samedi 3 décembre 2016

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Les antalgiques peuvent réduire l’audition

La prise régulière d’antalgiques tels que l’acide acétylsalicylique (plus connue sous le nom d’aspirine), les anti-inflammatoires, et l’acétaminophène, peut entrainer une diminution de l’audition, révèle une étude américaine publiée dans l’American Journal of Medecine.

La perte d’audition est une pathologie plus répandue qu’il n’y parait. On estime qu’environ 1/3 des 40-49 ans ont subi une perte d’audition. Elle n’est bien sûr pas toujours totale, mais déjà une réduction moyenne de l’audition est handicapante par exemple pour comprendre les propos de quelqu’un dans une ambiance bruyante. Une étude de la NHANES démontrait que 43% des hommes âgés de 60-69 ans avaient une réduction de l’audition dans les fréquences moyennes et 93% dans les fréquences hautes. Les conséquences toxiques de l’acide acétylsalicylique à forte doses sur l’audition, comprennant acouphènes et perte réversible de l’audition, sont connues. De faibles doses auraient un effet plutôt protecteur. De la même manière, de fortes doses d’anti-inflammatoires sont également toxiques pour l’audition comme l’ont montré des études menées chez l’animal et des cas cliniques rapportés.

Les scientifiques ont utilisé pour mener cette étude les réponses à un questionnaire auquel ont répondu 26 917 hommes en 1986 et qui ont par la suite été suivi médicalement pendant 20 ans. Dès 1986 puis tous les 2 ans, le point a été fait sur leur consommation d’antalgiques, acide acétylsalicylique, acétaminophène ou anti-inflammatoires, considérée par l’étude à partir du moment où elle était au moins égale à deux prises par semaine. La moitié des personnes suivies prenait régulièrement un médicament antalgique, le plus fréquemment pour une prévention cardiovasculaire, des maux de tête, ou des douleurs.

Au cours du suivi, une diminution de l’audition a été confirmé médicalement chez 3488 personnes. Les analyses ont montré un lien entre prises d’antalgiques et risque de réduction de l’audition. Ce risque, chez ceux qui en prenaient au moins deux fois par semaine, était augmenté de 12% avec l’acide acétylsalicylique, de 38% avec les anti-inflammatoires et de 32% avec l’acétaminophène (par rapport à ceux qui en prenaient moins de deux fois par semaine).

Ce risque de diminution de l’audition augmente avec la durée d’utilisation. Par exemple, la prise d’aspirine régulièrement pendant 1 à 4 ans augmente le risque de perte d’audition de 28% par rapport à ceux qui n’en prennent pas régulièrement. La prise d’anti-inflammatoires pendant plus de 4 ans l’augmente de 33%.

Ce risque de diminution de l’audition varie avec l’âge. Les utilisateurs réguliers d’aspirine de moins de 50 ans ont 33% plus de risque d’avoir une perte d’audition que ceux de 50-59 ans et le risque n’est plus retrouvé pour les plus de 60 ans. Pour les anti-inflammatoires, un risque plus élevé de 61% est retrouvé chez les utilisateurs réguliers de moins de 50 ans, de 32% entre 50 et 59 ans, et de 16% pour les plus de 60 ans. Pour l’écétaminophène, ce risque est de 99% pour les moins de 50 ans utilisateurs réguliers, de 38% entre 50-59 ans et de 16 % au delà de 60 ans. L’utilisation conjointe de ces médicament amène le risque global à 60%.

La prise de ces médicaments est donc indépendamment associée avec une augmentation du risque de diminution de l’audition, ceci d’autant plus que ceux qui les consomment sont jeunes. Le risque disparaît après 60 ans pour l’aspirine et s’atténue pour les anti-inflammatoires et l’acétaminophène, peut-être du fait de l’importante fréquence du déclin de l’audition après 60 ans, y compris chez ceux ne prenant pas ces médicaments.

Source

Analgesic Use and the Risk of Hearing Loss in Men (texte complet)
Sharon G. Curhan, Roland Eavey, Josef Shargorodsky, Gary C. Curhan
American Journal of Medecine, Volume 123, Issue 3, Pages 231-237 (March 2010)

Crédit Photo Creative Commons by nutmeg66

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