dimanche 4 décembre 2016

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Analyse médico-légale des restes de Jeanne d’Arc

Le Pr Charlier, médecin-légiste , spécialiste de pathographie, et son équipe de l’hôpital Raymond-Poincaré, ont réalisé une analyse destinée à vérifier l’authenticité  des reliques supposées de Jeanne d’Arc contenues dans un bocal appellé “le flacon de Chinon”, appartenant à l’archevêché de Tours (Indre-et-Loire): une côte humaine noirâtre de 10 centimètres, des morceaux de bois, quelques ossements, un morceau de lin et un parchemin indiquant “Restes présumés trouvés sous le bûcher de Jeanne d’Arc, pucelle d’Orléans”.

Les restes consistaient en une côte humaine de 10 centimètres de long recouvert d’une couche noirâtre, un fragment d’apophyse transverse de vertèbre humaine, recouvert de la même substance, et une moitié de fémur de chat. Un fragment de tissu de plusieurs centimètres et trois fragments de charbons étaient enfermés dans les bocaux avec les fragments osseux.

Des analyses ADN et microscopiques ont été réalisées et chaque élément a été daté au carbone 14.

Les résultats montrent que le fragment de fémur droit de chat appartenait à un animal adulte. Il a été comparé à des fémurs de chats sauvages et domestiques de la collection de l’institut de paléontologie humaine de Paris. Ce fémur de 13 centimètres de long est plus grand que celui des chats domestiques européens mais moins que celui des chats sauvages. Il pourrait en fait s’agir d’un chat domestique non-européen. L’os était peu fossilisé et la fracture récente. L’aspect noirâtre n’était pas du à une crémation mais à un couche de produit bitumineux.

L’analyse de ce produit noirâtre qui recouvre chacun des os se révèle contenir des minéraux, cristaux de quartz et de cuivre et des tissus organiques, fibres végétales, poils de chiens, spores de champignons, globules rouges et du pollens de pins du fait de l’utilisation de résine dans cette substance. Le même produit recouvre les os humains. La datation au carbone 14 révèle que la côte humaine date d’une période comprise entre le 7e et le 3e siècle avant JC.

Le morceaux de tissu a révélé sa véritable nature au microscope électronique. Il s’agit en fait d’un morceau de lin provenant d’une fabrique égyptienne de la seconde moitié du premier millénaire avant JC.

Les scientifiques ont donc mis en évidence, que ces “reliques” contenues dans le flacon de Chinon ne sont pas celles de restes carbonisés de Jeanne d’Arc mais les restes d’une momie égyptienne recouverts d’un goudron comparable à celui utilisé par les embaumeurs égyptiens.

Comment ces restes sont-ils arrivés à l’archevéché de Tours? Au XIX siècle, de nombreux cabinets d’amateurs possédaient des restes de momies. La pharmacopée médiévale utilisaient même des poudres d’os de momies. Le flacon est lui d’une grande banalité, produit à la fin du XVIIIe siècle. C’est probablement au cours du XIXe siècle que les ossements y ont été placés. Le bocal de verre qui les contient a été découvert à Paris en 1867 dans le grenier d’une pharmacie, par un étudiant en pharmacie, M. Noblet.

L’analyse médico-légale ne peut en revanche pas expliquer pourquoi cette supercherie a eu lieu sachant qu’elle n’a donné lieu à aucune transaction financière. Cela reste donc le seul mystère du flacon de Chinon.

Source

The relics of Joan of Arc’: A forensic multidisciplinary analysis
Charlier P, Poupon J, Eb A, De Mazancourt P, Gilbert T, Huynh-Charlier I, Loublier Y, Verhille AM, Moulheirat C, Patou-Mathis M, Robbiola L, Montagut R, Masson F, Etcheberry A, Brun L, Willerslev E, de la Grandmaison GL, Durigon M.
Forensic Sci Int. 2010 Jan 30;194(1-3):e9-15. Epub 2009 Nov 12.

Les auteurs avaient présenté leur découverte dans un premier article publié dans la prestigieuse revue américaine Nature en 2007


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