lundi 26 septembre 2016

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Disparité entre perception du risque de chute et risque réel chez le sujet âgé

Chez la personne âgée, la peur de tomber est reconnue comme un facteur psychologique important associé à une augmentation du nombre de chutes. De nombreuses recherches ont été menées pour déterminer comment, la peur de tomber, peut affecter la vie des sujets âgés et comment elle joue un rôle dans la fragilisation des patients et leur fréquence de chutes.

La peur de tomber est associée à une modification de l’équilibre, de la démarche et des chutes. Cela pourrait indiquer que les patients sont capables de ressentir leur risque de chute et que cette peur de tomber reflète simplement une appréciation subjective de la réduction de leur capacité à éviter les chutes. L’excès de peur de tomber qui peut être irrationnelle ou même phobique, va favoriser l’isolement social, réduire les activités physiques, accélérer de déconditionnement physique, favoriser une dépression et la détresse psychologique. Le problème de la peur irrationnelle de tomber, qu’elle soit trop élevée ou trop faible au regard de l’état physique du patient, a été trop souvent négligée.

Le but de cette étude a été d’accroître la connaissance de cette peur de tomber en explorant l’importance du lien entre peur irrationnelle et chute.

Les scientifiques ont recruté 500 patients âgés de 70 à 90 ans. Ils n’avaient pas de troubles mnésique, pas de démence, pas de maladie de parkinson, pas de trouble psychique, ni de maladie mentale ou nerveuse. Les médecins ont interrogé avec intérêt ces patients afin de savoir s’ils étaient déjà tombés, les médicaments qu’ils prenaient (car certain augmentent le risque de chute). Plusieurs questionnaires permettant d’établir un score en évaluant la qualité de vie, les capacités de déplacements, les activités physiques hebdomadaires, ont été menés.

Le risque physiologique de chute a été estimé par un examen clinique dénommé PPA (Physiological Profile Assessement) capable de déterminer, en recherchant simplement et rapidement 5 items,  le risque de chutes répétées dans les 12 mois suivant, et cela avec une certitude de 75%. Plus le score du PPA est élevé plus le risque de chute est grand. Les 5 items évalués étaient :

La vue : sensibilité au contraste
La proprioception : le patient doit aller toucher un point dessiné sur un tissu placé entre ses jambes ; On quantifie l’erreur en degré par rapport au point qui devrait être atteint.
Le temps de réaction : temps nécessaire à la pression d’un bouton après qu’une lumière soit apparue
La puissance de quadriceps : mesuré assis sur le membre dominant
La longueur du pas

Etait ensuite évalué, la peur de tomber (bilan psychologique) au cours des multiples tâches quotidiennes, comme faire des courses, faire le ménage, marcher…Plus le score était élevé plus grande était la peur de tomber. Une dépression a été recherchée afin de mettre à jour une éventuelle construction sévère de cette peur de tomber. Le degré d’anxiété a été mesuré. Au total, un score psychologique était établi.

Ce bilan a permis de séparer les patients en 4 groupe, les vigoureux (faible risque de chute, faible peur de tomber), les anxieux (faible risque de chute, forte peur de tomber), les stoïques (fort risque de chute, faible peur de tomber) et les conscients (fort risque de chute, forte peur de tomber) en fonction des résultats aux tests physiques et psychologiques.

Finalement, après ce bilan, les patients ont été suivi pendant 1 an et leurs chutes quantifiées par les patients eux-même qui les notaient dans un carnet ainsi que leur éventuelles conséquences

30% des patients étaient déjà tombés une ou plusieurs fois au cours de l’année précédent leur inclusion dans l’étude. Pendant l’année de suivi, 43% des patients ont subi une ou plusieurs chutes.

Les résultats montrent que le score mesurant «le risque de chute» et celui évaluant «la peur de tomber» sont étroitement corrélés aux risques futurs de chutes.

Environ 10% de la population présente une peur irrationnelle de tomber. On la retrouve dans cette étude parmi les anxieux. Bien qu’ayant un risque de chute comparable aux vigoureux, 40% sont tombés, contre seulement 29% des vigoureux. Et alors que parmi les stoïques le risque de chute était plus élevé que chez les anxieux, le nombre de chutes a été moindre, marquant en sens inverse, une action protectrice cette fois de la psychologie de ces patients.

Au total, un tiers des personnes âgés exagèrent ou réduisent leur risque de chute. Ces disparités entre risque réel et risque perçu  influence de manière importante la probabilité de tomber. Pour éviter les chutes chez les personnes âgées, une évaluation du risque de chute et de la peur de tomber peut être réalisée afin de prodiguer les meilleurs conseils et suivi en fonction de la personnalité du patient. Qui plus est ces tests ne sont pas coûteux.

Source

Determinant of disparities betwenn perceived and physiological risk of falling among elderly people; cohort study
Kim Delbaere, Jacqueline C T Close, Henry Brodaty, Perminder Sachdev, Stephen R Lord
BMJ 2010;341:c4165

Crédit Photo Creative Commons by i.tokaris

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