Les Régimes : le rapport inutile mais très médiatisé de l’ANSES

C’est à la demande de la Direction Générale de la Santé que Agence française de sécurité sanitaire des aliments à réalisé une évaluation des risques liés aux pratiques alimentaires d’amaigrissement. La conclusion est déjà dans le titre. L’état veut dorénavant s’occuper, en plus du reste, du corps des Français. La phrase introductive de ce rapport n’a rien de scientifique, la prise en charge de l’obésité se trouve un nouveau corset : « La présente saisine se situe dans le cadre global de la problématique de « l’image du corps », prévue par le PNNS 2 (2006-2010) et dans un contexte d’élaboration de recommandations aux professionnels pour la prise en charge de l’obésité coordonnée par la Haute autorité de santé. Une charte d’engagement volontaire et collectif portant sur la publicité, la mode et l’apparence du corps, ainsi que sur la protection des personnes travaillant dans le mannequinat a été signée le 9 avril 2008 entre Madame le Ministre de la santé, de la jeunesse, des sports et de la vie associative et certains des acteurs concernés » prévient le rapport.

Le travail présenté se voudrait scientifique : « Ce travail est destiné à fournir des bases scientifiques aux actions qui pourraient être proposées par les pouvoirs publics dans le cadre du futur PNNS 3« . Pourtant, les seuls travaux scientifiques qui peuvent compter sont ceux qui, conduits avec des analyses statistiques validées, présentent des résultats acceptés pour publication dans une revue scientifique référencée, après relecture et éventuelles critiques par des relecteurs indépendants de l’étude et de ses sponsors. Ce n’est malheureusement pas le cas de ce travail.

Les auteurs du rapport ont retenus des régimes, non pas sur des critères scientifiques mais les ont « sélectionnés sur la base de leur popularité apparente, c’est à dire ceux les plus fréquemment cités sur Internet ou ceux correspondant aux livres les plus vendus dans le commerce ou sur Internet ».  La méthodologie est magnifique! Atkins, Guttersen, Cohen, « citron détox », Delabos, Dukan, Fricker, Mayo, Agatston, Montignac, Ornish, Tarnower, Weight Watchers, et même la soupe au choux sont tous les régimes qui ont été « évalués » par les scientifiques.

Si un certain nombre d’études publiées ont été revues, le mélange des études chez l’animal et chez l’homme et l’absence de métaanalyse, empêchent toute conclusion scientifique réelle. Tout au plus, des signaux d’alarmes peuvent être dégagés de cette fastidieuse relecture mettant en garde contre la survenue de certaines carences et les risques de la reprise de poids. Les auteurs concluent que « Ce travail a permis de mettre en évidence, sur la base de la littérature scientifique, des risques cliniques, biologiques, comportementaux, ou psychologiques liés à la pratique des régimes amaigrissants », des données déjà analysées, connues et publiées avant ce rapport. Autre conclusion magnifique, « l’activité physique doit être considérée comme un critère essentiel de stabilisation du poids », ça aussi, tout le monde le savait déjà.

Si vraiment ce rapport comme l’espèrent les auteurs, « est destiné à fournir des bases scientifiques aux actions qui pourraient être proposées par les pouvoirs publics dans le cadre du futur PNNS 3 », on ne pourra qu’être inquiet des diktats qui en seront tirés.

Les articles et commentaires mettent surtout en avant les risques des régimes, traitement journalistique classique destiné à vendre un peu de papier supplémentaires par temps de crise. Les régimes peuvent-ils être dangereux? Surement, comme tout ce dont on abuse. Pourtant la décision de faire un régime est une avancée importante pour de nombreuses personnes afin d’améliorer leur image mais aussi leur santé. Pour ces patients qui souhaitent maigrir, ou qui ont besoin de maigrir, le rapport ne prépose rien. Pour lutter contre l’avancée dramatique de l’obésité, rien n’est proposé non plus, mais ce n’était pas bien sur l’objectif de ces 158 pages d’une publication inutile mais très médiatisée, Pour de vraies conclusions sur l’évaluation des bénéfices et des risques des régimes, car il y en a effectivement, il faut préférer se reporter aux vraies études publiées.

Source

Évaluation des risques liés aux pratiques alimentaires d’amaigrissement
Rapport d’expertise collective
Groupe de Travail «Évaluation des risques liés à la pratique de régimes à visée amaigrissante »
Comité d’experts spécialisés « Nutrition humaine »
Novembre 2010

Crédit Photo Creative Commons by J. Chris Vaughan

5 thoughts on “Les Régimes : le rapport inutile mais très médiatisé de l’ANSES

  1. Les seules « méthodes amaigrissantes » bénéficiant de travaux scientifiques publiés et validés sont… rares !

    A ma connaissance, connues en France, on trouve LeDietCare (http://www.i-dietetique.com/?action=articles&id=7594) et WeightWatchers (http://www.i-dietetique.com/?action=articles&id=8111). Prochainement les résultats définitifs, positifs et encourageants, de l’étude Maathermes qui évalue l’effet de la cure thermale sur la surcharge pondérale seront publiés.

