dimanche 25 septembre 2016

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Les plantes médicinales peuvent être mortelles

La médecine non conventionnelle couvre un large champs de pratiques incluant la naturopathie, l’ostéopathie, la chiropractie, et les plantes médicinales. La consommation de plantes médicinales ets très répandue dans le monde, puisqu’on estime que 80% de la population mondiale en consomme à tout âge. Si l’accès aux herbes médicinales est large et sans prescription, malheureusement, des problèmes existent. Le Dr Roger W. Byard, médecin légiste à Adélaïde en Australie a voulu faire le point sur les décès causés par l’utilisation de plantes médicinales.

Il y a 7000 espèces de plantes médicinales. La croyance populaire est que les plantes sont plus saines et plus “naturelles” que les médicaments classiques. Pourtant les herbes médicinales peuvent contenir des substances toxiques pouvant au pire entraîner le décès. Des métaux lourds tels que la mercure, le plomb, le cadmium, le cuivre, le fer, le manganèse, le nickel, le zinc et l’arsenic ont été découverts dans certaines compositions. Une étude menée aux USA sur 251 préparations provenant d’asie, a identifié de l’arsenic dans 36 lots, du mercure dans 35 lots et du plomb dans 24 autres lots. Des cas d’encéphalopathie au plomb et d’empoisonnement au mercure ont par exemple été décrits. Comme cet enfant de 5 ans recevant des “Herbes vitaminées du Tibet”  qui a ingérée 63 grammes de plomb en 4 ans, ou cet autres qui a développé un cancer des yeux parce que ses parents lui faisait ingéré un “remède indien” qui contenait de l’arsenic. Les plantes peuvent posséder leur propre poison comme les daturas qui provoquent un effet anticholinergique, ou d’autres, riches en atropine. Le Ginkgo biloba a provoqué des hémorragies cérébrales spontanées, des syncopes ou des hémorragies intraoculaires. Un médicament traditionnel chinois, le Chan su utilisé dans le traitement des maux de gorges et des palpitations contient les sécrétions venimeuses de glandes de crapauds qui ont un effet comparable à celui de la digoxine : elles stimulent le système cardiovasculaire et peuvent conduire à la mort par arythmie cardiaque.

Des hépatites toxiques ont été provoquées par des herbes de la famille des aristolochia, ou des teucrium chamaedrys. Des hépatites fulminantes nécessitant une transplantation du foie ou provoquant la mort, ont été causées par le kava (piper methylsticum), la pennyroyal (mentha pulegium, parfois utilisée comme plante abortive), le jin bu huan et d’autres, comme ce remède chinois qui portait le doux nom de “vie eternelle”. Les effets secondaires cardiaques provoqués par certaines herbes incluent les arythmies, les infarctus du coeur, la défaillance cardiaque, la péricardite, l’hypertension. Au niveau neurologique, on compte des accidents vacsulaires cérébraux, des faiblesses musculaires ou des syncopes.

Parfois, les ingrédients sont en fait substitués par d’autres, moins couteux, et ne correspondant plus à la dénomination du mélange. Dans un traitement contre l’obésité vendu en Belgique, Stephania tetranda a été remplacée par Aristolochia fangchi, une herbe qui contient un composé toxique pour les reins, l’acide aristocholique (des cas ont été également signalés en France). De telles herbes sont capables de provoquer des cancers du tractus urinaire. Du Ginseng a été remplacé par de la Mandragora officinarum (scopolamine) ou de la Rauwolfia serpentia (réserpine).

D’autres fois, c’est un manque de préparation des plantes qui est responsable des effets secondaires. L’aconite root doit être bouillie afin de réduire sa toxicité. Cette absence de préparation a été responsables de cas d’insuffisances cardiaques et d’arythmies.

Les cas de mélanges de médicaments avec des herbes médicinales sont fréquents, afin d’accroître l’effet des plantes. Dans une étude menée à Taiwan, des médicaments ont été retrouvés dans 24% des préparations analysées. Ces ajouts sont réalisés le plus souvent à l’insu du consommateur qui est alors exposé à des allergies ou aux effets secondaires potentiellement toxiques : un patient épileptique est tombé dans le coma après avoir absorbé une préparation d’herbes chinoises destinées à prévenir les crises épileptiques et qui contenait de la phénitoine, un antiépileptique. La liste des médicaments retrouvés dans des préparations soit disant naturelles est longue.

Enfin, les plantes médicinales peuvent interagir avec dees médicaments classiques, provoquant une baisse d’efficacité ou au contraire un effet trop important. L’Hypericum perforatum, le millepertuis perforé, réduit l’efficacité de certains anticoagulants prescrit pour éviter des complications cardiaques et cérébrales. Il réduit également l’efficacité de la digoxine, de la théophilline utilisée dans le traitement de l’asthme, et de certains traitements anti-HIV. Au contraire, l’ail et le Gingko Biloba, augmentent le risque de saignement avec la prise d’anticoagulants. L’ail encore, augmente le risque de toxicité hépatique du paracetamol et accroit l’effet des antidiabétiques.

La société américaine d’anesthésiologie a par conséquent recommandé l’arrêt de plusieurs plantes 15 jours avant toute opération : L’ail et le Ginko Biloba du fait du risque accru d’hémorragies, l’Ephedra du fait du risque d’infarctus du myocarde et d’ischémie cérébrale, le Ginseng du fait du risque d’hypoglycémie et du risque accru d’hémorragies, l’Echinacea du fait du risque d’allergie et d’immunosuppression, le Kava par risque d’augmentation des effets des anesthésiants, la Valériane par risque d’effets sédatifs, et l’Hypericum perforatum pour ses effets sur le foie.

La popularité croissante des herbes médicinales va entraîner une augmentation des cas de décès qui leur seront attribués en médecine légale. La liste des médicaments trouvés sur les lieux de décès doit inclure toutes les préparations d’herbes médicinales, conclue l’auteur qui on le rappelle, est médecin légiste.

Source

A Review of the Potential Forensic Significance of Traditional Herbal Medicines
Roger W. Byard
Journal of Forensic Science January 2010, Vol. 55, No. 1

Crédit Photo Creative Commons by willsfca

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