dimanche 4 décembre 2016

Docbuzz

Retrouvez Docbuzz sur Twitter

Docbuzz est aussi sur Facebook

L’énigme de la prématurité

Pendant tout le XX ème siècle, la prématurité des nourrissons, définie par un gestation de moins de 37 semaine était vue comme un évènement imprévisible. La médecine s’est d’ailleurs plutôt penchée sur la manière d’améliorer les conséquences de la prématurité plutôt que d’en réduire la fréquence. Et pourtant cette fréquence de la prématurité ne fait qu’augmenter dans nos sociétés occidentales. L’OMS estime que sur les 130 millions de naissances dans le monde chaque année, 8% des nouveaux-nés meurent avant leur première année, et la cause de ces décès est liée à la prématurité dans 17 à 34% des cas (aux Etats-Unis).

Les causes de la prématurité ne sont connue que dans la moitié des cas. La pré-éclampsie, comme la souffrance foetale nécessitent une césarienne en urgence. Toutefois, le nombre de césariennes a augmenté de 33 à 50%, sans pour autant que les facteurs de risque chez la femme ne changent. S’agit-il d’une pratique médicale totalement justifiée? On ne le sait pas. Les grossesses multiples liées aux techniques de fécondations assistées entraînant la gestation de plusieurs embryons, souvent chez des femmes plus âgées, sont également un facteur de prématurité. Tout comme les interventions chirugicales des cancers du col de l’utérus, qui multiplient ensuite par deux le risque de prématurité.

Cet artcile publiée dans la grande revue médicale le New England Journal of Medecine, fait le point sur ces facteurs de risque de la prématurité et tente de promouvoir des pistes de recherche afin de la réduire.

Le tabagisme de la mère, la consommation d’ alcool, un indice de Masse Corporelle faible, l’âge et un temps court entre les grossesses sont des facteurs de risque reconnus et facilement contrôlables.Pourtant la prématurité augmente, alors même que le repos allongé, le cerclage du col, un traitement tocolytique sont efficaces à retarder l’accouchement.

Trois facteurs sociaux contribuent surtout à la prématurité, le stress social et l’origine ethnique, les infections et inflammations, les facteurs génétiques :

le stress social et l’origine ethnique : la pauvreté, la faible éducation, la grande jeunesse, le célibat et l’insuffisance de soins au cours de la grossesse augmentent le risque de prématurité et de faible poids du bébé à la naissance. L’origine ethnique est également un facteur de risque : plusieurs études menées aux Etats Unis ont montré que chez les femmes noires, la prématurité était doublée et que la répétition des prématurités chez une même femme, multipliée par quatre. L’origine géographique, l’appartenance à une minorité  et la génétique peuvent ici jouer un rôle. Par exemple le taux de prématurité est plus élevé chez les femmes noires nées au Etats-Unis que chez celles nées en dehors du pays, même si pour les deux, ce taux reste plus élevé que chez les femmes blanches. La discrimination raciale existante au sein d’un pays joue un rôle de stress social chez ces femmes. Des questionnaires destinés à évaluer chez des femmes noires les discriminations raciales ont montré un lien entre ces discriminations et le risque d’accouchement prématuré et d’enfant de faible poids de naissance (<1500 g). Le taux de prématurité chez les femmes noires a augmenté de 40% par rapport à celui de leur mère ou grand-mère alors que cela n’a pas touché la femme blanche dans les mêmes proportions.

Infection et inflammation : Les infections sont en cause dans 25% des prématurités. Elles sont la cause de 80% des prématurités à 23 semaines de gestation et de 11% des prématurités à 33 semaines. Les mycoplasmes, les ureaplasmas sont parmi les germes les plus souvent retrouvés et pourtant les femmes enceintes à risque de ces infections sont très rarement traitées par un antibiotique qui pourrait les éradiquer. L’hypothèse que nombre de prématurités pourraient être causées par une infection vaginale a été avancée. Pour l’instant aucune étude n’a pu montré un bénéfice à traiter systématiquement les femmes à risque par des traitements anti-infectieux. En fait des nouveaux mécanismes de protection des germes infectieux ont été mis en évidence au niveau de l’appareil urinaire. Les germes s’encapsulent dans des biofilms leurs permettant de résister aux traitements. 65% des infections bactériennes chez l’homme relèveraient dorénavant de ce dispositif. De la même manière, les bactéries urinaires se camouflent entre les cellules de la paroi de la vessie. Des études devraient être menées pour connaître l’impact de ces infections urinaires sur la prématurité. Un bilan de tout les agents infectieux capables de coloniser le tractus génital, les intestins et la peau chez la femme permettrait de mieux appréhender leurs conséquences.

Facteurs génétiques : La comparaison des prématurités chez des femmes vraies et des fausses jumelles fait apparaître une variabilité de 15% à 40% de la prématurité en fonction des origines génétiques. Cependant on ne sait pas encore quel génome étudier pour vérifier l’implication d’un ou plusieurs gènes par rapport au risque de prématurité. Est-ce le génome de la mère uniquement ou est-ce que le génome du foetus peut également influencer la prématurité? Une femme née avant terme a 50% plus de risque de donner naissance à un prématuré qu’une femme née à terme. Un homme né avant terme a un risque augmenté de 12% que son enfant naisse avant terme. Les gênes paternels ont donc une influence plus faible sur le risque de prématurité. Il fait donc partie des outils pronostics importants au moment d’une grossesse que de faire un bilan historique des naissances au sein d’une famille, afin d’évaluer un risque de prématurité qui pourra ainsi être mieux surveillé.

Les progrès scientifiques à apporter dans la connaissance du fonctionnement biologique, génétique et social de la grossesse sont donc considérables. Des chercheurs de plusieurs disciplines scientifiques doivent travailler ensemble pour découvrir et améliorer la connaissance et la compréhension des causes de la prématurité et apporter des solutions thérapeutiques.

Source

The enigma of spontanous preterm birth
Louis J. Muglia, Michael Katz
NEJM, February 11, 2010, number 6, Volume 362, 529-535

Crédit Photo Creative Commons by MikeBlyth

Articles sur le même sujet