samedi 3 décembre 2016

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Pourquoi une femme décide t-elle de se faire poser des implants mammaires?

Afin de s’assurer qu’une chirurgie plastique d’augmentation mammaire soit un succès, le chirurgien doit, au cours de la première consultation avec sa patiente, évaluer les motivations et les attentes, à la fois esthétiques et psychologiques. Ces patientes sont prêtes à faire face à la douleur et à subir des effets secondaires pour mener à bien une chirurgie sans fonction thérapeutique, ce qui témoigne déjà de leur forte motivation et impose au chirurgien de ne pas créer de fausses attentes. A plus grande échelle, il est intéressant de mieux appréhender les raisons qui font de la chirurgie d’augmentation mammaire un véritable engouement sociétal, alors que la demande augmente constamment au sein des sociétés industrialisées de l’ouest.

Des études précédentes ont suggéré que les motivations de la chirurgie plastique sont liées au désir de féminité, à l’estime de soi,  à l’insatisfaction corporelle, ou encore à l’insatisfaction de la taille ou de la forme des seins. Les seins sont reconnus par beaucoup de femmes comme un symbole de la féminité. Ainsi, l’estime de soi serait un facteur déclenchant important dans la prise de décision de subir une chirurgie d’augmentation mammaire. On ne saurait passer sous silence l’influence des médias montrant à longueur de journée des femmes « idéalisées », ayant le plus souvent des poitrines très fortes du fait de chirurgies préalables. Les émissions de télévision dédiées à la chirurgie plastique ont été reconnues comme stimulant la demande de cette chirurgie.

Cette nouvelle étude a voulu cerner en profondeur les motivations poussant les femmes vers la chirurgie d’augmentation mammaire. Elle a été menée en Norvège.

Quatorze femmes recrutées dans la salle d’attente d’une clinique de chirurgie plastique à Oslo, ont accepté de répondre à des interviews d’une heure à une heure et demi. Elles avaient en moyenne 31 ans, 12 vivaient en couple, 10 étaient salariées plein temps, 9 avaient des enfants, et aucune n’avaient encore eu de chirurgie plastique.

Quatre approches psychologiques ont pu être détaillées en fonction de la manière dont les femmes “vivent leurs seins” avant l’opération et la manière dont elles les imaginent déjà après. Les approchent diffèrent déjà en fonction de deux critères simples, les femmes trouvent la taille de leurs seins petits ou normaux, et leur souhaits est d’obtenir une taille plus volumineuse ou de retrouver une taille disparue. Celles qui voient leurs seins petits, justifient l’opération comme un « rétablissement » ou une « réparation » et pour celles qui les trouvent normaux comme une « amélioration » ou une « reconstruction ».

Emma perçoit ses seins comme petits, voir inexistants et ce depuis l’adolescence, elle souhaite un « rétablissement ». Emma reconnaît une insatisfaction et un embarras vis-à-vis de ses seins : « je pense à ça depuis que j’ai vu les seins des autres se développer et pas les miens. Au début, j’ai pensé qu’en attendant, les mieux grossiraient aussi, mais il n’y a toujours rien. Je ne veux pas de gros seins, juste une poitrine taille B, et j’espère que personne ne verra le changement. Aujourd’hui, je me sens embarrassée de faire cette chirurgie, parce que les gens pourraient me trouver bête, c’est pour ça que je veux que personne ne le sache».

Carole veut elle retrouver sa poitrine d’avant, d’avant la grossesse, d’avant la lactation, elle veux « une réparation » : « J’ai eu mon premier enfant à 20 ans et ça a ruiné ma poitrine. Ils ont des marques, on dirait des poches retournées. Je ne peux pas me réconcilier avec moi-même en ayant une poitrine plate de mec. Je ne veux pas de gros seins, je veux juste me sentir de nouveau femme ».

D’autres discutent des seins qu’elles avaient pendant leur grossesse, plus gros, plus fermes, ils les faisaient se sentir bien et cette sensation a disparue depuis la lactation.

