samedi 3 décembre 2016

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La dysmorphophobie où quand le miroir ment

Essayez-vous de cacher aux autres une partie de votre corps, au point de ne plus oser sortir de chez vous? Pensez-vous que votre nez, vos bras, votre jambe droite, vos taches de rousseurs sont tellement abominables qu’elles devraient disparaître? Passez-vous un temps infini à  contempler dans un miroir cette étrange anomalie? Sa pensée vous envahie, les autres ne peuvent voir que ça de vous, c’est certain. Cette obsession devient souffrance, vous consultez, vous êtes anxieuse, vous commencez à prendre des médicaments. Vos proches, que vous interrogez, vous trouvent excessive, votre jambe est normale, vos lèvres sont ravisantes, votre nez est parfait…Et pourtant, ils ne voient pas combien c’est abominable. Vous souffrez tant. Peut-être la chirurgie plastique pourra t-elle quelque chose? Ou une auto-mutilation, une amputation, pour ne plus voir cette horreur. Cette maladie, car il s’agit bien d’une maladie, c’est la dysmorphophobie. Elle débute souvent à l’adolescence. Longtemps ignorée et niée, la psychiatrie la reconnaît aujourd’hui. C’est une obsession, celle d’être atteint(e) d’une disgrâce physique majeure. Ce n’est pourtant qu’une anomalie de son propre regard sur soi-même, quelque chose que le malade est le seul à voir. Cela peut même s’accompagner d’hallucinations. C’est un trouble durable qui peut parfois s’amoindrir avec le temps ou qui peut s’aggraver à travers par exemple de multiples chirurgies plastiques. La souffrance peut conduire certains patients au suicide.

De purement psychiatrique, la dysmorphophobie a dorénavant une imagerie clinique grâce à une découverte réalisée à l’université de Californie. L’équipe du Docteur Jamie D. Feusner, vient d’identifier des anomalies du fonctionnement cérébral chez des patientes souffrant de dysmorphophobie, anomalies n’existant pas chez ceux qui n’en souffrent pas. Ils ont recruté 17 patientes souffrant de dysmorphophobie du visage et 16 personnes qui ont rempli le rôle de comparateur. Les médecins ont réalisé des IRM cérébrales au cours desquelles chacune des personnes recrutées voyait des photos de son propre visage. Une hyperactivité a été mise en évidence dans le cortex fronto-orbital de celles souffrant de dysmorphophobie. Cette différence d’activité au sein du circuit fronto-striatal était corrélé avec leur degré d’aversion pour “l’anomalie”. Plus elle était intense, plus l’activité du circuit fronto-strial était importante. Il s’agit de l’aire cérébrale impliquée dans la vision. Ces résultats suggèrent des anomalies au cours du processus de vision au cours de la dysmorphophobie. Il est pour l’instant impossible de définir si cette anomalie est précurseur ou conséquence du comportement d’obsession.

Une prise en charge médicale est utile et souvent efficace. Elle fera appel soit à la thérapie cognitive soit à des traitements médicamenteux. En revanche, le traitement “chirurgical” ne fonctionne pas, le supposé problème, même éliminé par la chirurgie, fera le plus souvent place à un second entraînant le patient dans un cercle vicieux qui peut finir tragiquement.

Vous verrez par exemple dans ce film comment une jeune fille paraissant jolie, mais souffrant de dysmorphophobie, se voit et se dessine. Elle est restée cloîtrée chez elle pendant deux ans et demi n’osant plus affronter le regard des autres.

Source

Abnormalities of Visual Processing and Frontostriatal Systems in Body Dysmorphic Disorder
Jamie D. Feusner, MD; Teena Moody, PhD; Emily Hembacher, BA; Jennifer Townsend, BA; Malin McKinley, MA; Hayley Moller;Susan Bookheimer, PhD
Arch Gen Psychiatry. 2010;67(2):197-205

Crédit Photo Creative Commons by zeynep’arkok


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