samedi 3 décembre 2016

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Des bactéries résistantes à tout migrent en Europe (NMD-1)

La résistance des bactéries aux antibiotiques est un véritable enjeux de santé publique toujours mal pris en compte. Le danger majeur reconnu par tous les infectiologues est l’accroissement important des résistances au sein de la famille des bactéries Gram-, et surtout l’absence de nouveaux antibiotiques disponible du fait de l’arrêt de la recherche. Une nouvelle mutation dangereuse qui rend les bactéries résistantes à tous les antibiotiques, très diffusée en Inde et au Pakistan, est arrivée en Europe : elle vient d’être découverte chez des patients anglais. Cette découverte est publiée dans la revue Anglaise Lancet Infectious Diseases, et fait l’actualité du fait de la contamination de plusieurs patients, dont l’un vient de décéder en belgique.

Les experts en infectiologie appelle cette nouvelle mutation génique New Delhi metallo-B lactamase (NMD-1) du nom de l’enzyme que peuvent synthétiser les bactéries qui en sont pourvu, enzyme capable d’inhiber presque tous les antibiotiques actuels.

Les entérobactéries NMD-1 sont résistantes aux antibiotique appelés carbapenems, que l’on utilise en général en dernier ressort, quand tout le reste est inefficace. Ces résistances multiples peuvent annoncer la fin de l’utilisation des fluoroquinilones et des aminoglycosides. L’Inde est un pays où le prise d’antibiotiques sans aucune prescription médicale est chose commune, ce qui a permis une grande sélection des germes résistants, et laissant à penser que la diffusion des germes NMD-1 va s’amplifier. Car les méthodes de déplacement actuel et en particulier l’avion font que les bactéries se déplacent aussi très rapidement d’un endroit à l’autre. En juin dernier, le CDC américain a également noté trois cas de patients arrivant du sud-est asiatique et infectés par des bactérie NMD-1

Les auteurs de cette étude, publiée dans la revue The lancet, ont identifié des Escherichia coli et des Klebsiella Pneumoniae  possédant NMD-1 en Inde, au Pakistan et en Angleterre, tous résistants à presque tous les antibiotiques connus. La plupart des patients qui portaient ces germes en Angleterre avaient voyagé en Inde ou au Pakistan ou avaient des liens avec ces pays. Plusieurs des patients contaminés avaient été faire de la chirurgie esthétique en Inde.

L’Angleterre est le premier pays européen contaminé par ces germes résistants qui vont maintenant se répandre, « ce qui est effrayant » concluent les auteurs.

Ces bactéries font parler d’elles dans l’actualité :

Un patient diabétique serait décédé à Bruxelles suite à une contamination par une bactérie NMD-1. Il avait été hospitalisé au Pakistan suite à un accident de voiture. Trois Australiens sont également infecté a révélé le 12 août le journal The Australian alors que l’Inde réagit très mal. Ils réfutent le nom donné à l’enzyme qui se réfère à l’endroit où elle a été isolée, New Delhy et s’insurge sur le  lien fait entre les contamination et la sécurité sanitaire des hôpitaux Indiens.

Et cet article est d’autant plus d’actualité que mercredi 12 août, en France, le Haut conseil de la santé publique (HCSP) a recommandé un moindre usage des antibiotiques pour faire face aux entérobactéries multirésistantes productrices d’une bêta-lactamase à spectre étendu (BLSE). Le HCSP préconise cette moindre utilisation comme une mesure phare et 70 pages lui ont été nécessaires pour formuler cette recommandation.

Le plus inquiétant est que cette mesure, quand bien même elle serait utile et sans dommage collatéral, ce qui reste à démontrer, est non seulement bien en deçà des enjeux infectieux auxquels nous allons avoir à faire face mais témoigne surtout de l’impasse dans laquelle se trouve notre médecine, confrontée à un presque total abandon de la recherche en infectiologie. En fait la recherche privée s’est peu à peu éteinte, alors que les antibiotiques étaient tous progressivement génériqués et les industriels ont été investis sous des cieux plus cléments. La recherche publique ne semble pas en mesure de relever un tel défi actuellement. Le HCSP devrait donc plutôt promouvoir les éléments nécessaires à un redémarrage important de la recherche en maladie infectieuse, un domaine où la France était en pointe dans le passé.

Source

Emergence of a new antibiotic resistance mechanism in India, Pakistan, and the UK: a molecular, biological, and  epidemiological study
Karthikeyan K Kumarasamy, Mark A Toleman, Timothy R Walsh, Jay Bagaria, Fafh ana Butt, Ravikumar Balakrishnan, Uma Chaudhary, Michel Doumith, Christian G Giske, Seema Irfan, Padma Krishnan, Anil V Kumar, Sunil Maharjan, Shazad Mushtaq, Tabassum Noorie, David L Paterson, Andrew Pearson, Claire Perry, Rachel Pike, Bhargavi Rao, Ujjwayini Ray, Jayanta B Sarma, Madhu Sharma, Elizabeth Sheridan, Mandayam A Thirunarayan, Jane Turton, Supriya Upadhyay, Marina Warner, William Welfare, David M Livermore, Neil Woodford
The Lancet Infectious Diseases, Early Online Publication, 11 August 2010

Rapport du Haut conseil de la santé publique

Commission spécialisée Sécurité des patients : infections nosocomiales et autres évènements indésirables liés aux soins et aux pratiques
Recommandations relatives aux mesures à mettre en oeuvre pour prévenir l’émergence des entérobactéries BLSE et lutter contre leur dissémination. Propositions rédigées dans l’optique de définir un programme national de prévention

Crédit Photo Creative Commons by dustyknapp

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