Dimanche 31 août 2014

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Grossesse : la prise d’antalgiques peut altérer la fertilité du futur enfant mâle

Plus de la moitié des femmes enceintes en Europe témoignent avoir pris un antalgique au cours de leur grossesse, du paracétamol en majorité, mais également des anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS), de l’aspirine, ou de l’ibuprofène. Pourtant, dès les années 1980, des études menées chez l’animal montraient que ces antalgiques réduisaient les signes de masculinisation des foetus. Une déficience en androgène entre le 15 ème et le 17ème jour de gestation chez l’animal (correspondant à la 8-14 ème semaine de grossesse chez la femme) favorise une cryptorchidie (absence d’un ou deux testicules dans le scrotum), une hypospadie (malformation qui se manifeste par l’ouverture de l’urètre dans la face inférieure du pénis au lieu de son extrémité) compromettant la fertilité ultérieure du mammifère.

Par leur action sur les prostaglandines, ces antalgiques peuvent agir comme des disrupteurs endocriniens et réduire la production de testostérone. La preuve devait en être retrouvée scientifiquement

Au Danemark, Les mères de 1325 garçons ont répondu à un questionnaire au troisième trimestre de la grossesse ainsi que les mères de  1470 garçons en Finlande. Le questionnaire cherchait à déterminer si elles avaient pris un antalgique au cours de leur grossesse et si oui, le nom, le dosage et le moment de la grossesse où la prise de ces médicaments avaient eu lieu. les réponses étaient obtenues par écrit ou par téléphone.

Au Danemark, entre 26,1% et 57,2% des femmes ont reconnu avoir utilisé un antalgique pour des maux de tête (66.5%), des douleurs musculaires (6.4%), pour d’autres types de douleurs (8.7%), pour une fièvre ou une grippe (6.9%), pour d’autres raisons (4,6%) ou pour plusieurs de ces raisons ( 6.9%).

Parmi les femmes ayant eu un garçon avec une cryptorchidie, 64,3% (27 sur 42) avaient pris un antalgique contre 55% (249 de 449) des mères ayant eu un enfant sans anomalie. Le risque que l’enfant ait une cryptorchidie est significatif pour les mère rapportant la prise de plus d’un antalgique : le risque est multiplié par 7,55.

La prise d’un antalgique au cours du second trimestre de la grossesse multiplie le risque de cryptorchidie par 2,3. Le risque est même multiplié par 16,1 chez les mères rapportant l’utilisation concomitante de plusieurs antalgiques.

Plus la prise d’antalgique est longue plus le risque s’élève, avec un risque identique pour le paracétamol et l’aspirine.

L’analyse du questionnaire finlandais n’a pas retrouvé d’association entre prise d’antalgiques et cryptorchidie mais dans ce pays, la prévalence de cryptorchidie est bien plus faible qu’au Danemark, 9% contre 2,4%. Le risque d’hypospadie n’a été mis en évidence par aucune des deux études, danoise ou finlandaise, mais dans ce cas aussi, la prévalence de la pathologie est très faible dans les deux pays, 1% et 0,3% respectivement.

Cette étude retrouve donc une association entre la prise d’antalgiques au cours de la grossesse et le risque de cryptorchidie chez l’enfant mâle. La cryptorchidie est le facteur de risque le plus important pour un sperme de mauvaise qualité et pour un cancer des testicule. Elle montre également que les mères considérent injustement les antalgiques comme inoffensifs.

Etant donné que les femmes Européennes et Américaines sont constamment et inévitablement exposées à de faibles doses d’antiandrogènes (les fameux disrupteurs endocriniens), la prise surajoutée d’antalgiques tel que le paracétamol peut être un facteur contribuant à l’augmentation des cas de cryptorchidie, ce qui aura des conséquences sur les capacités de reproduction futures de l’enfant. “Des investigations supplémentaires doivent être mises en place de manière urgente et nous continuerons de notre côté à suivre les enfants de cette étude” concluent les auteurs.

Une femme enceinte ne doit prendre aucun médicament sans avis médical, même un médicament qu’elle avait l’habitude de prendre avant sa grossesse.

Source

Intrauterine exposure to mild analgesics is a risk factor for development of male reproductive disorders in human and rat

David Møbjerg Kristensen, Ulla Hass2, Laurianne Lese, Grete Lottrup1, Pernille Rosenskjold Jacobsen, Christele Desdoits-Lethimonier, Julie Boberg, Jørgen Holm Petersen, Jorma Toppari, Tina Kold Jensen, Søren Brunak, Niels E. Skakkebæk, Christine Nellemann, Katharina M. Main, Bernard Jegou, and Henrik Leffers
Hum. Reprod. Advance Access published November 8, 2010

Crédit Photo Creative Commons by fulldepouel

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