lundi 5 décembre 2016

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Rapport Parlementaire Pesticides et Santé (épisode 3) : Les pesticides, nocifs pour l’homme?

Quels sont les effets des pesticides sur l’être humain? On n’en sait officiellement peu de choses car seuls les effets aiguës sont connus et uniquement chez ceux qui les utilisent, les agriculteurs.

Dans un rapport qui a déjà 20 ans, l’OMS estimait qu’il y avait chaque année dans le monde un million d’empoisonnements graves par les pesticides, avec 220 000 décès. Les pesticides pénètrent l’organisme par contact cutané, par ingestion et par inhalation. Les manifestations peuvent se limiter à des signes locaux : irritations de la peau, des muqueuses, réactions allergiques cutanées ou oculaires, vomissements, toux, gène respiratoire ou bien traduire l’atteinte d’un ou plusieurs organes ou systèmes : foie, rein, système nerveux central…Chaque année en France, un utilisateur sur 5 de pesticides subi leurs effets indésirables, un chiffre d’ailleurs sous estimé par défaut de déclaration obligatoire.

Hospitalisations, arrêts de travail et intoxications des agriculteurs et de leurs enfants : Les pesticides organophosphorés et les carbamates anticholinestérasiques sont à l’origine des cas d’intoxications les plus fréquents. Ils entraînent des atteintes des muqueuses et de la peau (40 % des cas étudiés), du système digestif (34 % des cas), du système respiratoire (20 %), ou du reste de l’organisme (24 %). A la suite de ces accidents lors du travail agricole, plus des deux tiers des victimes ont dû consulter un médecin. Parmi les utilisateurs recensés dans cette banque de données de la MSA (Mutualité Sociale agricole), 13 % font état d’une hospitalisation consécutive à l’utilisation de produits phytosanitaires et 27 % ont dû recourir à un arrêt de travail momentané. Les centres anti-poisons et de toxicovigilance (CAP-TV) recueillent également les cas d’intoxications par les pesticides. Elles représentent, selon les centres, de 3 à 8 % de leur activité, soit 5 000 à 10 000 cas annuels en France. Les jeunes enfants sont fréquemment victimes d’intoxications par les pesticides, à la suite d’ingestions accidentelles ou après contact cutané ou oculaire.

Une méconnaissance totale des pesticides utilisés : Si des résultats publiés en octobre 2008 font état,  en ce qui concerne les pesticides, de l’arsenic comme cancérogène certain, du captafol et du dibromure d’éthylène comme cancérogènes probables (groupe 2A) et de dix-huit molécules, dont le DDT, comme cancérogènes possibles (groupe 2B), l’INSERM souligne que près d’un millier de molécules ont été mises sur le marché en France et que les risques liés à ces molécules ne peuvent être évalués faute de données toxicologiques et épidémiologiques suffisantes.

Les constats de l’INSERM :

Chez les agriculteurs, les pesticides sont mis en cause dans les hémopathies malignes lymphoïdes, dans les tumeurs cérébrales et dans les cancers hormono-dépendants (cancers de la prostate, du sein, des testicules, de l’ovaire),

Chez l’enfant, l’utilisation domestique de pesticides, notamment d’insecticides domestiques, par la mère pendant la grossesse et pendant l’enfance, a été régulièrement associée aux leucémies et, à un moindre degré, aux tumeurs cérébrales,

La médecine pédiatrique confrontée aux conséquences des pesticides :

“La présence de plus de 30 produits chimiques est détectée chez l’être humain, dès la naissance, dans le sang du cordon ombilical. Le diéthylstilbestrol (DES), par exemple, est un oestrogène de synthèse commercialisé en France de 1950 jusqu’en 1977. Dans les décennies qui ont suivi les premières prescriptions, un certain nombre d’anomalies génitales ont été rapportées chez les enfants nés de mères ayant pris du DES pendant leur grossesse. Le distilbène est un modèle extraordinaire de l’action des xéno-oestrogènes chez l’homme car sa structure est très proche de celle d’autres substances telles que les pesticides. Une augmentation de l’incidence des malformations génitales, telles que cryptorchidie (non-descente testiculaire), hypospadias (malformation de l’urètre), micropénis des nouveaux-nés, est observée depuis les vingt dernières années dans les registres tenus par les épidémiologistes. Cet ensemble de données a fait émerger le concept de perturbateur endocrinien et l’hypothèse, au début des années 2000, de la responsabilité des pesticides dans l’augmentation de la fréquence des maladies endocriniennes de l’enfant”.

Quelles sont les conséquences des pesticides sur la santé de l’enfant ?

