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L’Europe tarde à lutter contre les faux médicaments

Jeudi 15 avril 2010, à Bâle, en Suisse, les pays Européens se réunissent pour adopter une convention dont l’objectif serait de protéger les Européens contre la prolifération des faux médicaments. Le sujet est en souffrance depuis des nombreuses années. En 2007, la Recommandation 1794 du Conseil de l’Europe reconnaissait que “la contrefaçon des médicaments est devenue une industrie qui tue des centaines de milliers de personnes chaque année. 1 médicament fabriqué sur 10 dans le monde est une contrefaçon. Les pertes ne sont pas qu’humaines puisque cette contrefaçon couterait, toujours selon le Conseil de l’Europe, une perte s’élevant à des milliards d’euros par an, sommes qui échappent ainsi aux systèmes nationaux d’imposition”.

La vision qu’a le Conseil de l’Europe de cette contrefaçon est large puisqu’elle “peut porter aussi bien sur les médicaments, qu’ils soient génériques ou non, que sur les appareils médicaux, les cosmétiques ou les produits vétérinaires”. Comment en est-on arriver là? Le Conseil de l’Europe pointe du doigt notamment le “manque ou du défaut de règlements sur le contrôle de la qualité” de la part des états membres, “le vide juridique qui entraîne une absence ou une faiblesse des autorités nationales concernées”,et “la croissance des ventes de médicaments par internet”.

Le Conseil de l’Europe engageait donc les états dès 2007, à “prendre d’urgence des mesures visant à préserver la sécurité des patients face au développement croissant des médicaments contrefaits”. Nous sommes en maintenant en 2010 et rien ou peu n’a été réalisé.

Depuis l’apparition des médicaments génériques puis de l’autorisation des importations parallèles (des médicaments sont achetés dans un pays Européen puis revendus dans un autre), les patients peuvent être confrontés, pour une prescription identique de leur médecin, à un produit dont la boite, la forme, la couleur, ou encore le goût peuvent être variables, éliminant d’emblée toute capacité de vigilance de leur part : Le consommateur est donc incapable de discriminer le vrai du faux. Ceci d’autant plus que  les contrefaçons présentent trois principales caractéristiques :

– La première porte sur la qualité de leur apparence extérieure. En effet, le conditionnement est presque identique aux véritables médicaments,
– La seconde est que l’introduction des contrefaçons sur le marché licite peut se faire au niveau des distributeurs en gros. En 1989, par exemple, le Royaume-Uni s’est retrouvé envahie par du Zantac qui, avant d’être saisi, avait parcouru une partie de l’Europe avant de déjouer la vigilance des autorités sanitaires. La matière première venait de Singapour et de Turquie. Un chimiste grec s’est chargé de la fabrication de la copie. Le stock a été revendu à une société suisse, qui a dû faire miroiter une bonne affaire à un distributeur néerlandais. Ce dernier s’est ensuite chargé de le distribuer en toute innocence aux Pays-Bas et en Grande-Bretagne,
La troisième caractéristique est leur excellente rentabilité. En effet, la contrefaçon de médicaments génèrerait un chiffre d’affaires de 25 milliards d’euros, ce qui est 25 fois plus lucratif que celui de l’héroïne et, sans nul doute, beaucoup moins risqué sur le plan de la sanction pénale pour les auteurs de la contrefaçon.

La signature de la convention “sur la contrefaçon des produits médicaux et les infractions similaires menaçant la santé publique” est une étape engageant les Etats membres à mettre en place des mesures de contrôle, de coopérations et de luttes contre la contrefaçon et les contrefacteurs. Gageons que malheureusement s’écouleront encore de longues années et que quelques Européens payeront de leur vie, la lenteur des autorités Européennes et Nationales quant-à la mise en place d’une action réellement efficace.

Ce film montre l’achat d’un faux médicament sur un marché dans un pays Européen

Source

Recommandation 1794 (2007) Qualité des médicaments en Europe

Doc. 11193 du 5 mars 2007 : La qualité des médicaments en Europe
Rapport de la Commission des questions sociales, de la santé et de la famille
Rapporteur : M. Bernard MARQUET, Monaco, Alliance des Démocrates et des Libéraux pour l’Europe

Projet de convention du Conseil de l’Europe sur la contrefaçon des produits médicaux et les infractions similaires menaçant la santé publique, 26 janvier 2010

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