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Salles d’injections, une question de santé publique

A l’heure où la ville de Paris examine sérieusement la possibilité de mettre en place une salle d’injection expérimentale, un sujet qui n’est plus tabou et déjà largement mis en oeuvre dans de nombreux pays civilisés, cette étude offre le regard de ceux qui l’utilise sur l’attractivité d’une telle salle.

Rappelons qu’une salle d’injection, parfois dénommée “salle de shoot”, n’a pas pour objectif de faire du prosélytisme pour la consommation de drogue mais de protéger, comme on peut l’attendre d’un système de santé au sein d’un pays civilisé, une partie d’une population à risque. Les utilisateurs de drogues sont effectivement plus à risque de contamination par le HIV, par l’hépatite C, et plus à risque d’infections cutanées, sans compter les éventuelles complication liés à l’injection comme l’overdose. Rappelons aussi que 90 salles d’injection ont déjà été ouvertes dans 40 villes à travers 8 pays différents, l’Australie, le Canada, l’Allemagne, le Luxembourg, les Pays-Bas, la Norvège, l’Espagne, et la Suisse.

Une salle d’injection évite la marginalisation. Dans une salle d’injection sécurisée, les personnes dépendantes aux drogues injectables peuvent disposer de matériel stérile afin de s’injecter leur drogue sous la supervision d’un personnel médicale entrainé. Ce personnel ne procure pas la drogue, n’injecte pas la drogue mais prodigues des conseils pour que ce geste soit fait selon une méthodologie sanitaire correcte. En plus, des conseils de santé sont prodigués, ainsi qu’une prévention au risque d’overdose, des propositions d’interruption de la consommation de drogue sont faites et des orientations vers des centres spécialisés peuvent être coordonnées.

L’expérience menée au Canada en 2003 a montré que ces salles d’injection réduisaient le risque de partage des seringues, améliorait l’accès aux soins médicaux, réduisaient le risque d’overdoses, réduisait le risque d’infections après injection, et réduisait les nuisances publiques liées à l’abandon de seringues dans les lieux publics.

A San Francisco, chez les utilisateurs de drogues injectables, la prévalence du HIV est de 15%, la prévalence de l’hépatite C de 91%, la prévalence des infections cutanées de 32%. L’utilisation de drogue dans les lieux publics est régulièrement le sujet de débats animés au cours des élections municipales. Afin de déterminer si une salle d’injection serait bien acceptée par les utilisateurs de drogues injectables, cette étude a été menée auprès de 602 d’entre eux. Ils avaient en moyenne 40 ans, étaient plus souvent des hommes et se déclaraient plus souvent sans domiciles fixe. 15% ont déclaré être HIV+, 71% reconnaissaient s’injecter leur drogue dans des lieux publics.

85% déclarent qu’il seraient utilisateurs d’une salle d’injection si elle existait. 50% d’entre eux l’utiliseraient tous les jours, 26% de 3 à 6 jours par semaine, 13% de 1 à 2 jours par semaine, et 11% une fois par semaine.

Toutes les règles de fonctionnement présentées paraissaient acceptables à 2/3 des utilisateurs de drogues injectables : enregistrement de l’identité, interdiction du tabac à l’intérieur de la salle, preuve de résidence, limitation de la quantité de drogue à injecter, interdiction d’accès aux personnes déjà trop “chargées”. Cependant 50% ne trouveraient pas acceptable de présenter à chaque fois une pièce d’identité ou que l’extérieur de la salle soit sous surveillance vidéo. Seulement 28% l’utiliseraient s’il fallait marcher plus de 20 minutes pour l’atteindre. Presque tous déclarent préférer des boxes individuels à l’intérieur de la salle.

Le gouvernement Bush avait interrompu toute tentative d’ouverture de salle s’injection. Cette étude est le premier pas vers l’ouverture d’une ou plusieurs salles dans la commune de San Francisco.

Source

Acceptability of a safer injection facility among injection drug users in San Francisco
Alex H. Kral, Lynn Wenger, Lisa Carpenter, Evan Wood, Thomas Kerr and Philippe Bourgois
Drug and Alcohol Dependence Volume 110, Issues 1-2, 1 July 2010, Pages 160-163

Crédit Photo Creative Commons by matthetube

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