    Sinon, c’est plutôt le néant scientifique pour les autres. Alors pas vu, pas pris ? Trop facile ! Donc l’ANSES ne pouvait pas procéder comme vous l’indiquez, ne pouvant se contenter que d’estimer ce que les « adeptes » des différents régimes consommaient pour en évaluer les conséquences au regard des connaissances scientifiques actuelles dans le domaine de la nutrition.

    A la lecture de cet article, je doute que vous ayez pris la peine de lire le rapport de 160 pages, moi je l’ai fait. C’est bien la première fois (dans le monde) qu’un tel travail est effectué (imparfait, certe, mais au moins existant). Quand à vos conclusions, c’est à se demander si vous ne chercher pas à plébisciter indirectement toutes ces méthodes amaigrissantes. Il y a 10 ans déjà, j’avais écrit un petit article prémonitoire intitulé « Surpoids et médicalisation excessive ». Il est vrai que tout cela a commencé comme cela : traiter médicalement (ou psychologiquement, c’est la grande mode aussi) un problème qui ne l’est pas du tout (dans la très très grande majorité des cas)… Pour « preuve », toutes « vraies » maladies ou épidémies régressent, où que ce soit dans le monde, dès que des moyens médicaux adéquat (cela prend parfois du temps, mais rarement plus de 10 ans) sont mis en oeuvre. Curieusement, pour le surpoids et l’obésité, ce n’est pas le cas ! Seules des mesures non médicales semblent pouvoir ralentir ou stabiliser la progression. La principale cause de tout cela est certainement la reconnaissance en 1997 de l’obésité humaine par l’OMS. Très grave méprise. Si toutes les conséquences peuvent légitimement y prétendre, certainement pas le résultat d’une conduite dite de société, que seule la société elle-même pourra résoudre ! A méditer donc.

    Je me suis permis d’intervenir ici car critiquer sans réel fondement (comme les Cohen ou Dukan ayant leur business à sauver) ce rapport, cela revient à cautionner les régimes incriminés (et les autres).

  2. Nous critiquons ce rapport sur les fondements de ce que l’on dénomme l’Evidence Based Medicine. Certes les travaux sont rares mais plusieurs existent et leur somme permet d’orienter correctement les choix des médecins et des patients. Nombreux sont les patients qui expriment un besoin de régimes. La réponse à ce besoin est actuellement occupé par des méthodes plus ou moins divulguées mais sans éducation de fond, et rejeter tout en bloc ne fait avancer personne. Que retiennent les lecteurs de ce que les journalistes ont retranscris de ce rapport? Que tous sont mauvais. Notre position est que si nous voulons avancer, seules les études, méthodologiquement valables, publiées, et critiquées par des relecteurs puis par des lecteurs de revues qui connaissent un sujet, permettent d’apporter des réponses valables. C’est peut-être une position que vous pouvez trouver critiquable, mais nous n’en connaissons pas d’autre qui permettent d’éviter les dogmes. Ce rapport pourtant écrit par des scientifiques qui connaissent ce processus n’y répond absolument pas. C’est une réponse politique à un problème de santé publique. Et la politique a toujours fait mauvais ménage avec la science. Comment éduquer sur l’équilibre alimentaire? Comment éviter cette explosion de l’obésité et du diabète? Comment retrouver un poids compatible avec une réduction des facteurs de risque? Voilà des questions auxquelles notre société devraient pouvoir répondre.
    Pour en revenir aux travaux scientifiques, nous avons déjà publiés plusieurs travaux qui répondent aux exigences de l’evidence based, dont le dernier était publié dans la revue JAMA. Et nous mettrons en ligne mardi prochain les résultats d’une étude menée chez 85 000 femmes et 45 000 hommes pendant plus de 20 années dont les conclusions sont étonnantes. Voilà des travaux que l’on peut considérer comme pertinent scientifiquement.
    En tout cas, merci de votre commentaire.

