mercredi 28 septembre 2016

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L’interdiction de fumer dans les lieux publics n’a eu aucun impact sur la réduction des infarctus en France

Le Bulletin Epidémiologique Hebdomadaire, organe de presse de l’Institut Nationale de Veille Sanitaire consacre son dernier numéro à l’efficacité de la lutte contre le tabac en France. Force est de constater que le bilan reste mitigé. En effet, si le tabagisme masculin est en recul, en revanche le tabagisme féminin est en hausse, ainsi que le montre tristement la multiplication par 4 du nombre des cancers du poumon chez la femme sur les 15 dernières années. Peut-on parler de succès? Par ailleurs, malgré les nombreuses hausses de prix et autres contraintes appliquées au tabac, le BEH note que “l’on peut également s’attendre à un ralentissement de la diminution de la mortalité chez les hommes dans la mesure où les ventes de cigarettes sont restées à peu près constantes de 2004 à 2009“. Contrairement à ce qui est politiquement revendiqué, les hausses de prix en France n’ont donc pas eu l’effet escompté. Pourtant dans un article suivant, les auteurs écrivent ” Les augmentations des prix du tabac ont provoqué une chute des ventes domestiques légales de 31% entre 2002 et 2008 après ajustement à la population“. Alors, qui croire? Deux informations contradictoires dans deux articles de la même revue gouvernementale? En fait, tout dépend si l’on tient compte ou non des importations car ” Les produits d’origine non domestique représenteraient de 12 à 20% de la consommation totale selon les sources“. En fait, l’augmentation des prix fait acheter du tabac à l’extérieur des frontières mais n’a, si l’on en croit nos premiers auteurs, que peu d’influence sur la consommation totale nationale.

La dernière mesure magistrale prise par le gouvernement, a été l’interdiction de fumer dans les lieux publics, afin de réduire le tabagisme passif. En effet, des études, principalement américaines, avaient montré que le tabagisme passif augmentait le risque d’infarctus du myocarde d’environ 30%, l’interdiction de fumer dans les lieux publics donnant lieu à une réduction de 13% à 20%. C’est donc ce que l’on aurait du retrouver comme bénéfice en France. Pourtant l’étude EVINCOR-PMSI, menée pour quantifier ce bénéfice ne montre rien, aucun bénéfice, aucun changement positif. Une des explications fournie par les auteurs est qu’en fait cette décision a été prise sur de mauvaises bases. Car si les niveaux déclarés d’exposition au tabagisme passif dans les lieux publics par les patients (non fumeurs) hospitalisés pour syndrome coronaire aiguë était de 23,7% dans une étude menée en Ecosse, elle ne serait en fait que de 3,3% en France. Le décret de loi n’aurait par conséquent qu’une efficacité toute modérée.

A la lecture ce ce numéro spécial du BEH, force est de constater que les bricolages et rafistolages multiples menés par les ministres de la santé successifs n’ont que peu d’efficacité concrète. Il n’y a toujours pas de réelle politique antitabac en France. Les traitements substitutifs ne font toujours l’objet d’aucune prise en charge. Les cancérologues ont encore des grandes chance de garder leurs lits pleins pour longtemps.

Source

Bulletin Epidémiologique Hebdomadaire, Numéro thématique – Journée mondiale sans tabac, 31 mai 2010

Crédit Photo Creative Commons by Lionoche

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