des vaccinations ROR. Le Dr Wakefield appelait alors à la suspension de l’utilisation du vaccin combiné.

Cependant, malgré plusieurs tentatives, aucune autre équipe n’est arrivé à confirmer ses résultats et 10 des 13 auteurs initiaux de l’article se sont rétractés. Une enquête du Sunday Times a plus tard mis en évidence des conflits d’intérêts et une conduite scientifique douteuse de la part du Dr Wakefield. En 2004, le Conseil de l’Ordre des Médecins (General Medical Concil) a décidé de lancer une enquête sur les accusations du Sunday Times. Les auditions du Dr Wakefield ont débuté en 2007 et un jugement a été rendu le 28 janvier 2010.

L’enquête du Sunday Times a été mené par un journaliste du nom de Brian Deer. Elle raconte une incroyable histoire. Deux années avant la fameuse publication, Wakefield avait été engagé par un avocat, Richard Barr, qui voulait intenter une action judiciaire, une “class action”, contre le laboratoire produisant le vaccin. Wakefield signa alors un avantageux contrat, d’un montant de 55 000 livres pour mener à bien des recherches dont l’objectif était de cerner un “nouveau syndrome” qui devait devenir le coeur de l’action judiciaire. Richard Barr avait, en suivant un certain nombre d’histoires publiées dans le presse, recensé 1600 familles ayant un enfant autiste, qui deviendraient les plaignants. Six mois avant le publication dans The Lancet, dans un courrier confidentiel, l’avocat écrivait à Wakefield que ” le premier objectif est d’apporter à la court une preuve irréfutable dans le but de la convaincre de la dangerosité de ce vaccin“. Brian Deer révéla ce conflit d’intérêt majeur, jusqu’alors secret, en 2004, ce qui entraîna la rétractation de 10 des auteurs et le début des poursuites par le Conseil de l’Ordre des Médecins.

Suite à la publication de l’étude en 1998, le fond anglais d’aide à la justice (UK legal aid fund), un fond géré par le gouvernement Anglais pour offrir l’accès à la justice aux plus pauvres, engagea le Dr Wakefield. Sa rémunération, versée à une société créée par sa femme, se montait à 150 livres par heure. La somme totale de cette rémunération s’éleva finalement à 435 643 livres, plus de 400 000 euros. C’est encore le Sunday Times par le plume de Brian Deer qui révéla cette information en 2006. Brian Deer voyait en cela une bonne raison pour le Dr Wakefield de camper sur ses positions aussi longtemps que possible.

Mais le conflit d’intérêt ne s’arrêtait pas là. En juin 1997, soit 9 mois avant la publication de son étude et de sa prestation au cours d’une conférence de presse où il allait demander l’arrêt de la vaccination triple, et son remplacement par une vaccination séparée contre la rougeole, la rubéole et les oreillons, le Dr Wakefield déposa un brevet pour un vaccin contre la rougeole, qui bien sûr n’avait aucune chance commerciale tant que la vaccination ROR restait recommandée, analyse encore Brian Deer.

Alors et les 12 enfants de l’étude dans tout cela? En fait l’investigateur du Sunday Times, Brian Deer, mis à jour que le recrutement avait été assez particulier. En fait, certains parents des enfants faisaient partie du groupe recruté par l’avocat Richard Barr, et le jour de l’admission des enfants à l’hôpital où travaillait le Dr Wakefield, la majorité des parents des douze enfants avaient déjà été en contact avec l’avocat dont ils étaient les clients. Par ailleurs, la soi-disante déclaration brutale d’un autisme dans les semaines ayant suivi une vaccination ROR aurait également été inventée. A force de persévérance, Brian Deer réussi à identifier tous les petits patients et à consulter leur dossier médical dans lesquels, ni les comptes-rendus des médecins, ni aucune analyse ne mettaient en cause une vaccination. En l’occurence, le service d’anatomopathologie, qui analysa les biopsies intestinales, ne retrouva aucune anomalie chez aucun des 12 enfants. Les assertions du Dr Wakefield selon lesquels il retrouva des traces de virus au sein de ces prélèvements dans son propre laboratoire, auraient également été inventées. Parmi les 12 enfants, certains avaient un autisme bien avant de recevoir la vaccination ROR, certains étaient totalement normaux longtemps après la vaccination, d’autres ne présentent toujours aucun autisme. Ces dernières informations furent publiées dans le Sunday Times en février 2009

En plus, aucun comité d’éthique n’aurait donné d’approbation pour la réalisation de l’étude comme allaient le reconnaître le Dr Wakefield lors des auditions du Conseil de l’Ordre, prétextant qu’il n’en avait nul besoin. Les 12 enfants, au cours de 5 jours d’hospitalisation, ont subi une anesthésie, une colonoscopie, une ponction lombaire, un scanner cérébral, un électroencéphalogramme, absorbé des liquides radio-opaques avant d’avoir des radiographies, tout cela en complète violation de la déclaration d’Helsinki.

L’ordre des médecins Anglais, “The General Medical Council”,  a rapporté le 28 janvier 2010 soit 12 années après la publication incriminée, que le Dr Andrew Wakefield avait agit avec ” malhonneteté et irresponsabilité ” pendant ses recherches, et avec “une indifférence inhumaine” pour les enfants inclus dans son étude. Le General Medical Council a également critiqué l’ensemble des examens invasifs imposés aux enfants, tout comme l’absence de déclaration de ses conflits d’intérêts. Il doit maintenant statuer sur la radiation du Dr Wakefield.

Aujourd’hui, le Dr Wakefield, âgé de 53 ans, nie en bloc toutes ses accusations et estime être victime d’un acharnement. Il travaille au Etats-Unis, ayant été licencié de son poste hospitalier en 2001. Il a ouvert à Austin au Texas un centre de recherches et de traitement pour les enfants présentant des anomalies du développement. Commentant la décision du General Medical Concil, il a déclaré qu’elle était “infondée et injuste”, ajoutant qu’il n’avait  “aucun regret” à propos de ses travaux.


Source

Ileal-lymphoid-nodular hyperplasia, non-specific colitis, and pervasive developmental disorder in children
Wakefield AJ, Murch SH, Anthony A, et al. (1998)
Lancet 351 (9103): 637–41. Retrieved 2006-07-01.

General medical council : Dr Andrew wakefield case judgment

Le site internet de Brian Deer

Le site internet du Times, article du 28 janvier 2010

Crédit Photo : première page de l’article incriminé

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