dimanche 25 septembre 2016

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Rapport Parlementaire Pesticides et Santé (épisode 2) : les associations pour la protection de l’environnement ont “une culture naturaliste, sans véritable fondement agro-scientifique et médical”

Les auteurs du rapport ont rencontré quelques associations de défense de l’environnement françaises et américaines, ce qui leur a permis de faire un petit voyage outre-atlantique : le « Mouvement pour le Droit et le Respect des Générations Futures » (MDRGF) et « World Wild Fund » (WWF) en France, « Natural Resources Defense Council » (NRDC) et « Beyond Pesticides » aux Etats-Unis. Ils accordent 4 pages sur les 195 à leur opinion, pour la rédaction desquelles, ils ont favorisé l’accumulation brouillonne des idées : on passera ainsi de l’ours polaire, à la grenouille, aux culture céréalières, puis à l’effet des pesticides sur le femme enceinte…Qui pouvait s’attendre à ce que leur opinion soit présentée correctement dans un rapport parlementaire qui prône la poursuite de l’utilisation des pesticides?

Voici l’avis des associations :

Les effets délétères des pesticides sur l’homme sont dénoncés. Ils contaminent  l’eau, de l’air, des sols et les aliments. Pour exemple, la contamination, dans le Grand Nord, de l’ours polaire, des phoques, des populations Inuits qui est paradoxalement très importante et s’explique par le jeu des flux marins et atmosphériques qui convergent vers les pôles. Les Inuits auraient dans leur sang de 20 à 50 fois plus de polluants organiques persistants (POP) que les occidentaux. Sont évoqués les problèmes liés aux pesticides de la faune (poissons, oiseaux, abeilles, papillons, hannetons communs, pollinisateurs en général, grenouilles), le rôle de l’atrazine dans la démasculinisation des grenouilles et des poissons. Cette contamination a été également mise en évidence aux Etats-Unis où l’on a constaté en laboratoire qu’une dose extrêmement faible de l’ordre de 0,1 microgramme par litre d’eau suffisait pour rendre en quelques mois des grenouilles hermaphrodites. A l’échelle mondiale 32 % des batraciens sont menacés.

L’agriculture doit évoluer et les aides agricoles être redistribuées selon un nouveau schéma: Les grandes cultures nécessitent des investissements conséquents comme ceux pour l’irrigation du maïs. Les agriculteurs, pour rentabiliser leurs installations, ne réalisent plus de rotation des cultures (céréales, plantes légumineuses pour fixer l’azote dans le sol, colza ou tournesol), ce qui entraîne un appauvrissement du sol. Selon WWF, les aides agricoles qui favorisent les cultures céréalières très consommatrices en eau (exemple du maïs destiné à l’alimentation des porcs et des poulets) ont un impact très négatif sur les ressources en eau des régions où ces cultures sont pratiquées. Le sorgo, céréale rustique n’ayant pas les mêmes besoins en eau que le maïs, pourrait être une alternative au maïs pour l’alimentation du bétail.

Les pesticides sont toxiques pour le foetus et la femme enceinte : La présence des pesticides pendant la grossesse de la femme est mise en évidence par des études : présence de pesticides dans le placenta, dans le sang du cordon ombilical et dans des échantillons de méconium – Cf. étude de Lopez Espinosa Université de Grenade, Espagne 2007 : Maternal-child exposure via the placenta.

Des consommateurs sont totalement ignorant des risques et des normes légales totalement dépassées : problèmes d’étiquettage, d’évaluation des produits phytopharmaceutiques, de suivi toxicologique et épidémiologique, de construction de schémas dose-réponse, d’absence d’étude sur les effets cumulatifs liés à l’exposition, à l’inhalation ou à l’ingestion de différentes substances actives ou de multiples résidus de pesticides, de  carences dans l’établissement de normes en ce qui concerne les valeurs toxicologiquesde références ou de limites maximales de résidus, de manque de transparence dans la formulation des adjuvants des substances actives en raison du secret commercial…

Ce qu’il faut faire :

Prendre en compte les effets de synergie des différents pesticides de même que la grande sensibilité des jeunes enfants aux pesticides en introduisant, comme aux Etats-Unis, pour la DJA (dose journalière admissible) un facteur de protection supplémentaire multiplié par 10,

Utiliser les techniques de toxicogénomique permettant de réaliser des tests de toxicité directement sur des cellules humaines en cultures, ce qui a pour avantage d’offrir rapidement des résultats analysables tout en demandant un coût de manipulation modéré,

Il faut mener une politique de réduction de l’utilisation des pesticides en ayant recours à une taxation suffisamment élevée pour être dissuasive vis-à-vis de l’emploi des pesticides,

Promouvoir les stratégies alternatives telles que l’agriculture biologique mais aussi dans un premier temps la production intégrée,

Favoriser le développement de l’agriculture biologique en imposant aux cantines scolaires un cahier des charges intégrant l’obligation de servir aux élèves des produits issus de l’agriculture biologique.

Arrêter la culture en plein champ des plantes génétiquement modifiées qui, si elles permettent dans un premier temps une réduction de l’emploi de pesticides, en nécessitent davantage par la suite en raison d’un phénomène de résistance des parasites (phénomène non évoqué dans le rapport parlementaire- lire aussi article Docbuzz).

Récompenser les efforts des agriculteurs en redistribuant, dans le cadre de la PAC, en répartissant les aides de façon différente.

Privilégier chaque fois que c’est possible les molécules les moins dangereuses pour la santé humaine.

Interdiction des produits persistants dans l’environnement et  biocumulatifs,

Renforcer la réglementation pour prendre en compte les doses inhalées de pesticide,

Veiller à la lisibilité des étiquettes, qui est un des gros problèmes concernant les jardiniers du dimanche.

Engager des études sur le rôle encore méconnu des faibles doses et la survenue de cancers non expliqués, les problèmes de reproduction…

Conclusion des rapporteurs :

Toutes ces propositions ne semblent pas avoir les faveurs de nos deux rapporteurs qui concluent : ” Il s’agit donc, de la part des mouvements associatifs, de l’expression de souhaits ou de craintes, venues d’une culture naturaliste, sans véritable fondement agro-scientifique et médical. Ce ressenti ne doit pas être négligé pour autant.


A suivre, Rapport Parlementaire Pesticide et Santé (épisode 3) : Les pesticides, nocifs pour l’homme?

Source

OFFICE PARLEMENTAIRE D’ÉVALUATION DES CHOIX SCIENTIFIQUES ET TECHNOLOGIQUES
RAPPORT sur PESTICIDES ET SANTÉ
Par M. Claude Gatignol, Député, et M. Jean-Claude Étienne, Sénateur
Crédit Photo Creative Commons by Real Distan

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