Les rapporteurs ont rencontré plusieurs scientifiques dont le Pr Sultan de l’INSERM de Monpellier : “Quatre points ont été mentionnés : les anomalies de la différenciation sexuelle, l’impact sur la croissance foetale, le retard du développement psycho-moteur et la puberté précoce chez la fille”. “A l’hôpital de Montpellier le service de pédiatrie a été confronté ces cinq dernières années à de nombreux nouveau-nés qui présentent un pseudohermaphrodisme mâle. Des nouveau-nés de sexe masculin ou féminin ont une ambiguïté sexuelle. En s’intéressant à l’étiologie de ces ambiguïtés on constate que sur 47 enfants, 29 ne présentaient aucune anomalie génétique, aucune altération d’un des gènes de la différenciation sexuelle. 12 de ces 29 enfants sont des enfants d’agriculteurs, de viticulteurs et les grossesses s’étaient développées dans un environnement riche en pesticides. De janvier 2002 à avril 2003 une étude de la prévalence des malformations génitales du nouveau-né masculin a été conduite à Montpellier. Elle a mis en évidence un nombre élevé de nouveau-nés masculins présentant des malformations des organes génitaux. 39 cas sur 1442 nouveau-nés masculins examinés (n = 2,7 %). Certains pesticides agissent donc comme perturbateurs endocriniens (PE), rallongeant la liste de ces perturbateurs dont certains sont bien connus tels que les phtalates et le bisphénol A. Les effets potentiels nocifs des perturbateurs endocriniens sont nombreux : Infertilité masculine, Infertilité féminine, Fausses couches, Modification du sexe ratio, Endométriose, Anomalies du développement de l’appareil génital, pseudo hermaphroditisme, thélarche, puberté précoce, dysfonctions érectiles, atteintes du neurodéveloppement, troubles immunitaires, cancer du testicule, cancer du sein, cancer de la prostate.

Face à ces constats, les rapporteurs préfèrent mettre en avant l’absence de preuves formelles : l’atteinte de la qualité du sperme humain est controversé, la plus grande incertitude prévaut quant aux causes de la multiplication des anomalies de l’appareil reproducteur masculin, aucune étude n’a montré une association entre PE et la troubles de la fertilité féminine, aucun étude ne répond à l’implication des PE dans les ambiguités sexuelles, et si ils reconnaissent les augmentation des cas , les rapporteurs démontrent que les preuves indubitables manquent pour une augmentation du risque du cancer du testicule, du cancer du sein, ou de la prostate..etc..

Pesticides et maladies chez les agriculteurs  et viticulteurs :

Les agriculteurs  exposées aux pesticides ont 4 fois plus d’altérations des fonctions cognitives. Les troubles constatés sur les tests neurologiques sont prédictifs de maladie d’Alzheimer, et un doublement des risques de maladie de Parkinson est retrouvé également. D’ailleurs, selon une étude menée en Californie, ce doublement du risque est retrouvé dans les régions utilisatrices de pesticides, démontrant une extension du risque à toute les population y résidant. Ce risque est avéré par de nombreuses études. De plus, un niveau élevé d’exposition professionnelle aux pesticides pourrait être associée avec un excès de risque de tumeurs cérébrales, et en particulier des gliomes.

Plusieurs données montrent que la mortalité tous cancers confondus est plus faible chez les agriculteurs qu’en population générale Cependant, si dans l’ensemble, les agriculteurs sont, vraisemblablement en raison d’une vie plus saine (moindre tabagisme, activité physique plus importante), en meilleure santé que la population générale, ils souffrent plus fréquemment de cancers de la prostate, de cancers des lèvres, de lymphomes, de maladies ou dysfonctionnements neurologiques, de maladies respiratoires, de troubles de la reproduction.

On notera encore plusieurs autres résultats montrant une augmentation du risque de maladies et troubles lymphatiques chez les femmes et les enfants des agriculteurs travaillant dans les serres, une augmentation de l’avortement spontané chez les femmes travaillant dans les serres.

Que pense la population Française de la gestion des risques liés aux pesticides? : selon un sondage IFOP réalisé en septembre 2008, 80 % des Français se disent inquiets ou très inquiets de la présence de pesticides dans leur alimentation et, selon un sondage effectué en 2006 par l’agence européenne de sécurité des aliments, 75 % des Européens sont inquiets de cette présence. A la question, “Avez-vous confiance dans les autorités françaises pour les actions de protection des personnes dans le domaine des pesticides ? », seulement 14 % des personnes répondent par l’affirmative, tandis que 12 % des personnes interrogées estiment que l’on ne leur dit pas la vérité sur les dangers qu’ils représentent pour la population.Pour nos rapporteurs, cette perception négative des citoyens français “repose trop souvent sur des mécanismes plus émotionnels que rationnels”.

Ce n’est pas ce rapport parlementaire, qui tente de promouvoir la poursuite de l’utilisation des pesticides, qui va les rassurer.


Source

OFFICE PARLEMENTAIRE D’ÉVALUATION DES CHOIX SCIENTIFIQUES ET TECHNOLOGIQUES
RAPPORT sur PESTICIDES ET SANTÉ
Par M. Claude Gatignol, Député, et M. Jean-Claude Étienne, Sénateur

Crédit Photo Creative Commons by BasileLeConquerant

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