samedi 3 décembre 2016

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Rapport Parlementaire Pesticides et Santé (épisode 1) : les “bénéfices méconnus” des pesticides

Un rapport parlementaire tente de faire le point sur “ce que l’on sait et sur ce que l’on ne sait pas aujourd’hui”de l’effet des pesticides sur la santé humaine. Les rapporteurs sont un député, M. Claude Gatignol, ex-vétérinaire, et un sénateur, M. Jean-Claude Etienne, ex-professeur de rhumatologie, pour qui par exemple, “il n’y avait pas à hésiter” pour se vacciner contre la grippe A.

Le rapport fait 195 pages. Il procède d’abord  à une revue historique des pesticides remontant jusqu’à 1000 ans avant Jésus-Christ afin de bien montrer que ce n’est pas une utilisation nouvelle et rappelle que “l’agriculture s’est construite autour de l’utilisation des produits phytopharmaceutiques, considérés, parce qu’ils permettent de diminuer l’action des ravageurs de culture, comme un facteur de productivité, mais aussi comme le moyen de proposer des produits végétaux de qualité et d’aspect irréprochables tels qu’attendus par le consommateur“.

La France déverse chaque années sur son sol 78 600 tonnes des pesticides, dont 90% pour un usage agricole. 80% sont utilisés pour la culture du maïs, du colza et de la vigne. Elle est le premier consommateur Européen de pesticide et le quatrième plus gros consommateur mondial. Le rapport reconnait la dispersion des pesticides “dans et sur les produits d’origine végétale, dans les produits comestibles d’origine animale ou dans l’environnement”. Ainsi des pesticides ont été détectés au moins une fois dans 90 % des points de mesure du réseau de connaissance générale de la qualité des cours d’eau (1097 points de mesure) et dans 55 % des points dans le cas des eaux souterraines (1507 points de mesure) traduisant” sans conteste une dispersion très importante des pesticides et une présence généralisée dans les milieux aquatiques“: glyphosate, lindane, et DDT. Les grandes zones céréalières sont très touchées par cette pollution (Nord-pas-de Calais et Ile-de-France). 5% de la population Française reste exposée à une qualité de l’eau distribuée ne respectant pas les valeurs réglementaires, mais la teneur en pesticides reste inférieure à la valeur sanitaire maximale, précisent, rassurants les rapporteurs. Concernant la dispersion dans l’air des pesticides, il n’existe toujours aucune norme alors même que” l’Institut de veille sanitaire a considéré comme « non-négligeables » les contaminations aériennes aux abords des exploitations agricoles, en particulier près des vignes et des vergers”. Cette pollution est particulièrement concentrée à l’intérieur des habitations.

L’alimentation est habituellement considérée comme la voie majoritaire de contamination humaine en pesticide : “Concernant les fruits et légumes, une analyse menée en 2007 montrait que “47,9 % des échantillons de fruits ne contiennent pas de résidus de pesticides” dit le rapport, alors qu’il aurait pu être écrit que 52,1% contenaient des pesticides. “Mais dans 92% des cas, la réglementation est respectée“…ça change tout. Ainsi 41,3% des légumes et 70,3% des fruits contiennent des pesticides. Les dépassements concernent essentiellement les poivrons et piments, les tomates, les poireaux, les laitues et les épinards. Les carottes, les pommes de terre, les endives et les concombres présentent un taux de dépassement de la LMR inférieur à la moyenne, Pour les fruits, les dépassements concernent essentiellement les fraises, les mandarines et les raisins. À l’inverse, les pêches, les bananes et les pommes ont un taux de dépassement de la LMR inférieur à la moyenne. En 2007, 10,6 % des échantillons ont dépassé les LMR.

