lundi 5 décembre 2016

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Bisphénol A : malgré les preuves, l’Afssa recule encore

L’Afssa, l’Agence française de sécurité sanitaire et des aliments a rendu le 29 janvier son avis concernant le bisphénol A. Suite à de nombreuses nouvelles publications, elle avait décidé de réouvrir le dossier sous la pression des associations. Et bien, rien ne change. L’afssa conclut que ” la méthodologie de ces études ne permet pas d’interprétation formelle des données qui remettrait en cause les précédentes évaluations du risque sanitaire”. Voilà qui a de quoi surprendre les consommateurs mais qui va certainement rassurer les industriels! Sur l’ensemble des publications, elle considère tout de même une étude menée chez des rats comme un signal d’alerte…Quid des études menées chez l’homme et présentées entre autre sur ce site?

Où est passé le fameux principe de précaution qui a poussé à dépenser des milliards d’euro pour faire face à une grippe A ? Dans le cas qui nous intéresse, de nombreuses études chez l’animal et chez l’homme font état de la contamination humaine et de ses conséquences chez l’adulte mais surtout sur le développement des enfants. Cela ne vaut donc pas un principe de précaution?

L’Afssa recommande donc :

– d’aquérir de nouvelles données dans le lait maternel, chez le nourisson et dans les laits maternisés…Pourtant les études existent déjà
– de “rechercher d’autres sources d’exposition” que les plastiques et dérivés…Pourquoi pas mais cela n’empêche pas que certaines sources soient déjà identifiées ; pourquoi ne pas les tarir de suite?
– de définir rapidement une méthodologie adaptée à la détection d’une toxicité potentielle, chez l’homme et à basse dose, du BPA mais aussi des produits de substitution et plus largement des perturbateurs endocriniens…

Elle rappelle aux consommateurs qu’une “mesure simple de précaution est d’éviter de chauffer à très forte température l’aliment (eau, lait, soupes…) s’ils utilisent des biberons ou des récipients en polycarbonate”. Nous avons montré dans un article récent que le chauffage n’est pas nécessaire à libérer du bisphénol A. Toutefois cette phrase est déjà une reconnaissance indirecte de la contamination par les biberons et les récipients plastiques…Pourquoi ne pas les interdire purement et simplement comme l’à fait déjà le Canada?

Ce rapport suscite de nombreuses questions :

1) “Le groupe de travail (GT) « Bisphénol A », créé par décision du Directeur général de l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments, a été chargé de mener cette expertise”. Connaissant la polémique qui entoure actuellement la constitution du groupe d’experts Grippe A, qui sont les “experts” nommés par le directeur de l’Afssa? Ont-ils fait part d’éventuels conflits d’intérêts?

2) Si les méthodologies de certaines études ne conviennent pas à l’Afssa, pourquoi avoir attendu 2010 pour expliquer de quelles manières ces études devraient être réalisées, alors que le bisphénol A est présent dans des produits commercialisés depuis 40 ans? L’Afssa prend-elle tous les scientifiques et chercheurs internationaux pour des incapables qui ne savent pas conduire un essai?

3) Pourquoi de nombreuses études menées chez l’homme et publiées dans des revues référencées n’ont pas été revues par l’Afssa (si l’on tient compte des références citées)?

4)  Pourquoi “L’évaluation de l’exposition du consommateur ne faisait pas partie du champ de cette saisine”?

5) L’Afssa écrit : “les données analysées permettent de proposer une estimation de l’exposition des nourrissons. Sur la base d’une consommation journalière de lait6 de 174 ml/kg de poids corporel, les données (USA, Japon, Canada) montrent qu’ils seraient exposés à : o 0,33 – 1,27 μg de BPA/kg pc/j par le lait maternel,  o 0,20 – 2,1 μg de BPA/kg pc/j par le lait maternisé, o 0,017 – 0,12 μg de BPA/kg pc/j par migration à partir du biberon, dans des conditions réalistes d’utilisation.Pourquoi alors que l’Afssa reconnaît que les nourrisons sont exposés à une contamination, ne prend t-elle  aucune mesure par “principe de précaution”?

Le directeur de l’Afssa Marc MORTUREUX, ingénieur des Mines, donc sans aucune compétence médicale ou scientifique, prend ici une lourde responsabilité. Ce refus d’agir fera date. Il faut noter qu’il est un ancien directeur de cabinet de Luc Chatel au secrétariat d’État à la Consommation et à l’Industrie.

Le bisphénol A et ses dérivés industriels restent donc en vente libre dans notre pays et de nombreux consommateurs ne savent toujours pas où il se cache. Un étiquetage obligatoire permettrait déjà au consommateur d’être averti et de pouvoir choisir des produits et emballages sans bisphénol A. En plus, cela ferait réagir les industriels.

Pour avoir encore plus d’information sur les dangers du Bisphénol A, visiter le site d’ARTE (Mâles en péril)

Source

Communiqué de presse Bisphénol A : l’Afssa préconise le développement de nouvelles méthodes d’évaluation

Avis de l’Afssa du 29 janvier 2010 : Avis de l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments relatif à l’analyse critique des résultats d’une étude de toxicité sur le développement du système nerveux ainsi que d’autres données publiées récemment sur les effets toxiques du bisphénol A

Crédit Photo Creative Commons by David_Reverchon

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