lundi 5 décembre 2016

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Comprendre et prévenir la dépression du post-partum

La dépression du post-partum se définie comme un épisode dépressif sévère survenant dans les 4 semaines suivant un accouchement. Le blues du post-partum, encore appelé baby blues, est une phase prodromale de la dépression du post-partum. 70% des femmes expérimenteraient un baby blues et 13% auraient une véritable dépression par la suite.

L’explication neurobiologique du baby blues et de la dépression qui peut suivre, reste peu claire. Les taux d’oestrogènes chutent brutalement d’un facteur 100 à 1000 après l’accouchement et les taux d’oestrogènes sont inversement proportionnels au taux de la monoamine oxydase A (MAO-A). La MAO-A permet l’inactivation de neurotransmetteurs, et intervient dans leur catabolisme (sérotonine); elle participe ainsi à la régulation de l’humeur. Pourtant les taux de MOA-A n’ont jamais été mesurés dans le post-partum précoce.

Le but des scientifiques de Toronta (Canada) a donc été d’évaluer les taux de MAO-A au niveau du cerveau juste après un accouchement. 15 femmes ont accepté de participer à l’expérience. C’est grâce à une imagerie cérébrale, un PET scan (Tomographie par Emission de Positrons), en injectant un ligan spécifique radiomarqué de la MAO-A, que les chercheurs ont pu évaluer les niveaux de MAO-A dans le cerveau.

Ils mettent en évidence que les taux de MAO-A sont 43% plus élevés chez les femmes après un accouchement, par rapport à des femmes n’ayant pas accouché. Cette augmentation était retrouvée dans toutes les aires cérébrales avec un pic d’élévation au 5ème jour après l’accouchement. Ce résultats sont cohérents avec le fait que c’est au 5 ème jour que l’humeur des femmes ayant récemment accouché est au plus bas.

Ce serait donc un taux de MA-O-A très élevé qui modifierait l’humeur des femmes après un accouchement. Les scientifiques écartent donc une explication psychosociale du baby-blues et privilégient dorénavant une explication neurobiologique, selon laquelle le déclin en oestrogènes provoque une montée des MOA-A, une augmentation du catabolisme de certains neurotransmetteurs et une baisse de l’humeur, créant ainsi une période de risque de syndrome dépressif sévère.

Cette hypothèse a pour mérite d’ouvrir une nouvelle stratégie thérapeutique pour prévenir la dépression du post-partum en ciblant le niveau élevé de MAO-A dès qu’un baby blues serait repéré. Une intervention pharmacologique pourrait abaisser ce taux de MOA-A et normaliser les troubles de l’humeur. Ce traitement devra être compatible avec un allaitement. Un supplément diététique en précurseurs des monoamines tels que le tryptophane ou la tyrosine, que le corps pourrait convertir en neurotransmetteurs (sérotonine, norépinéphrine, et dopamine), pourrait être une des stratégies à retenir.

Une étude clinique devra montrer la pertinence, l’efficacité et la bonne tolérance sur la mère et sur l’enfant allaité, d’une telle approche.

Source

Elevated Brain Monoamine Oxidase A Binding in the Early Postpartum Period
J. Sacher, A. A. Wilson, S. Houle, P. Rusjan, S. Hassan, P. M. Bloomfield, D. E. Stewart, J. H. Meyer
Archives of General Psychiatry, 2010; 67 (5): 468 DOI

Crédit Photo Creative Commons by Mister.Tee

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