jeudi 29 septembre 2016

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Bientôt plus de médecin généraliste en France?

2004 sonna le glas de l’internat. Place désormais à l’Examen Classant National . Tous les jeunes médecins se nommeront “interne de spécialité”, la médecine générale étant reconnue elle aussi comme une spécialité. Sur le fond cependant rien ne change. Il y a pénurie démographique de médecins et cela ne va que croître dans les années à venir. Pourtant le nombre d’étudiants est bien passé de 4000 en 2004 à 7400 en 2009. Mais la médecine suit les mêmes tendances que la société : féminisation, repos de sécurité, travail à temps partiel, augmentation du nombre de médecins salariés, régulation du temps de travail. La perte de valorisation de la profession et la réduction de la rémunaration sont compensée par une amélioration de temps libre et de la qualité de vie.

Afin d’évaluer clairement les choix des futurs médecins mais aussi les raisons de ces choix en terme de spécialité choisie, un questionnaire a été distribué lors du passage de l’Examen Classant National, et 1870 étudiants ont répondu. Toutes les facultés de médecine étaient représentées. Deux tiers étaient des femmes, l’âge moyen était de 24 ans.

Seulement 23% voulaient devenir médecin généraliste. Les spécialités médicales étaient plus choisies que les spécialités chirurgicales. Le sexe influence donc le choix et des spécialités se féminisent beaucoup : pédiatrie, endocrinologie, gynécologie obstétrique, médecine générale, psychiatrie. Les hommes étaient plus attirés par l’anesthésie réanimation (11%) et la chirurgie (30%), les femmes préférant la gynécologie (9,2%) et la médecine générale (28,1%).

Au moment  des choix de poste, après les résultats de l’examen, les étudiant voulaient 2,2 fois plus de postes que ce qui était offert en gynécologie, 1,9 fois plus que ce qui était offert en chirurgie, 1,7 fois plus que ce qui était offert en médecine, mais en ce qui concerne la médecine générale, les étudiant voulaient 17 fois moins de postes que ce qui était offert, et les étudiants les mieux classés ne souhaitaient pas faire le choix de la médecine générale (il s’agit d’une véritable désaffection de la profession…).

Plusieurs problèmes se profilent à l’horizon. L’augmentation du numerus clausus va poser des problèmes de choix de stage et de financement, le coût salarial des jeunes internes va effectivement tripler entre 2010 et 2015. La médecine générale, malgré son intégration comme spécialité n’est choisie que par moins d’un quart des étudiants alors que de nombreuses régions voient disparaître leurs médecins généralistes.

Aucune réponse politique n’est apportée à ce jour. Seule une revalorisation importante permettra de ramener les étudiants vers la médecine générale. En effet, notons que si sur le papier la médecine générale est considérée comme une spécialité, les honoraires des consultations ne le reflète pas, ce qui génère d’ailleurs un bras de fer actuellement entre des médecins revendiquant une revalorisation et les caisses de la sécurité sociale qui la refuse, malgré la loi. La sécurité sociale rembourse à ce jour une consultation à 22 euros, un prix qui est parmi les plus faibles d’Europe; en Irlande une consultation chez le médecin généraliste coûte 75 euros. Un dernier chiffre, une consultation aux urgences de l’hôpital coûte en moyenne 220 euros à la collectivité, soit 10 fois plus qu’une consultation chez le médecin généraliste.

Source

Désintérêt des futurs médecins pour la médecine générale. Résultats d’une enquête nationale sur les choix de spécialisation auprès de 1 870 externes français
Jérémie H. Lefèvre, Laurent Karila, Solen Kernéis, Jean-Noël Fiessinger, Morgan Rouprêt
La Presse Médicale 2009, publiée on line
Crédit Photo Creative Commons by dedde`

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