Vendredi 24 octobre 2014

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Les Régimes : le rapport inutile mais très médiatisé de l’ANSES

C’est à la demande de la Direction Générale de la Santé que Agence française de sécurité sanitaire des aliments à réalisé une évaluation des risques liés aux pratiques alimentaires d’amaigrissement. La conclusion est déjà dans le titre. L’état veut dorénavant s’occuper, en plus du reste, du corps des Français. La phrase introductive de ce rapport n’a rien de scientifique, la prise en charge de l’obésité se trouve un nouveau corset : “La présente saisine se situe dans le cadre global de la problématique de « l’image du corps », prévue par le PNNS 2 (2006-2010) et dans un contexte d’élaboration de recommandations aux professionnels pour la prise en charge de l’obésité coordonnée par la Haute autorité de santé. Une charte d’engagement volontaire et collectif portant sur la publicité, la mode et l’apparence du corps, ainsi que sur la protection des personnes travaillant dans le mannequinat a été signée le 9 avril 2008 entre Madame le Ministre de la santé, de la jeunesse, des sports et de la vie associative et certains des acteurs concernés” prévient le rapport.

Le travail présenté se voudrait scientifique : “Ce travail est destiné à fournir des bases scientifiques aux actions qui pourraient être proposées par les pouvoirs publics dans le cadre du futur PNNS 3“. Pourtant, les seuls travaux scientifiques qui peuvent compter sont ceux qui, conduits avec des analyses statistiques validées, présentent des résultats acceptés pour publication dans une revue scientifique référencée, après relecture et éventuelles critiques par des relecteurs indépendants de l’étude et de ses sponsors. Ce n’est malheureusement pas le cas de ce travail.

Les auteurs du rapport ont retenus des régimes, non pas sur des critères scientifiques mais les ont “sélectionnés sur la base de leur popularité apparente, c’est à dire ceux les plus fréquemment cités sur Internet ou ceux correspondant aux livres les plus vendus dans le commerce ou sur Internet”.  La méthodologie est magnifique! Atkins, Guttersen, Cohen, “citron détox”, Delabos, Dukan, Fricker, Mayo, Agatston, Montignac, Ornish, Tarnower, Weight Watchers, et même la soupe au choux sont tous les régimes qui ont été “évalués” par les scientifiques.

Si un certain nombre d’études publiées ont été revues, le mélange des études chez l’animal et chez l’homme et l’absence de métaanalyse, empêchent toute conclusion scientifique réelle. Tout au plus, des signaux d’alarmes peuvent être dégagés de cette fastidieuse relecture mettant en garde contre la survenue de certaines carences et les risques de la reprise de poids. Les auteurs concluent que “Ce travail a permis de mettre en évidence, sur la base de la littérature scientifique, des risques cliniques, biologiques, comportementaux, ou psychologiques liés à la pratique des régimes amaigrissants”, des données déjà analysées, connues et publiées avant ce rapport. Autre conclusion magnifique, “l’activité physique doit être considérée comme un critère essentiel de stabilisation du poids”, ça aussi, tout le monde le savait déjà.

Si vraiment ce rapport comme l’espèrent les auteurs, “est destiné à fournir des bases scientifiques aux actions qui pourraient être proposées par les pouvoirs publics dans le cadre du futur PNNS 3″, on ne pourra qu’être inquiet des diktats qui en seront tirés.

Les articles et commentaires mettent surtout en avant les risques des régimes, traitement journalistique classique destiné à vendre un peu de papier supplémentaires par temps de crise. Les régimes peuvent-ils être dangereux? Surement, comme tout ce dont on abuse. Pourtant la décision de faire un régime est une avancée importante pour de nombreuses personnes afin d’améliorer leur image mais aussi leur santé. Pour ces patients qui souhaitent maigrir, ou qui ont besoin de maigrir, le rapport ne prépose rien. Pour lutter contre l’avancée dramatique de l’obésité, rien n’est proposé non plus, mais ce n’était pas bien sur l’objectif de ces 158 pages d’une publication inutile mais très médiatisée, Pour de vraies conclusions sur l’évaluation des bénéfices et des risques des régimes, car il y en a effectivement, il faut préférer se reporter aux vraies études publiées.

Source

Évaluation des risques liés aux pratiques alimentaires d’amaigrissement
Rapport d’expertise collective
Groupe de Travail «Évaluation des risques liés à la pratique de régimes à visée amaigrissante »
Comité d’experts spécialisés « Nutrition humaine »
Novembre 2010

Crédit Photo Creative Commons by J. Chris Vaughan

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