samedi 3 décembre 2016

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Attention aux emballements médiatiques quand il s’agit de science : l’affaire du « Régent » est un bon exemple.

Le Régent est un produit chimique utilisé pour l’enrobage des semences. Face à la destruction inexpliquée des colonies d’abeilles, le Régent a été l’un des suspects. Nombreux sont les journaux, magazines, sites Internet ou chaînes de télévision ayant repris l’information selon laquelle le régent pouvait entraîner la mort de millions d’abeilles. Curieusement la confirmation après sept ans de procédure, par la Chambre de l’instruction de la Cour d’appel de Toulouse par un arrêt du 2 septembre 2010 de l’ordonnance de non-lieu du Juge d’instruction de Saint-Gaudens en date du 30 janvier 2009, n’a eu que peu de répercussion dans cette même presse.

En science, il faut démontrer mais c’est seulement après que l’information a été publiée, dans une revue scientifique référencée ayant un comité de relecture, qui vérifiera entre autres la qualité et le poids statistique de l’évaluation, que les données peuvent être considérées. Cela n’empêche nullement la critique. Néanmoins, en science avant cette étape, ne considérez pratiquement jamais un fait comme scientifiquement démontré.

Or ce principe est régulièrement et facilement oublié, et un gros titre dans le journal local ou national, un article écrit parfois trop vite, sans vérification des données scientifiques, tiendra alors lieu de vérité établie.

C’est un peu l’enseignement que l’on peu tirer de ce dossier du Régent, où force est de constater que la justice reconnaît maintenant ce produit comme  ayant été accusé à tort dans les phénomènes de surmortalités d’abeilles.

« les entreprises, quelle que soit leur taille, ne peuvent que constater leur totale impuissance lorsqu’elles sont soudainement accusées dans le journal de 20 heures de porter atteinte à la santé humaine et à l’environnement (souvent les deux ensemble) » explique Jean-Luc Soulier l’avocat de l’entreprise productrice du régent. , « Parfois, il ne s’agit que d’un feu de paille. Parfois, pour des raisons difficilement explicables, l’information se propage et s’installe pendant des mois, voire des années. »

C’est aussi peut-être parce que les premières constatations n’ont pas reposé sur des faits scientifiques publiés que l’affaire a pris cette ampleur : « Le juge d’instruction a ensuite désigné des laboratoires d’analyse ne disposant pas de l’accréditation nécessaire pour effectuer les recherches de résidus du produit mis en cause et leur a imposé de recourir à une méthode d’analyse non publiée et non validée mise au point par un chercheur lié aux parties civiles ». Par exemple la Chambre de l’instruction de la Cour d’appel de Toulouse relève à cet égard que « certains résultats versés, plutôt alarmants, ont dû être invalidés en raison de la technique utilisée, induisant des faux positifs ».

D’autres anomalies de type judiciaire ont émaillé ce procès. Retenons comme morale de cette histoire que tant qu’elle n’est pas publiée, une information scientifique aussi passionnante ou révolutionnaires soit-elle, aussi dramatique pour l’homme, l’écosystème ou les animaux soit-elle, ne reste qu’une hypothèse, et que, comme toute hypothèse, elle demande à être proprement démontrée. Le reste n’est que le vent mélodieux du charlatanisme médical ou journalistique.

Source

Non-lieu confirmé dans l’affaire des abeilles après sept ans de procédure : quels enseignements ?
Jean-Luc Soulier, Avocat aux Barreaux de Paris et de Bruxelles

Crédit photo Créative Commons by JR Guillaumin

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