samedi 3 décembre 2016

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Comment expliquer la surmortalité des malades mentaux pendant la seconde guerre mondiale en France?

Alors que 110 198 personnes sont hospitalisées dans des structures de soins psychiatriques en 1940, on en recense plus que 59 503 en 1945. Comment expliquer cette baisse massive de 50% des malades psychiatriques hospitalisés? Durant cette période de 5 années, 42% des hommes et 65% des femmes ont disparu.

Avant le début de la guerre, le taux de mortalité des hommes est d’environ 9%. Il passe à 14% en 1941, 32% en 1942, 28% en 1943, 18% en 1944 et 15,5% en 1945. De 8% en 1939, le taux de mortalité des femmes passe à 11% en 1941, 16% en 1942, 22% en 1943 puis redescend à 15% les deux dernières années du conflit.

Si en 1940, ce sont surtout les patients de plus de 70 ans qui meurent, dès 1941, l’augmentation de la mortalité concerne toutes les tranches d’âges et est même plus forte chez les moins de 65 ans. En 1942, ce sont les moins de 35 ans les plus décimés. Cette hausse de la mortalité concerne tous les diagnostics mais est plus forte chez les patients déments. Dès 1941, les patients présentant un retard intellectuel sont durement touchés.

Ce sont dans les asiles départementaux, contrôlés par l’administration publique, que les hausses de mortalité sont les plus importantes et les plus précoces. Les taux les plus faibles sont retrouvés dans les asiles privés.

Cette surmortalité a touché entre 45 000 et 48 520 patients selon les méthodes d’évaluation. A titre de comparaison, dans les hospices où sont hébergés des patients âgés, le taux de mortalité avant guerre est de 2,5%. Et si au début de la guerre, ce taux passe à 27% chez les plus de 65 ans, il est de 41% pour des patients du même âge dans les hôpitaux psychiatriques.

Les causes majoritairement dénoncées sont la famine liée aux restrictions de la guerre et aux difficiles conditions d’approvisionnement en nourriture, la précarité de l’hygiène (absence de toilette, de douche, de tout à l’égout) facilitant la diffusion des maladies infectieuses comme la tuberculose, et la pauvre qualité de l’encadrement médical et paramédical. En 2007, Von Bueltwzingloewen lâche l’accusation “d’extermination douce” dans un ouvrage sur le sujet.

Les autorités publiques avaient amplement conscience du problème puisque la baisse de mortalité enregistrée en 1943 est secondaire à une circulaire du 4 décembre 1942 augmentant les rations alimentaires pour les malades mentaux hospitalisés.

Source

La mortalité des malades mentaux hospitalisés en France pendant la deuxième guerre mondiale : étude démographique
F Chapireau
L’Encéphale (2009) 35, 121-128

Accès au document complet en fichier PDF

Pour en savoir plus : Von Bueltwzingloewen. L’hécatombe des fous. La famine dans les hôpitaux psychiatriques français sous l’occupation. Parisn Aubier, 2007

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