mercredi 28 septembre 2016

Docbuzz

Retrouvez Docbuzz sur Twitter

Docbuzz est aussi sur Facebook

Le départ en retraite fait décroîre les capacités cognitives : pour lutter contre la démence, il faut reculer le plus tard possible l’âge de la retraite!

Une équipe de chercheurs en neuropsychologie à l’université de Liège a analysé les effets de la retraite sur les capacités cognitives. L’étude a été menée à partir de deux groupes de participants, un groupe américain et un groupe Européen (étude SHARE). En plein débat sur l’âge de départ à la retraite, cette étude suggère que promouvoir la poursuite d’activité des plus âgés n’est pas seulement utile pour sauver le système des retraites mais aura aussi la capacité de retarder la survenue des troubles cognotifs, pouvant mener par exemple à la maladie d’Alzheimer.

Tout le monde ne vieilli pas de la même manière. Cette hétérogénéité individuelle peut dépendre de facteurs génétiques, des expériences de la vie mais aussi du mode de vie, des occupations intellectuelles et des activités de détente, toutes entrainant des modifications biologiques individuelles. Le degré de résilience de ces changements biologiques, ce que l’on dénomme la réserve cognitive, dépend ainsi de différents facteurs. Parmi ceux-ci le niveau d’éducation joue un rôle important démontré dans la prévention du déclin cognitif, comme les activités professionnelles, les loisirs et le mode de vie, qui sont d’autant plus préventifs qu’ils sont développés. Cela suggère que chaque individu a un certain contrôle sur l’évolution de ses activités cognitives et qu’il y a donc un axe d’action pour prévenir le risque de déclin cognitif et donc de démence.

Le but de cette étude a été d’évaluer l’impact du mode de vie sur le déclin cognitif des sujets âgés en se concentrant sur le lien entre fonctionnement cognitif et mise à la retraite. La retraite entraine de profondes modifications du mode de vie et peut affecter le fonctionnement cognitif. Les auteurs ont utilisé les données de deux grandes études internationales. La première a suivi des individus de plus de 50 ans vivant aux Etats Unis en utilisant les données expliquant pourquoi chaque individu avait décidé de prendre sa retraite. La seconde étude est Européenne; elle a suivi 33 000 personnes de plus de 50 ans dans 14 pays Européens. Les auteurs ont ici identifié les effets de la mise à la retraite sur la fonction cognitive dans différents pays Européens en tenant compte des différences de l’âge officiel légal de la retraite. Car au sein des pays Européens, la possibilité de prendre sa retraite ne dépend pas uniquement de l’âge mais aussi du respect d’une ou plusieurs autres règles gérées par les organismes de sécurité sociale, telles que les infirmités, le chômage, les plans de préretraite…etc.

Les participants de ces 2 étude avaient répondu à toutes les questions permettant d’évaluer leur activité professionnelles, leur vie sociale, leur loisirs et cela au fur et à mesure de leurs avancées en âge des évaluations régulières de leur fonctions cognitives à l’aide de tests validés, permettant d ‘évaluer mémoire et concentration étaient pratiqués

Est-ce qu’un départ tardif à la retraite ralentit le vieillissement cognitif? Comment les différentes politiques de retraite appliquées dans les différents pays Européens influence la fonction cognitive?

Les résultats démontrent un effet négatif de la retraite sur les fonctions cognitives. Cet effet n’est pas lié à des fonctions cognitives qui s’altèreraient avant même la date de la retraite. Que ce soit aux Etas-Unis ou en Europe, les données coïncident : Dans les deux études, l’effet de la mise à la retraite a un impact similaire sur les fonctions cognitives avec un impact négatif de 10%.

Tous ces résultats confirment que la décroissance d’activités provoque une atrophie des compétences cognitives et que la retraite porte une responsabilité importance dans le déclin cognitif d’un individu. Plus longtemps un individu reste en fonction, meilleure restent ses fonctions cognitives. Dans les pays où les départs à la retraite se font à 65 ans, comme en Suède, les participants conservaient une fonction cognitive, qu’en France où de nombreux départs se font à 60 ans. Il est maintenant nécessaire de réaliser des études évaluant les impacts de différentes activitées professionnelles : profession manuelle par rapport à profession manuelle, activité physique intense, stress au travail, etc

Alors que le nombre de patients souffrant de pertes de mémoires et de démences ne font que croître au sein de nos sociétés, altérant la qualité de vie, et augmentant la dépendance et les dépenses de santé, ces résultats tendent à promouvoir une participation plus longue de chacun au sein de son activité professionnelle, notamment en ce qui concerne les professions intellectuelles. Non seulement une telle réforme permettra au minimum de maintenir plus longtemps les fonctions cognitives, la concentration et la mémoire à des niveaux plus élevés, mais sera également favorable à la pérennité du système de sécurité sociale.

Outre l’activité professionnelle, la pratique d’une activité physique, la participation actives à des loisirs, l’existence d’un réseau social développé permettre de retarder le déclin cognitif.

Source

Does Retirement Affect Cognitive Functioning?
E. Bonsang et al.
Maastricht : ROA, Research Centre for Education and the Labour Market, working paper, 2010

Crédit Photo Creative Commons by Chourka Glogowski

Articles sur le même sujet