samedi 3 décembre 2016

Docbuzz

Retrouvez Docbuzz sur Twitter

Docbuzz est aussi sur Facebook

Peut-on repousser les handicaps jusqu’en fin de vie?

Est-il possible de ne supporter les handicaps inéluctables de la vieillesse que durant un temps très bref, c’est à dire juste en fin de vie, laissant ainsi espérer une plus grande partie de la vie sans handicap? En fait très peu d’études ont été menées pour évaluer ainsi la trajectoire de survenue des handicaps à la fin de la vie. Thomas M Gill, de l’université de Yale montre que l’on peut identifier 5 catégories de patients en fonction des trajectories suivies par leurs handicaps au cours des 12 derniers mois de leur vie.

Pour cela son équipe a suivi 754 patients âgés qu’il ont vu tous les mois pendant presque 10 années. Aucun ne souffrait d’aucun handicap lors de leur recrutement. Au cours de la dernière année de vie de 383 participants, les scientifiques ont pu distinguer 5 catégories de patients en fonction de l’existence et de l’importance de leurs handicaps : l’absence de handicap, le handicap catastrophique, le handicap accéléré, le handicap progressif, et le handicap persistant sévère.

En fait, les personnes des groupes, absence de handicap, handicap catastrophique, et handicap accéléré, qui représentent plus de la moitié des patients, n’avaient pratiquement aucun handicap un an avant leur décès. Les trajectoires des groupes handicap catastrophique, et handicap accéléré, ont divergé entre 10 et 3 mois avant leur décès, ayant donc laissé ces patients sans aucun handicap pendant la très grande majorité de leur existence.

La condition clinique initiale qui fait le moins varier la courbe du handicap est la démence, caractérisée très tôt par un niveau élevé de handicap. En revanche pour les autres groupes, entre 27% et 80% des patients de chaque groupe n’avaient aucun handicap 1 an avant leur décès. Cela montre que pour la plupart des patients décèdés, les trajectoires des handicaps ne suivent pas une courbe préétablie conduisant au décès.

Pourtant, une majorité des décédés avaient un haut niveau de handicap et donc de dépendance dans les moins précédant leur décès. Parmi ceux sans handicap un an avant, 33% sont restés sans handicap jusqu’à leur décès, 33% ont connu un handicap accéléré 10 mois avant leur décès et les 33% restant ont connu un handicap d’apparition catastrophique dans les mois précédant le décès.

Les pathologies sous jacentes à l’apparition des handicaps sont difficiles à distinguer entre les groupes. Si les patients ayant une démence sont clairement dans le groupe des handicaps persistants, 40% des patients cancéreux en phase terminale sont restés longtemps sans handicap et se retrouvent dans le groupe des handicap catastrophiques, avec une aggravation brutale dans les mois précédents leur décès.

Les patients décédés de défaillance d’un organe comme une défaillance cardiaque ou rénale, se retrouvent dans tous les groupes, tout comme ceux décédés d’un cancer, montrant l’impossibilité actuelle à prévoir par avance les soins dont un patient pourra avoir besoin en fin de vie.

Cette étude montre qu’en fin de vie, le besoin de services de soins, liés à l’existence d’un handicap, peuvent être aussi nécessaires à une personne libre de tout handicap un an auparavant, qu’à une personne ayant un cancer ou à une personne souffrant d’une défaillance d’organe, et qu’il sera encore plus important chez des patients présentant une démence. Cette impossibilité à prédire  avec précision, les besoins en soins d’une population pose la question des allocations de ressources nécessaires et de la disponibilité de professionnels pour faire face aux soins des personnes âgées en fin de vie

Source

Gill TM, Gahbauer EA, Han L, Allore HG
N Engl J Med 362:1173, April 1, 2010 Original Article

Crédit Photo Creative Commons by spisharam – AWAY

Articles sur le même sujet