samedi 3 décembre 2016

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Tourisme sexuel féminin à Cuzco au Pérou et risque de MST

Le terme de tourisme sexuel a longtemps été associé à des hommes occidentaux voyageant vers des pays sous-développés, essentiellement en Asie, dans le but essentiel d’avoir des rapports sexuels avec des locaux, hommes ou femmes. Ces échanges se déroulent le plus souvent dans le cadre de la prostitution, c’est à dire de l’offre de rapports sexuels en échange d’argent ou de biens de consommation. Aujourd’hui, de plus en plus de femmes voyagent seules, dans le cadre de leur travail ou pour leur loisir.

Si au début les relations entre les voyageuses et les locaux, se camouflaient sous le voile de la romance, tant il semblait improbable que la femme puisse développer un comportement sexuel de prédateur à l’image des hommes, aujourd’hui le tourisme sexuel féminin est clairement identifié. Les femmes qui recherchent du sexe au cours de leur vacances vont en Jamaïque, en Indonésie, en République Dominicaine, aux Barbades, en Gambie, en Equateur, au Costa Rica et plus récemment en Egypte. Les lieux de rencontres sont en majorité des villes ensoleillées de bord de mer offrant plage, soleil, bars et musique. Selon plusieurs études, les rapports sexuels dans ces conditions sont rarement protégés favorisant la transmission de multiples maladies sexuellement transmissible, dont le HIV.

Cette étude a été menée pour comprendre les motivations des femmes pratiquant ce type de vacances sexuelles et évaluer leur approche quant-aux risques de transmission de maladies sexuelles. Onze touristes venant des Etats-Unis, d’Allemagne, de Suisse, des Pays-Bas et d’Australie, ont accepté de participer à une interview de 30 minutes alors qu’elles étaient à Cuzco au Pérou, venue là pour admirer les vestiges du Machu Pichu.

Deux approches se distinguent. Certaines font un voyage de plusieurs mois et “être seule tout le temps est difficile” raconte Helen, ce qui explique qu’à la faveur d’une rencontre particulière, une relation se noue. Pour celles ayant peu de temps de voyage, les choses sont plus clairement affirmées. Allison est à Cuzco avec deux copines : “Vraiment, nous, on veut juste s’amuser. Je suis ici pour le sexe. Cuzco est bien pour trouver du sexe. Oh, oui, on m’a dit qu’il y avait beaucoup de sexe à Cuzco“. Mia a rompu avec son ami avant de partir en vacances et elle s’est retrouvée dit-elle “affamée de sexe“. Elle a fait la connaissance d’un homme à Cuzco : “Non, je ne crois pas que je l’aime beaucoup, je crois que c’était juste une attraction, sans sexe pendant un temps, quelque chose comme ça…On verra bien” et elle a prévu de rencontrer d’autres garçons de Cuzco. Ce sont en général les touristes qui font les premiers pas : “Quand on était au Plaza, on leur à dit que tout était possible…” raconte Allison, et pour Elke “Les touristes veulent s’amuser et puis c’est si simple de se retrouver au lit dès la première nuit“. Si certaines incluent des sentiments dans leurs relation, pouvant les mener à penser qu’elles pourraient vivre au Pérou, d’autres, essentiellement attirées par le sexe, voient plus leur relation comme un échange gagnant-gagnant comme Susan”Je pense que ces hommes rencontrent beaucoup de touristes, alors eux-aussi s’amusent, c’est tout“, ou Allison “Je suis sûre que ces hommes voient ça de la même manière que nous. Ils savent qu’ont est là que quelques jours. J’en suis sûre, ils le font pour le plaisir“.

Sans exception, toutes les femmes reconnaissent que ce qui les attirent chez les péruviens de Cuzco, c’est leur apparence physique, un visage particulier, “l’aspect Inca”, et de longs cheveux noirs : “cheveux noirs, peau sombre, magnifique, différent de ceux de la maison, je le trouve très beau” dit Cornélia. Pour Allison, “Ils sont chauds, si beaux…Ils sont différents, un peu sauvages, ceux avec leurs longs cheveux noirs sont les mieux..”. Susan, leur trouve un aspect “prince sauvage“. Pour beaucoup, c’est bien la différence d’avec les hommes qu’elles ont connu auparavant qui les attire ici, comme la différence de culture, éloignée du mode de vie occidental.

