mardi 27 septembre 2016

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Dépistage du cancer du sein : son efficacité remise en cause

Un étude Danoise publiée dans le British Medical Journal démontre que le dépistage systématique du cancer du sein chez les femmes de 55 à 75 ans ne permet pas de réduire la mortalité de ce cancer. Son efficacité est donc globalement remise en cause.

En France le dépistage du cancer du sein a été généralisé depuis 1989. Ce dépistage gratuit est proposé aux femmes de 50 à 74 ans tous les 2 ans depuis 1989, mais seulement 51% des femmes de cet âge s’y rendent. Deux mammographies sont réalisées. Leur valeur prédictive positive, c’est à dire leurs “chances” de détecter un cancer est très faible, proche de 5,8%. Le coût total annuel de ce dépistage était d’environ 1,5 milliard d’euros en 2005. Pourtant, est-il efficace? Les rapports officiels expliquent qu’un taux important de cancers de petite taille (30%) et de cancers sans envahissement ganglionnaire (69%) ont été détectés. Mais cela n’est pas un signe d’efficacité. D’ailleurs la mortalité par cancer du sein se réduit de 1,3% par an en moyenne. Aucune véritable étude sur l’efficacité réelle de ce dépistage mené en France n’a été publiée. Une étude Danoise vient d’évaluer l’intérêt de ce dépistage au Danemark, un pays précurseur dans cette lutte contre le cancer du sein par le dépistage.

L’idée du dépistage systématique est venue suite à la publication d’études montrant qu’il pouvait réduire la mortalité de 15%. Ces études datent cependant de plusieurs dizaines d’années. De plus, il y a toujours une différence entre les essais cliniques et la réalité du terrain; les équipes peuvent être moins qualifiées, les équipements peuvent être différents, la participation des femmes concernées peut-être variable. En 2005, une étude menée à Copenhague montrait que le dépistage systématique mené dans cette ville réduisait la mortalité de 25% par rapport à une ville où il n’existait pas encore. Mais cette étude avait des limites. Les populations comparées n’étaient pas identiques et la durée du suivi des femmes était court, alors que la survie à un cancer du sein peut être longue. La question de l’intérêt du dépistage restait donc entière. L’objectif de cette nouvelle étude était donc de déterminer si réellement un dépistage systématique  est efficace, c’est à dire qu’il sauve des vies.

Les scientifiques ont réétudié tous les cas de décès par cancer du sein de 1971 à 2006, classés par année, par région et par tranche d’âges de 5 ans. Ces données ont été corrélées à la population féminine totale et aux lieux où le dépistage existait en fonction de sa date de mise en place. Il a fallut également tenir compte du fait que les cancers du sein survenant chez des femmes de 35 à 54 ans ou de 75-84 ans, n’auraient pas pu être découverts par le dépistage systématique puisque ces femmes en étaient exclues. Une fois toutes ces données réunies, les scientifiques ont pu dresser un tableau clair de l’intérêt du dépistage.

Au cours des 10 années pendant lesquelles, le dépistage systématique a pu avoir un effet, la mortalité totale par cancer du sein des femmes de 55-74 ans a été réduit de 1% au sein des zones où le dépistage existait, et réduit de 2% dans les zones où le dépistage n’existait pas. Dans le même temps, la mortalité par cancer du sein chez les femmes de 35 à 54 ans, n’ayant pas accès au dépistage, a diminué de 5% par an dans les zones ou existait un dépistage et de 6% par an dans les zones où le dépistage n’existait pas. Il n’y avait pas de modifications de la mortalité chez les femmes de plus de 75 ans, également exclues du dépistage.

La réduction de la mortalité par cancer du sein enrégistrée au Danemark, comme dans d’autres pays n’est donc pas liée au dépistage mais plus probablement à l’amélioration des traitements médicaux, de la chirurgie et à une prise n compte des facteurs de risque. L’heure est donc venue de se poser la question de l’utilité de ces programmes de dépistage.

Alors qu’en penser pour la France où la baisse de mortalité annuelle par cancer du sein est comme dans l’étude Danoise aux alentour de 1%? L’association “Le cancer du sein parlons-en” écrit sur son site internet : “la mammographie pratiquée tous les 2 ans permet de réduire de l’ordre de 30 % la mortalité spécifique des femmes de 50 à 69 ans, après 7 à 13 ans de suivi”. Cette affirmation n’est malheureusement pas référencée. Et si la com gouvernementale est “importante” dans ce domaine, une étude serait la bienvenue afin de conclure définitivement à l’utilité d’une dépense publique de 1,5 milliards d’Euros par an. Peut-être que l’argent de ce dépistage serait mieux dépensée dans d’autres programmes ?

Le plan cancer 2009-2013 ne prévoit pourtant qu’une seule action particulière concernant le cancer du sein : “ Définir les modalités techniques permettant d’exploiter pleinement les possibilités offertes par les mammographies numériques pour le dépistage du cancer du sein”…

Source

Breast cancer mortality in organised mammography screening in Denmark: comparative study
Karsten Juhl Jørgensen,Per-Henrik Zahl, Peter C Gøtzsche
BMJ 2010;340:c1241

The French breast cancer screening programme
SUZANNE H. WAIT and HUBERT M. ALLEMAND
The European Journal of Public Health 1996 6(1):43-48; doi:10.1093/eurpub/6.1.43

Crédit Photo Creative Commons by PhotoA.nl

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