jeudi 29 septembre 2016

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Pourquoi les fonctionnaires les plus pauvres meurent-ils plus jeunes?

Les comportements et le mode de vie sont reconnus comme un déterminant important de la mortalité dans le monde. Et les comportements les plus à risque sont plus importants parmi les classes sociales le plus défavorisées. La tabagisme, l’alcoolisme, l’obésité, l’absence d’activité physique, une alimentation peu saine, expliqueraient entre 12% et 54% de la différence de mortalité entre les différentes classes sociales. Cependant, depuis 1990, on constate une réduction du tabagisme mais une explosion de l’obésité. Evaluer sur une durée de 24 années les implications du tabagisme, de l’alcool, de l’alimentation et de l’exercice physique sur une population de fonctionnaires anglais était l’objectif de cette étude, publiée dans la revue américaine JAMA.

Les 9 590 fonctionnaires participants pouvaient appartenir à 3 grades différents, fonction de support, fonction exécutive, ou haute administration. Leur position professionnelle permet un classement socio-économique en relation avec leurs revenus financiers. Leur consommation d’alcool, leur alimentation, leur activité physique et leur tabagisme ont été précisément évalués et suivis régulièrement tout au long des 24 années de suivi. Si 57% des fonctionnaires de la classe supérieure avaient un diplôme universitaire, il n’en était de même que pour 6,7 % des fonctionnaires ayant une fonction de support.

Dès le début de l’étude, ces derniers fumaient plus, étaient moins actifs physiquement, se nourrissaient moins sainement, mais étaient aussi moins enclin à une forte consommation d’alcool : 37% s’abstenaient de toute consommation d’alcool contre seulement 7% des fonctionnaires aisés.

Au cours des 24 années, le tabagisme a diminué  de moitié, de 10,1% à 4,8% chez les fonctionnaires les plus aisés et de 30% à 16% chez les fonctionnaires les moins aisés. La proportion s’abstenant de toute consommation d’alcool n’a pas évolué chez les plus aisés mais a en revanche augmenté chez les moins aisés, passant de 37% à 42%. La qualité de l’alimentation a été améliorée, une alimentation peu saine ayant reculé de 6% à 1%  chez les fonctionnaires aisés et de 15% à 5% chez les les moins aisés. L’absence d’activité physique a en revanche augmenté parmi toutes les catégories de fonctionnaires, touchant 20% des plus aisés et 40% des moins aisés.

654 fonctionnaires sont décédés pendant l’étude, majoritairement de cancers et de maladie cardiovasculaires. Le taux de mortalité est plus élevé chez les fonctionnaires les moins aisés : dans cette étude, appartenir à la catégorie de fonctionnaires les moins aisés est un facteur de risque de mortalité, augmentant celle-ci de 60%. Pourtant tous ces fonctionnaires avaient un accès illimité et gratuit aux soins médicaux de part leur fonction au sein de l’état. Et si l’on prend en compte les influences de l’alimentation, du tabagisme, de l’exercice physique et de la consommation d’alcool, ceux-ci expliquent en fait 72% de cette surmortalité des classes de fonctionnaires les moins aisés.

Cette étude confirme donc l’impact important de 4 facteurs de risque contrôlables sur la mortalité. Ils expliquent la plus grande partie de l’inégalité sociale face à la mort. Leur impact a en plus fortement augmenté, puisque, s’ils n’expliquaient que 42% de cette différence au début de l’étude, ils comptent pour 72% de cette différence, vingt années plus tard. Communiquer sur l’amélioration du mode de vie et sur les dangers de certains comportements a donc le potentiel de réduire les inégalités sociales face aux maladies et à la mort.

Source

Association of socioeconomic position with health behaviors and mortality
Silvia Stringhini, MSc; Séverine Sabia, PhD; Martin Shipley, MSc; Eric Brunner, PhD; Hermann Nabi, PhD; Mika Kivimaki, PhD; Archana Singh-Manoux
JAMA. 2010;303(12):1159-1166

Crédit Photo Creative Commons by Mike_fleming

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