dimanche 4 décembre 2016

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Comment interprétons-nous un message politique?

Les élections législatives sont proches en Angleterre. Les électeurs doivent décider quel leader a apporté les réponses auxquelles ils adhèrent le plus sur les grands sujets du moment : Comment réduire le déficit de l’état? Quelles coupes sombres doivent être faites dans son budget? Est-ce que les objectifs sont bons ou mauvais? Quel est le rôle du privé dans la gestion de la santé?

Or, le plus étrange, est qu’il est possible que deux groupes de personnes mis en face des mêmes évidences, aboutissent à des conclusions totalement opposées sur les mesures à prendre. Comment les électeurs interprètent-ils les informations complexes qu’ils reçoivent et qu’est-ce qui les influence réellement?

Il est évident que les gens adhéreront plus facilement aux idées qu’ils partagent déja. Une étude menée aux Etats-Unis a fourni 4 versions d’une même histoire concernant les causes du diabète à des participants d’opinions politiques différentes. Toutes les histoires étaient identiques mis à part dans la manière dont la cause du diabète était décrite. La première ne disait rien de cette cause du diabète (groupe contrôle), alors que les trois autres mettaient en cause la génétique, le mode de vie, ou les facteurs sociaux. Puis il a été demandé aux participants si ils étaient d’accord avec deux assertions concernant les causes du diabète, l’une relative à la génétique et l’autre aux facteurs sociaux. Les participants votant démocrate étaient en faveurs d’un déterminisme social, quelle que soit l’histoire qu’on leur ai lu auparavant. Les indépendants qui avaient lu la version des facteurs sociaux étaient en accord avec cette thèse. en revanche, cette thèse d’un déterminisme social n’a pas modifié l’opinion de ceux qui étaient républicains et donc opposé à une idée d’un déterminisme social. A chaque groupe, il a ensuite été demandé ce qu’il fallait faire pour réduire les cas de diabète, comme par exemple réduire l’accès à la junk food. Les démocrates étaient favorable à une telle actions mais pas les républicains. Ainsi, même mis face à une nécessaire évidence, telle que réduire l”accès aux nourritures sucrées ou grasses pour réduire le nombre de  diabètes, notre raisonnement reste englué dans nos opinions politiques.

Un autre étude a examiné les mécanismes impliqués dans l’interprétation d’un message politique à l’aide d’une imagerie cérébrale par IRM. Les volontaires étaient exposés à des messages contenant des contradictions censés avoir été prononcées, soit par  un politicien démocrate, soit par un politicien républicain, soit par un commentateur sans étiquette politique. Alors que ceux votant républicain identifiaient clairement les incohérences du message démocrate, ils ne voyaient pas de contradiction dans le message républicain, et vice-versa. Pourtant, tous mettait en évidence les contradiction du commentateur indépendant. L’imagerie cérébrale démontre que le rejet des contradictions de son propre camp politique court-circuite le trajet normal du raisonnement cérébral, passant ainsi au travers du contrôle de la conscience.

Ainsi, le soutien populaire qui peut être accordé à des options politiques de société comme la politique de santé, est en fait sous-tendu de manière inconsciente par les adhésions politiques. Les médias participent à cette prise de contrôle de la conscience, en particulier certains d’entre eux qui systématiquement dénoncent, face à toute action sociale, “l’Etat nourrice”. Une étude a montré qu’à partir du moment où la chaine Fox News (aux Etats-Unis), clairement identifiée à droite (républicain), a été disponible sur le câble et à donc pu toucher une cible plus diverse d’américains, elle a entraîné un cahngement des intentions de votes à hauteur de 3% à 8% en faveur des républicains.

On accuse souvent les politiciens de faire des promesses qu’ils ne tiennent pas. Il est pourtant de plus en plus évident que le problème vient moins de ce que les politiciens promettent que de la manière dont nous interprétons ces promesses.

Source

How cognitive biases affect our interpretation of political messages
Martin McKee, David Stuckler
BMJ, 2010; 340 (apr27 1): c2276

Crédit Photo Creative Commons by Sister72

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