La plupart des hommes qu’elles ont rencontré étaient musiciens ou artisans, pouvant passer un bonne partie de la journée avec elles. Les 11 femmes, la plupart blondes aux yeux bleus, apprécient le fait de représenter également pour ces hommes un” trophée exotique”. Elles pensent que les femmes péruviennes sont trop “coincées” et pas préparées à faire toutes les choses qu’elles peuvent faire : “Ils aiment la liberté sexuelle, les touristes sont plus ouvertes et expérimentées“, “Les gringas sont différentes, surtout les blondes. Elles n’ont même pas besoin d’être jolies“.

Les rencontres ont lieu  dans les “Gringotecas”, des discotèques très populaire le long de la place des Armas. Toutes racontent la même chose, alcool, baisers, danses et sexe ; “On a été dans une de ces discothèques sur la place, chacune a trouvé un gars, et on a bu et dansé, puis on s’est embrassé et tout à commencé (…) une copine a été dans notre chambre avec son gars, moi, j’ai été dans une maison du centre ville où il habitait avec son cousin ; Les choses ont été très vite et…enfin vous imaginez“.

Quel bénéfice pour les locaux? Elles pensent que le bénéfice principal qu’elles leur offrent, c’est d’augmenter leur estime de soi, et de les grandir aux yeux des autres :  “Les gringas ont plus d’expérience sexuelle, alors, les gars veulent connaître ça. Ils ont une expérience avec une Gringa et après, ils se marient à une locale” résume Elke. Les gains matériels sont essentiellement des repas, des boissons, des voyages, de l’argent et d’autres à-côtés. L’argent “emprunté” n’est jamais réclamé. S’il est concidéré comme normal pour des occidentales de payer un repas, ou de subvenir à d’autres types de dépenses, les locaux jugent ces femmes occidentales naïves et stupides. Ils se moquent de ces femmes et des hommes qui acceptent leur argent sont méprisés. ” Vous savez, parfois je pense qu’ils nous voient comme des prostituées “dit Helen. Curieusement, les femmes interviewées décrivent cette situation comme si elles n’en faisaient pas partie, niant qu’elles agissent de la sorte et critiquant même celles qui le font.

Plusieurs des jeunes touristes déclarent qu’elles n’auraient jamais eu de relation sexuelles sans préservatif. Mais comme dans beaucoup de situations improvisées…”Je ne suis pas sûre de ce qui est arrivé cette nuit. Est-ce que je l’ai utilisé? Honnêtement, je ne sais plus…Je me rappelle juste qu’on étaient très chauds, et les choses vont vite…“. Pour celles qui restent plus longtemps, il semble pourtant que lorsqu’une relation durable s’établit, l’arrivée des sentiments rend difficile l’utilisation du préservatif  : “Je ne sais pas si c’était une bonne idée, j’y pense parfois“. Les femmes pensent de toute manière que ces hommes, vivant dans des endroit “hors du temps” sont encore à une époque d’avant le sida. Toutes témoignent également du peu d’empressement de leur partenaire, voir de leur refus, à utiliser un préservatif.

Ainsi, bien que les 11 jeunes touristes soient totalement informées de l’importance du préservatif, plusieurs conditions font que les messages de prévention soient ici oubliés :  l’exotisme, le changement culturel, la liberté des contraintes sociales, l’accès à l’alcool à la marijuana et à la cocaïne, font un  cocktail dangereux. Le message à adresser aux occidentales n’est pas “Mettez un préservatif” mais “N’arrêtez jamais d’utiliser des préservatifs”. Et s’il est vrai que dans la société Péruvienne où le machisme est important, cela peut parfois être difficile à faire accepter, les femmes occidentales doivent apprendre à négocier avec leur partenaire non seulement pour se protéger mais également pour les protéger.

Source

Relationships between female tourists and male locals in Cuzco/Peru: implications for travel health education
Irmgard Bauer
Travel Medicine Volume 7, Issue 6, Pages 350-358

Crédit Photo Creative Commons by mdverde

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