Helen elle, n’est pas mécontente de sa poitrine, mais elle veut une « amélioration ». Helen veut passer à une taille plus large pour se sentir mieux, plus attirantes, plus attractive : « je ne suis pas mécontente de mes seins : ils sont beaux, je pense juste que je serais encore plus contente avec des plus gros. Je pense que je suis différente des autres qui souhaitent cette chirurgie à cause de ça. Je n’ai aucun complexe par rapport à mes seins.

Irène est caractéristique de la quatrième catégorie. Il s’agit de femmes qui sont nostalgiques de leur taille avant qu’un régime par exemple ne soit mené, elles veulent « une « reconstruction » : « Chaque fois que je me pesait, j’étais satisfaite de mon  poids, jusqu’à ce que je remarque que mes seins maigrissaient aussi. Après, je n’ai plus jamais apprécié perdre du poids. C’est pour ça que j’ai décidé de me faire poser des implants mammaires ».

Pour chacune des femmes interrogées, le désir d’être féminine est à la base de leur décision. Deux types de souhaits s’expriment ici. Par exemple Olivia qui veut changer un aspect qu’elle trouve trop masculin, retrouver une plus grande féminité et devenir plus attractive, ou Chloé qui pense se sentir plus attractive avec des seins plus gros, devenir plus sensuelle et plus sexy aussi, tout à la fois vis-à-vis des hommes et des autres femmes. L’attractivité ressentie de la féminité guide donc une partie de la décision.

Les déclencheurs de ces interrogations sur leur féminité, auxquels les femmes vont répondre par une chirurgie, sont l’insatisfaction de l’apparence, l’idéalisation des femmes présentées par les médias, la volonté d’améliorer leur estime d’elles-mêmes, un avis négatif sur la taille de leurs seins, le souhait de porter d’autres habits tels que des bikinis ou des robes plongeantes qu’elles n’ont encore jamais pu porter, l’envie d’améliorer leur sexualité altérée par la gêne de seins jugés trop petits : Hannah porte toujours un tee-shirt pendant l’amour, aucun de ses petits amis n’a jamais été autorisé à lui toucher les seins.

Plusieurs facteurs jouent également un rôle dans le cheminement de la décision. En premier lieu, le chirurgien qui rassure, expose les détails de l’intervention, parle sans détours des éventuels effets secondaires et emploi les mots qui touchent : « Le chirurgien les a appelé des prothèses mammaires, je me suis dit que c’était exactement ce qu’il me fallait car je me sens comme amputée d’une partie de mon corps ». Discuter du souhait de chirurgie plastique avec des amis ou des personnes ayant eu une telle chirurgie est aussi un facteur décisif : « Je buvais un verre avec une amie, et je lui ai dit que je portais un soutien-gorges avec des poches de silicone. Elle m’a répondu qu’elle s’était fait poser des implants il a quelques années, qu’elle adore ses seins. Ses seins sont effectivement très jolis et cela a été décisif pour moi »

Les finances peuvent influer sur le timing de la décision, Des émissions de télévision dédiées à la chirurgie esthétique peuvent jouer un rôle, soit par identification, soit par déculpabilisation, soit par réassurance. Enfin, le partenaire est cité en dernier lieu par les participantes comme pouvant influencer la décision et seulement par trois d’entre elles.

C’est donc un chemin décisionnel complexe et parfois long que suivent les femmes avant de se faire poser des prothèses mammaires. Il passe par trois phases, la motivation initiale rendant compte surtout d’un désir accru de féminité, la confrontation à des facteurs déclenchant, puis à des facteurs favorisant achevant la prise de décision.

Evidemment cette construction psychologique sera ensuite confrontée au résultat de la chirurgie plastique. C’est pourquoi il est prioritaire pour le chirurgien de bien comprendre l’attente des patientes et de leur expliquer quel résultat pourra être attendu sans l’exagérer.

Source

Motivationnal factors and psychological processes in cosmetic breast augmentation surgery
Anette S. Solviab, Kaja Fossa, Tilmann von Soestc, Helge E. Roaldd, Knut C. Skolleborgd, Arne Holteae
JPRAS Volume 63, Issue 4, Pages 673-680 (April 2010)

Crédit Photo Creative Commons by Malingering

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