lundi 5 décembre 2016

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Comment les femmes vivent les infections urinaires?

Les infections urinaires aiguës sont les infections les plus fréquentes chez les femmes. La plupart sont traitées par anibiotiques. Pourtant, s’ils sont souvent efficaces, ils sont aussi sources d’effets secondaires. L’antibiothérapie systématique est donc très discutée d’une part parce qu’elle est limitée, qu’elle génère des risques de résistances, et d’autres part parce que des alternatives existent, même si leurs démonstrations scientifiques d’efficacité restent encore faibles à ce jour (jus de cranberry, thé, plantes, citrate de potassium,  et bicarbonate de sodium).

Qui peut mieux en parler que les patientes qui subissent ces infections? Des scientifiques anglais ont voulu évaluer les différentes stratégies du point de vue des patientes qui ont donc répondu à des questionnaires.

Les participantes ont été recrutées parmi un essai plus large qui évalue justement cinq différentes stratégies  :
1) antibiothérapie empirique
2) antibiothérapie empirique retardée
3) antibiotique choisi en fonction des symptômes (mictions nocturnes, mictions fréquentes, urines malodorantes, urines troubles)
4) antibotique choisi en fonction de la présence de nitrites, de globules blancs et de sang
5) traitement symptomatique jusqu’à l’obtention des résultats de l’ECBU (examen des urines) permettant de définir avec précision le germe en cause et sa sensibilité aux antibiotiques.

20 femmes ont accepté l’interview : 65% sont mariées, 88% avaient déjà eu des cystites par le passé.

Que pensent les femmes des différentes stratégies qui leur ont été proposées et en particulier le fait de retarder l’antibiothérapie?

Parmi les 20, 13 femmes avaient une antibiothérapie retardée : 10 ont jugé positivement cette stratégie, 3 négativement. Le fait de la juger positive et de bénéficier pour certaines de traitements alternatifs au préalable était très lié à la réticence qu’elles avaient des antibiotiques :  ” Eh bien, je préférais vraiment ne pas avoir d’antibiotique…mais heureusement…j’ai le jus de cranberry (rire)..“; “lorsque que je l’ai rencontré (le médecin),  je ne voulais vraiment pas prendre d’antibiotique, alors j’ai été contente lorsqu’il m’a donné l’autre traitement (plantes)“.

Parmi Les deux femmes qui ont exprimé une préférence immédiate pour les antibiotiques, l’une a indiquée pendant l’interview que c’était à cause de la peur de l’aggravation des symptômes, une autre parce que les antibiotiques avaient été efficaces lors d’une cystite précédente.

Certaines participantes ont parlé de leur réticence aux antibiotiques, plus dans le but d’éviter des effets secondaires : ” Quand je suis sortie, je me suis dit, oh non, encore 3 jours de plus…Et puis j’ai pensé aux effets secondaires des antibiotiques…Est-ce que je veux des effets secondaires?…Parce que alors ce seront encore 3 ou 4 jours de plus…Encore plus de douleur au même endroit, et j’ai pensé, tu l’as déjà depuis 7 jours, dans 3 jours, ça aura disparu“. En fait parmi celles qui ont déjà utilisé des antibiotiques, la plupart ont fait l’expérience de la candidose vaginale qu’ils provoquent, l’effet secondaire le plus fréquent.

Se voir offrir une alternative thérapeutique est bien accepté par celles qui  croient en une médecine différente : “j’ai vraiment aimé que mon médecin (…) m’ait proposé un traitement à base de plante et de jus de fruit“…”J’aime la médecine qui combine les différentes médecines naturelles (…) que ce soient des herbes, de l’homéopathie ou par un changement alimentaire“…”Il ne m’a pas donné d’antibiotiques mais ‘il l’avait fait, je ne les  aurais pas pris”.

Avoir une prescription prête au cas a aidé plusieurs participantes à accepter le délai : “Je pense qu’au fond de moi, j’étais rassurée par le fait de savoir que si tout ratait, je l’avais (la prescription)“…”Je me suis sentie OK parce que je savais que la prescription était là si j’en avait besoin“.

En revanches, les participantes qui ont un avis négatif sur le délai de l’antibiothérapie ont exprimé le regret que leur avis n’a pas été pris en considération : “Je veux bien écouter, mais je connais mon propre corps” dit l’une d’elle. Certaines pensent même que leur médecin n’a pas compris leur symptômes ou n’a pas pris leur plainte en considération. D’autres n’ont pas respecté le délai comme recommandé parce que cela “faisait trop mal et cela faisait peur (…), j’étais presque en larmes“. Comprendre ces expériences diverses permet de comprendre pourquoi parfois, les patientes ne se sentent pas prises au sérieux par leur médecin.

Le refus du délai peut également intervenir lorsqu’une femme s’est auto appliqué déjà un délai :” J’ai utilisé toutes les techniques possibles…Le fait qu’il me demande d’attendre encore plus longtemps, oh, je ne veux pas faire ça car je l’ai déjà fait et je pense que ça m’a mené là ou je suis maintenant“.

Les médecins ont ensuite demandé aux femmes si elles savaient pourquoi elles avaient une infection urinaire : 15 des 20 femmes interviewées avaient déjà eu des infections urinaires. Le mode de vie est souvent cité comme contribuant à favoriser les infections urinaires. Les femmes mentionnent éviter certains comportements tels que “boire de la caféine” , “ne pas boire trop de vinet ne pas être “négligent ” sur son hygiène intime. Dans les réponses de tous les paticpantes, on retrouve cette vivre avec des principes d’autodiscipline comportant une alimentation saine, faire de l’exercice, et se toiletter après un rapport sexuel. elles ont toutes une stratégie mise en place pour faire face dès l’arrivée du premier symptôme.

Au total, cette étude montre que les femmes ayant des infections urinaires sont assez réticentes face à la prise d’antibiotiques car elles en connaissent le risque. La stratégie qui consiste à retarder la prise d’antibiotique par un délai défini, avec néanmoins la réassurance d’une prescription prête à être utilisée en cas d’aggravation des symptômes est bien acceptée par la majorité mais ne semble pouvoir convenir à toutes. Les médecins doivent aussi savoir rassurer les femmes sur les causes des infections urinaires afin d’éviter qu’elles ne s’en blâment elles-même, s’autoaccusant de certains excès ou de négligences.

Source

Women’s views about management and cause of urinary tract infection: qualitative interview study
G M Leydon, S Turner,H Smith,P Little
BMJ 2010;340:c279

Crédit Phoro Creative Commons by Rose Skjellerup

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