samedi 3 décembre 2016

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Le camouflage de la vérité scientifique a des conséquences délétères sur le public

En 1996, un abstract sur l’effet du dépistage systématique par mammographie en Suède rapportait une diminution de 24% de la mortalité par cancer du sein. Une étude en 2002 clamait une baisse de 21%. Ces chiffres ont été largement repris par la presse auprès du public. Avait-il compris, ce public, que ce chiffre impressionnant correspondait à une réduction réelle de 4 à 5 décès pour 1000 femmes, c’est à dire une baisse en fait de seulement 0,1%?
Sur une population de femmes représentatives de 9 pays Européens, 92% surestiment de 10 fois, 100 fois ou plus le bénéfice réel du dépistage du cancer du sein. En Angleterre, 27% des femmes pensent que pour 1000 femmes qui bénéficient d’une mammographie, 200 de moins vont mourir d’un cancer du sein. Mais il n’y a pas que les patients qui sont abusés. A la question qu’est-ce que signifie une réduction de 25% de la mortalité par cancer du sein, 31% d’un panel de 150 gynécologues répondent que pour chaque 1000 femmes dépistées, 25 ou 250 de moins décèderont.

Second exemple. En 1995, en Angleterre, un avertissement a été émis sur les pilules contraceptives de troisième génération, qui auraient multiplié par 2 le risque de thrombose veineuse (phlébite). Cela a inquiété les femmes qui ont massivement arrêté la pilule. Il y a eu par la suite un grand nombre de grossesses non désirées et 13000 avortements supplémentaires par rapport à l’année précédente. Quel était en réaltié le vrai risque de thrombose? En fait, au cours de cette étude réalisée chez 7000 femmes, parmi celles qui prenaient une pilule contraceptive de seconde génération, une femme avait fait une thrombose, et parmi celles qui prenaient une pilule de troisième génération, 2 femmes avaient fait une thrombose veineuse, un risque effectivement multiplié par 2. Mais un risque qui restait pourtant tellement faible…

Il est donc indispensable de toujours indiquer le risque absolu. Il aurait fallu écrire  en communiquant les résultats de cette étude sur les pilules, que l’augmentation du risque absolu est de 1 sur 2 sur une population de 7000 femmes. Communiquer sur un risque sans évoquer la population globale est souvent pratiqué par les journalistes car cela permet de faire un gros titre.

Une analyse des articles publiées dans plusieurs des plus grandes revues médicales a montré que 68% des articles omettaient de communiquer le risque absolu dans l’abstract (le résumé de l’étude plus facilement et rapidement lisible que l’article). Parmi ces publication la moitié ne le rapportaient nul part dans l’article publié.

Si on utilise l’exemple d’un traitement qui réduit le risque de maladie A de 10 à 5 chez 1000 personnes, mais qui en parallèle augmente le risque de 5 à 10 de provoquer un effet secondaire B, ceux qui voudront travestir le résultat diront que le bénéfice du traitement est de réduire de 50% le risque de maladie A avec cependant un risque d’effet secondaires de 5 patients sur 1000, soit 0,5%. Des journaux médicaux importants tels que le JAMA, le BMJ et le Lancet ont publié des papiers dont les auteurs pratiquaient de la sorte dans leur article.
Il faut donc plus de vigileance et de transparence du côté des auteurs et des éditeurs mais aussi plus de clairvoyance et d’esprit critique de la part des lecteurs.

Source

Misleading communication at risk Editors should enforce transparent reporting in abstracts
Greg Gigerenzer, Odette Wegwarth, Markus Feufel
BMJ, 2010;341,c4830

Crédit PHoto Creative Commons by Thomas Hawk

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