lundi 5 décembre 2016

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Quel risque de souffrir d’un syndrome de Guillain-Barré suite à la vaccination contre la grippe, en particulier après vaccination par le vaccin 2009/H1N1 ?

Le syndrome de Guillain-Barré est un syndrome auto-immun aiguë acquis : c’est à dire qu’il est lié à l’attaque de certaines parties du corps, en l’occurrence des nerfs périphérique, par des cellules immunitaires sensés le protéger, qu’il est secondaire à la prise d’un traitement (vaccin) ou à une contamination infectieuse et que sa survenue est brutale. Ainsi les auteurs de cette étude publiée dans la revue anglaise The Lancet, ont revu les données médicales existantes et publiées concernant le risque de syndrome de Guillain-Barré après une grippe ou après une vaccination par un vaccin anti-grippe.

Le syndrome de Guillain-Barré est une des atteintes nerveuses les plus fréquentes. Des cellules du systèmes immunitaires, se mettent subitement à attaquer et à détruire la myéline, une couche cellulaire enrobant les nerfs, indispensable à la bonne conduction des influx nerveux. En fonction des zones géographiques, on comptabilise de 0,4 à 4 syndromes de Guillain-Barré pour 100 000 habitants. Dans 60% des cas, ce syndrome fait suite à une infection. Les agents infectieux causals les plus souvent impliqués sont campilobacter jejuni, haemophilus influenzae, mycoplasma pneumoniae, cytomegalovirus. Le virus de la grippe n’est que rarement retrouvé. Cependant une étude française récente a montré une corrélation entre les pics de contamination par des virus A et virus B de la grippe à Paris et la survenue de syndromes de Guillain-Barré.

Le syndrome survient en général de 3 jours à 30 jours après la contamination par la grippe. Un syndrome de Guillain-Barré est reconnaissable chez un patient qui aura une grande difficulté à marcher, même avec de l’aide et qui pourra nécessiter de l’aide également pour respirer. Cette atteinte nerveuse peut entraîner la mort.

En 2009, du fait de déclenchement de mesures de protections face à ce que l’OMS appela «une pandémie», de nombreux gouvernements ont organisé une vaccination de masse par le vaccin anti-H1N1. Une précédente campagne de ce type s’était déroulée en 1976 contre le virus de la grippe A/NJ/76 et avait été arrêtée prématurément du fait de la survenue de nombreux cas de Guillain-Barré. Entre le 1 octobre et le 16 décembre 1976, 40 millions de doses avaient été injectées aux Etats–Unis, et 532 cas de syndrome de Guillain-Barré diagnostiqués, soit 7 cas par million de vaccinés contre 0,79 cas par million chez les non vaccinés.

D’aucun s’accordent pourtant à dire que la survenue de ce syndrome reste rare. Cependant la faible taille des études cliniques réalisées avec un vaccin avant sa commercialisation, peut laisser supposer que les données recueillies au cours du développement clinique sont insuffisantes pour éliminer le risque. Le suivi de pharmacovigilance post-marketing n’a pas écarté non plus cette inquiétude.

Après 1976, de nombreuses études réalisées aux Etats-Unis n’ont plus retrouvé de lien entre vaccinations contre la grippe et survenue d’un syndrome de Guillain-Barré. Une étude Canadienne menée en Ontario a cependant retrouvé un risque augmenté de 45%.

La sécurité au cours d’une immunisation de masse contre les virus de la grippe reste un problème pour les patients, les médecins, et les autorités de santé. La relation entre le syndrome de Guillain-Barré, le vaccin contre la grippe, et la grippe elle-même est important, du fait de l’expérience négative d’il y a plus de 30 ans aux Etats Unis et « des rapports faits par certains médias au cours de la vaccination de masse contre le virus H1N1 en 2009, en USA et en France, de cas de syndromes de Guillain-Barré ». Pour contredire cette inquiétude, les USA, l’Angleterre et l’Allemagne (pas la France?) ont décidé d’initier une vigilance active afin de détecter des effets secondaires rares pouvant faire suite à la vaccination de 2009 par le vaccin contre le virus H1N1.

Les résultats sont toujours attendus mais les données préliminaires venues des USA et rendues publiques le 4 juin 2010 montrent néanmoins une légère augmentation des cas de syndrome de Guillain-Barré, une augmentation identique à celle déjà retrouvée pendant la vaccination de 1992-1994. Malgré cette augmentation, la protection apportée conte la grippe par la vaccination pourrait  au total se révéler positive sur une population, disent les auteurs.

Syndrome de Guillain-Barré et vaccination contre le H1N1

Le Center for Disease Control (CDC) américain a donc rendu public les premiers résultats des suivis de vaccination par le virus H1N1, en particulier destinés à suivre l’éventuelle augmentation des syndrome de Guillain-Barré. Entre le 1 octobre 2009 et le 10 mai 2010, 529 cas de Guillain-Barré ont été identifiés dont 326 remplissaient tous les critères définissant le syndrome. Sur ces 326 cas, 27 patients avaient eu une vaccination contre la grippe H1N1, 274 ne l’avaient pas reçus et le statut était inconnnu pour les 25 autres. La comparaison de l’incidence de syndrome de Guillain-Barré entre les vaccinés et les non vacciné montre donc un risque augmenté de 77% .

Si ce ratio se confirme avec les résultats finaux, le risque de syndrome de Guillain-Barré en excès dans la population générale à cause de la vaccination serait donc de 0,8 personne touchée par millions de personne vaccinées et par an, soit 48 cas de syndrome de Guillain-Barré provoqués par le vaccin pour une population de 60 millions d’habitants.

Source

Guillain-Barré syndrome after exposure to influenza virus
Helmar C Lehmann, Hans-Peter Hartung, Bernd C Kieseier, Richard AC Hughes
The Lancet Infectious Diseases, Volume 10, Issue 9, Pages 643 – 651, September 2010

Preliminary Results: Surveillance for Guillain-Barré Syndrome After Receipt of Influenza A (H1N1) 2009 Monovalent Vaccine — United States, 2009–2010
Morbidity and Mortality Weekly Report (MMWR)
June 4, 2010 / 59(21);657-661

Crédit Photo Creative Commons by Cult Gigolo

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