  3. Toutes ces études scientifiques n’intéressent pas ceux qui suivent les régimes, vous devez bien le savoir ! Peu de personnes sont raisonnables dans ce domaine. Ce rapport (médiatisé) a pour but de sensibiliser un très large public en lui faisant peur, à juste titre, sur la façon dont il s’y prend pour contrôler son poids… et surtout sa santé à court, moyen et long terme. Il vaut donc mieux faire appel à un vrai professionnel (médecin et diététicien nutritionniste, comme l’indique très clairement la conclusion du rapport)… et pas un autre ! Si le médecin (généraliste ou autre, reconverti dans le marché lucratif de l’amaigrissement) ne sait pas quoi conseiller et sur quelle base scientifique, c’est quand même qu’il y a un problème, de non formation ! Le seul métier en France, reconnu par le code de Santé publique, rompu à faire manger mieux les patients, malades ou bien portants, ainsi qu’à les « coacher » et à faire appliquer les prescriptions médicales éventuelles, c’est bien le diététicien ! Messieurs les médecins, si vous ne savez pas, n’inventez pas, déléguez !!!!

  4. Bonjour Monsieur Thierry Monod. Je ne vous connais pas mais j’apprécie votre courage et votre indépendance d’esprit, vous êtes l’un des rares commentateurs à avoir conservé la tête froide dans ce débat. On peut difficilement en dire autant des journalistes qui jouent alternativement de la faveur ou de l’inquiétude de leur public pour en tirer avantage , intérêt et tirages.
    Vous savez que je suis partie intégrante de ce débat sur le surpoids. J’ai été reçu avec une extrême courtoisie par les administrateurs de l’Anses et ils m’ont longuement entendu, et avec beaucoup d’intérêt apparent, sur les bénéfices de ma stratégie, sur son déploiement en France et dans 140 pays du monde mais à aucun moment, il ne m’ont posé la moindre question sur d’éventuels risques rencontrés au cours de ma longue expérience de nutritionniste de terrain.
    Quand l’étude est sortie, je l’ai lue dans le menu détail et j’ai vraiment eu l’impression que leurs auteurs avaient un dessein et qu’ils s’en étaient acquitté avec les moyens du bord, en bricolant et sans aucunement sacrifier à une quelconque rigueur scientifique ni même intellectuelle.
    1) Les 15 régimes ou méthodes évaluées sont de toute évidence, d’intérêt, d’impact, de popularité et de signatures extraordinairement différentes. Avoir regrouper des hérésies nutritionnelles comme le régime Citron ou Soupe aux choux , des régimes totalement inconnus en France comme le Ornish ou le Guttersen à des régimes ou des méthodes ayant un passé, une notoriété, un public et un médecin à bord indique clairement qu’il s’agit d’un habillage et que l’on a essayé de composer une base suffisante pour ne pas laisser à penser que l’on avait des candidats dans le collimateur.

