dimanche 4 décembre 2016

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L’euthanasie en Belgique

L’euthanasie existe dans quelques pays. La Belgique, comme les Pays-Bas ou le Luxembourg, font partie des rares pays où elle est légale. Les questions concernant l’efficacité des contrôles de la société et la prévention des abus sont au coeur des débats sur l’euthanasie. Le secret dans lequel s’opère une euthanasie gène la mise en place de procédures strictes et la surveillance du respect de ces procédures. En Belgique, la mise en place de la loi a eu lieu en 2002. Elle requiert que chaque médecin réalisant une euthanasie la déclare officiellement à un comité fédéral d’évaluation et de contrôle. L’objectif de cette étude était d’évaluer la réelle application de la loi.

Selon les rapports de ce comité déjà publiés, les médecins suivent scrupuleusement la loi et aucun abus n’a été constaté. Il existe cependant des doutes que seuls les cas correctement réalisés soient officiellement rapportés. Aux Pays-Bas, une étude a été réalisée pour identifier les cas d’euthanasie qui ne sont pas déclarés . L’étude a montré que les cas déclarés et les cas non déclarés ne diffèrent pas en fonction du type de patient ou de son état clinique mais parce que les médecins n’ayant pas déclarés un cas d’euthanasie ont omis de prendre l’avis d’un second médecin. En 1990, seulement 18% des cas d’euthanasie étaient rapportés. Ce taux était de 80% en 2005 montrant l’amélioration du contrôle de la société. La plupart des cas d’euthanasie non rapportés sont pratiquées avec des opiacés ou des sédatifs et ne sont souvent pas perçu comme de réels cas d’euthanasie par les médecins eux-mêmes.

L’étude a été menée dans les Flandres à partir de 6927 certificats de décès sélectionnés selon 4 catégories : ceux pour lesquels l’euthanasie était certaine car indiquée sur le certificat,  ceux dont la cause du décès est un cancer au cours duquel une aide médicale pour mourir est probable, ceux pour lesquelles quel que soit la cause du décès une aide médicale était possible, et enfin ceux pour lesquels toutes les causes de décès pour lesquelles une aide médicale à mourir était peu probable. Un questionnaire était alors envoyé aux médecins ayant rempli tous ces certificats de décès, dans le but d’identifier les cas où une euthanasie aurait pu être pratiquée sans être déclarée.

6202 réponses étaient analysable. 58,7% des médecins ont répondu. 137 cas d’euthanasie déclarées appartenaient à l’échantillon des 6202 cas, ce qui en extrapolant ce nombre donnerait environ 1040 euthanasies réalisés en Flandres en 2007, soit 1,9% du total des décès. Seulement 52,8% sont officiellement rapportées.

Soixante quatre médecins ont reconnu (de manière anonyme) avoir omis de déclarer une euthanasie. Dans 74,7% des cas, ces médecins déclarent qu’ils n’ont pas perçu leur acte comme une euthanasie, dans 17,9% des cas, ils justifient la non déclaration à cause de la lourdeur administrative, dans 11,9% des cas parce qu’ils n’avaient pas suivi les règles légales avant de réaliser l’euthanasie,  dans 8,7% des cas parce que disent-ils l’euthanasie est une acte privé réalisé entre eux et un patient, dans 2,3% des cas par peur des conséquences légales (il y avait plusieurs réponses possibles expliquant que la totalité soit supérieure à 100%).

La comparaison entre les euthanasies déclarées et celles qui ne l’étaient pas montrent que la déclaration est plus rares quand l’âge du patient euthanasié est supérieur à 80 ans, quand le temps estimé de réduction de la vie était de moins d’une semaine, quand l’euthanasie n’a pas été discutée avec d’autres personnes que le patient. L’euthanasie déclarée est majoritairement pratiquée avec des barbituriques, des neurolaxants ou les deux conjointement (95,6% des cas). Dans les cas de non déclarations, d’autres produits sont utilisés, en particulier des opiacés, des sédatifs ou les deux conjointements.

Ainsi, seulement un cas d’euthanasie sur deux est officiellement déclaré en Flandres. L’étude a permis de mettre en évidence que, bien que la majorité des cas non déclarés rentrent dans le cadre légal de l’euthanasie, les médecins ne perçoivent pas leur prescription comme une euthanasie. Par ailleurs, les cas non déclarés sont moins correctement gérés : la demande écrite d’euthanasie qui doit être remplie par le patient est souvent manquante, l’avis d’un second médecin est rarement requis, et les médicaments euthanasiant sont plus souvent administrés par une infirmière au lieu du médecin.

Le contrôle mené par la société est un prérequis indispensable pour que la législation sur l’euthanasie soit efficace. Afin d’atteindre l’objectif idéal de 100% de déclarations, une éducation en école de médecine et une aide adéquate aux médecins confrontés à une demande d’euthanasie, parait indispensable (Des informations utiles pour les Français alors qu’une très grande majorité d’entre eux se déclarent favorable à une loi autorisant l’euthanasie dans un récent sondage).

Source

Reporting of euthanasia in medical practice in Flanders Belgium: cross sectional analysis of reported and unreported cases
Tinne Smets, Johan Bilsen, Joachim Cohen, Mette L Rurup, Freddy Mortier, Luc Deliens
BMJ
2010; 341:c5174

Crédit Photo Creative Commons by mat2057

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