Comment réduire l’utilisation des pesticides? Le rapport propose l’agriculture raisonnée (à comparer avec l’agriculture irraisonnée?), qui en réduirait la quantité nécessaire en ne s’interdisant pas la culture d’OGM, l’agriculture biologique pointée du doigt parce que ” Si l’impact environnemental de l’agriculture biologique est jugé globalement positif, certains moyens utilisés sont aujourd’hui contestés comme l’usage de la roténone, un insecticide à large spectre, qui, administré à faibles doses de façon répétée dans le temps, induit chez les rats les symptômes de la maladie de Parkinson, ou celui de la bouillie bordelaise, à base de sulfate de cuivre utilisée en viticulture et en arboriculture fruitière, que l’on retrouve parfois dans l’environnement à des concentrations qui peuvent être toxiques pour les micro-organismes du sol, les animaux et les poissons“, ce qui existe aussi avec le mode de culture non biologique. Et “en ce qui concerne les aspects nutritionnels de l’alimentation issue de l’agriculture biologique, il est à noter que malgré un grand nombre d’études, aucun consensus scientifique ne semble se dégager à l’heure actuelle pour démontrer s’ils sont meilleurs que ceux de l’alimentation issue de l’agriculture conventionnelle”. Citons encore La production intégrée, où lorsque “la lutte contre les ennemis des cultures est nécessaire, elle se fait de façon mécanique, physique ou biologique, et les pesticides ne sont utilisés qu’en dernier recours” qui permettrait de réduire de 30% l’utilisation des pesticides. Dans tous les cas, les engagements du Grenelle de l’environnement de réduire de 50% la consommation de pesticide dans les 10 prochaines années semble déjà être enterrés car ils nécessiteraient “que toute l’agriculture française passe en mode de production intégréeprovoquantune baisse des rendements estimée à 12 % en grandes cultures, 24 % pour la viticulture et 19 % pour les fruits et aurait des effets significatifs sur les marges“.

Les OGM/PGM : les rapporteurs “estiment que les cultures de PGM en plein champ sont nécessaires pour évaluer le comportement de ces plantes et les améliorations attendues, en particulier en ce qui concerne la maîtrise de l’usage des produits phytopharmaceutiques. Ils souhaitent que les recherches scientifiques, les études d’impact sur l’environnement et la santé puissent être conduites dans un climat apaisé qui permette la prise de décision politique en toute connaissance de cause“.

Les Pesticides, des bénéfices méconnus que nous précisent les rapporteurs :

– L’usage des pesticides, qui permet à l’agriculteur de lutter efficacement contre les ravageurs et les aléas climatiques, lui garantit la sécurité de revenus stables. (…cf la manifestation Parisienne des Céréaliers à Paris le 27 avril 2010)
– L’augmentation de la productivité agricole dans les pays développés a pour corollaire une sécurité alimentaire accrue,
– Des aliments sains, car ” aucune étude scientifique n’est en mesure aujourd’hui de faire, chez l’homme, un lien entre la consommation d’aliments issus de l’agriculture conventionnelle qui utilise des produits phytopharmaceutiques et la survenue de maladies”,
– la sécurité sanitaire des aliments est dans certains cas renforcée grâce à l’emploi des pesticides. C’est le cas en ce qui concerne les mycotoxines qui peuvent avoir des effets désastreux bien connus sur la santé humaine et animale (Corolaire de l’assertion précédente,  Quelle étude a prouvé ce lien?…),

Ce paragraphe permet au Sénateur et au député à anticiper les conséquences d’une diminution trop brutale de l’utilisation des pesticides en France(les français risqueraient-ils de devenir malades d’une brutale disparition des pesticides pourtant réclamée par le Grenelle de l’environnement?). “Une telle diminution fait courir toute une série de risques à un pan entier de notre économie”.

En conclusion, et vous l’aurez compris, les “ rapporteurs veulent rappeler qu’une politique de régulation des pesticides ne peut se limiter à une politique de réduction de l’usage de ceux-ci“.


A suivre, seconde partie : Rapport Parlementaire Pesticide et Santé (épisode 2) : les associations pour la protection de l’environnement ont “une culture naturaliste, sans véritable fondement agro-scientifique et médical”

Source

OFFICE PARLEMENTAIRE D’ÉVALUATION DES CHOIX SCIENTIFIQUES ET TECHNOLOGIQUES
RAPPORT sur PESTICIDES ET SANTÉ
Par M. Claude Gatignol, Député, et M. Jean-Claude Étienne, Sénateur

Crédit Photo Ceative Commons by luc legay (la marianne du Sénat)

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