mercredi 28 septembre 2016

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Le mystère de Toutankamon révélé par son ADN

La littérature a besoin de héros, la littérature médicale n’échappe pas à cette règle. Toutankamon a été crédité d’environ 20 pathologies rares différentes tout au long de multiples publications le concernant : syndrome de Marfan, syndrome de Wilson-Turner, syndrome de Fröhlich, syndrome de Klinefelter, syndrome de Antley-Bixler…Sa mort précoce à 19 ans a donné lieu à toutes les spéculations à chaque fois utiles à la vente du dernier ouvrage à la mode révélant “la véritable agonie du souverain”.

L’article publié dans le journal américain JAMA va apporter un peu de véracité et de science au débat. Les scientifiques égyptiens du Conseil Suprême des antiquités du Caire qui publient cet article, ont travaillé pendant 2 années, d’abord à retracer la filiation du pharaon, puis à diagnostiquer, grâce à de multiples analyses, les causes de ses souffrances passées et peut-être même de sa mort.

Toutankamon a gouverné l’Egypte de 1333 à 1324 avant JC, une époque correspondant à la 18ème dynastie du nouveau royaume de l’ancienne Egypte. En 1922, Toutankamon, pharaon mort à 19 ans, revient en pleine lumière, lorsque que l’aventurier archéologue, Howard Carter met à jour son tombeau et les richesses qu’il contient. Toutankamon serait le fils d’Akenaton, le pharaon qui a bouleversé les traditions et la religion égyptienne.

10 momies autres que celles de Toutankamon ont été utilisées pour cette étude, 5 autres étaient utilisées pour réaliser une confrontation morphologique. Toutes les momies ont été entièrement radiographiées et scannées. Les ADN des corps momifiés ont été prélevés pour être analyser et tenter de reconstruire la généalogie réelle de Toutankamon. Les scientifiques Egyptiens ont également recherché des fragments d’ADN de plasmodium falciparum, le parasite responsable du paludisme, une maladie endémique en Afrique déjà à cette époque.

Les analyse ADN ont permis de retracer l’arbre généalogique de Toutankamon et d’affirmer certaines hypothèses. Ainsi les momies Yuya et Thuva seraient ses arrières grand-parents maternels, qui appartenaient à la noblesse égyptienne, leur fille Tiye épousa Amenhotep III et leur union donna naissance à Akenathon et à un second enfant, une fille dont le nom reste inconnu. Pourtant selon les analyses ADN, Toutankamon serait le fruit de l’union d’Akenaton et de cette soeur.

Toutankamon aurait également eu une descendance, qui reste néanmoins discutée car même l’analyse ADN ne peut être formelle. Il aurait eu deux enfants avec une princesse, deux enfants morts à 5 mois et à 7 mois, dont les tombeaux furent eux aussi découvert par Howard Carter en 1922.

Les pharaons et en particulier Akenaton et Toutankamon étaient représentés avec des traits féminins renforcés encore par la présence d’un semblant de poitrine, ce qui à permis, là aussi, d’alimenter la littérature médicale : Pourquoi cette féminité et cette gynécomastie ? Une Maladie de Marfan a longtemps été soupconnée. Les scientifiques Egyptiens sont formels, aucune maladie de Marfan. Le sexe de Toutankamon est même bien là, de taille normal bien que séparé désormais de son corps. Quant-à une gynécomastie, aucune trace sur la momie de Toutankamon dont manque  la partie antérieure de la cage thoriacique, pas plus que chez son père ou rien ne manque. Ces représentation donnant un aspect féminin sont donc plus probablement liées à une volonté artistique, peut-être d’influence religieuse et secondaires aux modifications induites par Akenaton.

En revanche, le scanner des pieds apprend de nouvelles choses. En effet, le second métatarse du pied gauche est très déformé et sa structure est très altérée avec une nécrose de l’os. La tête du troisième métatarse a également une nécrose d’une de ses extrémités. Toutankamon a donc eu ce que l’on appelle une nécrose aseptique du second et troisième métatarse. Ces anomalies osseuses sont caractéristiques d’une maladie de Kölher, d’un syndrome de Frieberg-Kölher. Ces anomalies ont entraîné une déformation du second orteil du pied gauche et un affaissement de la voûte plantaire gauche. Toutankamon avait du mal à marcher et s’aidait probablement d’une canne : 130 cannes ont d’ailleurs été retrouvées dans sa tombe par Howard Carter. Cette maladie était encore évolutive à la mort du pharaon. Les scientifiques mirent également en évidence une oligodactylie, c’est à dire un manque de développement des doigts de pieds à droite.

Les scanners des autres momies révèlèrent de nombreuses maladies connues de nos jours et existant déjà 1400 ans avant JC. Thuya, l’arrière grand-mère maternelle, avait une kyphoscoliose sévère, une arthérosclérose, avait été opéré d’une hernie inguinale et souffrait de paludisme. L’arrière grand-père, Yuya avait des granulomes dentaires, avait été opéré d’une hernie inguinale et souffrait également de paludisme. Hatshepsut (momie du groupe contrôle) avait des abcès dentaires, une métatstase cancéreuse à l’os illiaque gauche, une sciatique L5—S1…

L’Egypte, était soumise en ces temps reculés à de nombreuse infections qui ne l’ont depuis pas toutes quittées : peste noire, tuberculose, lèpre, leischmaniose, tuberculose, et paludisme. Plusieurs momies se sont révélées positives à l’infection par le plasmodium falciparum, l’agent parasitaire du paludisme, endémique sur les bords du Nil. Trois des momies montrent une contamination par le paludisme.

Bilan de l’état de santé de Toutankamon et scénario de son décès : Ce pharaon doit être vu comme un monarque jeune et fragile, handicapé par des nécroses osseuses du pied qui le font souffrir et boiter, il a besoin d’une canne pour se déplacer. Il subi en plus une fracture de la jambe qui a pu mettre sa vie en danger quand un paludisme s’est déclaré. Cette étude est le début d’une nouvelle science passionnante, “l’Egyptologie moléculaire”, concluent les auteurs.

Source

Ancestry and Pathology in King Tutankhamun’s Family
Zahi Hawass, Yehia Z. Gad, Somaia Ismail, Rabab Khairat, Dina Fathalla, Naglaa Hasan, Amal Ahmed, Hisham Elleithy, Markus Ball, Fawzi Gaballah, Sally Wasef, Mohamed Fateen, Hany Amer, Paul Gostner, Ashraf Selim, Albert Zink, Carsten M. Pusch,
JAMA. 2010;303(7):638-647.

Crédit Photo Creative Commons by  mharrsch

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