    2) Les méthodes ont été évaluées sur la lecture des ouvrages destinés au grand public, en avouant avec une naïveté indécente que certaines méthodes n’avaient pas pu être évaluées car « les livres de présentation étaient épuisés ». L’évaluation a donc été faite de manière virtuelle et théorique sans n’avoir jamais interrogé un seul patient, lecteur, internaute. Il n’aurait suffit que d’un appel à témoin pour avoir une profusion de témoignages.
    3) L’étude n’a porté que sur les seuls risques des méthodes choisies. Que signifie un risque s’il n’est corrélé à ses bénéfice. Tout acte extérieur appliqué au corps ou aux comportements humains présente un risque – médication, vaccin, intervention chirurgicale, transport – y compris les effets délétères d’une telle étude si elle parvenait à démobiliser ceux qui ont un réel besoin de maigrir.
    4) L’Anses, comme toute officine administrative n’a pas d’experts en interne et a fait appel à des experts extérieurs. Ceux-ci sont toujours les mêmes ou issus des mêmes foyers d’inspirations, ils se cooptent ainsi depuis le début des années 50 et se recrutent dans le camp du « nutritionnellement correct ». Ils prônent l’équilibre, la variété, le refus des contraintes, ce sont les éternels tenants de ce que l’on appelle les Basses Calories, de tout en petite quantité. Cette école est née au sortir de la guerre dans les bagages de l’abondance. Science neuve et balbutiante, elle a voulu s’éloigner des sciences molles, les sciences humaines et sociales pour singer les sciences dures – physique et chimie – en construisant un modèle « à chiffres et formules » fondé sur l’équation énergétique du surpoids. Ce modèle est à l’exact antipode de la « psychologie du gros », fondée sur l’affect, les émotions et le besoin de compenser la froideur des modes de vie ambiant par la chaleur et la charge émotionnelle des aliments.
    Le surpoids n’est jamais perçue comme une maladie et encore moins comme une maladie qui tue. Or d’après l’analyse internationale des experts en nutrition de l’association Riposte que je préside, le surpoids et l’obésité est LA première cause de décès en pays d’abondance mais ne tuent jamais de leurs propres mains et confie la tâche à des exécutants comme le diabète, les maladies cardiovasculaires – cholestérol, HTA – et les cancers hormonodépendants masculin et féminins (sein, prostate etc., indépendamment de l’usure lente et sournoise d’un corps en surcharge.
    Face à un fléau aussi frontal, les administratifs et chercheurs de cette obédience proposent de manger « sainement », équilibré, varié, en bougeant et en consommant 5 fruits et légumes par jour. En fait, on refuse de faire la guerre à notre pire ennemi, on compose avec lui et depuis 60 ans sans que l’un seul de ces scientifiques ne se pose à voix haute la question que son honneur d’homme de science devrait lui imposer : « Que dois-je faire de ma théorie quand je constate, d’année après année depuis 60 ans qu’elle est en échec absolu, les statistiques grimpant d’une année sur l’autre inexorablement? »
    Poussant le ridicule à son comble, les experts diligentés par l’Anses considèrent que maigrir n’est pas anodin et que la conduite d’un amaigrissement doit être menée par un médecin nutritionniste assisté d’un psychothérapeute. Comment peuvent-ils ignorer qu’il n’existe en France que 300 nutritionnistes pour 22 millions de personnes en surpoids et 6.5 millions d’obèses. Comment peut-on être aussi éloigné des réalités de terrain et du contexte économique.
    5) Enfin, dans cette évaluation, on a beaucoup conseillé mais les conseilleurs ne sont pas les payeurs. On a oublié l’acteur principal de toute l’affaire, celui qui souffre de son surpoids, en tombe toujours malade et en meurt souvent à petit feu, on a oublié aussi et surtout que C’EST LUI QUI FAIT LE REGIME. Cette petite dame ou monsieur à qui, au bout de la chaine, revient la charge et la souffrance du régime, ceux-là ont leur mot à dire. En démocratie, on se doit de respecter le vote populaire et ceux qui vivent leur poids et l’expérience de leurs régimes ont beaucoup à nous apprendre de ce vécu, de leur propre évaluation, de leur comparaison, de leur choix et de leurs préférence.
    Dans mon cas personnel, l’éditeur de mes ouvrages revendique officiellement 3.5 millions de livres vendus. Le syndicat de l’édition française fixe à trois le nombre de lecteurs par livre acheté, ce qui compose une communauté de plus de 10 millions de lecteurs, sans prendre en compte les 510 forums, blogs et sites construits et entretenus par des anonymes, des bénévoles et militants de la méthode à laquelle ils ont donné mon nom.
    Enfin, je suis nutritionniste depuis juillet 1970 et c’est la première fois que j’ai vu une agence nationale administrative publier une étude avec une telle profusion de communication, de dossier de presse, de recours à des professionnels du markéting et de l’événementiel.
    Pour moi, le rapport de l’Anses m’aura permis de reposer le problème. Tant que les tenants patentés de la Nutrition n’auront rien d’autre à proposer pour lutter contre la dérive du poids dans nos sociétés que leur dogme de l’équilibre, je les soupçonnerai d’intelligence avec l’ennemi et comme une nomenklatura bien décidée à étouffer dans l’œuf toute innovation, surtout celles dont les résultats seraient de nature à éclairer leur échec.
    Le 20 janvier 2011, je publierai des études, non pas celles réalisées en interne qui seraient suspectées d’inauthenticité mais une large étude confiée à un organisme indépendant, l’IFOP, sur 1900 dossiers. D’autre part, vu le nombre de personnes ayant suivi ma méthode en lisant mes livres et abonnées au coaching sur le net, peu de généralistes n’ont pas rencontré parmi leurs patients de cas de succès interpellant. 179 généralistes ont suivi des séminaires de formation pour prescrire eux-mêmes ma méthode. 20 000 d’entre eux ont été contactés pour leur demander d’être de nouveau insérés dans la boucle du traitement du surpoids. Dans tous mes ouvrages, il sera clairement inscrit en bold et en surligné que « Maigrir est sérieux et il est essentiel de demander de l’aide et de l’encadrement médical à son médecin. » Pour ceux qui n’ont ni le temps ni la formation, je leur demande d’encadrer la feuille de route des utilisateurs de ma méthode, en premier lieu par un examen clinique et un bilan biologique pour détecter des facteurs de pléthore, des problèmes hormonaux et plus spécialement de thyroïde et surtout d’insuffisance rénale avec créatinine et urée.
    A 5000 d’entre eux, je propose de suivre en interne 3 patients en surpoids et à gros risque pour les introduire dans une large étude internationale car j’ai la même relation avec les médecins britanniques et hispaniques, tant espagnols que sud-américains.
    Je ferai parvenir à l’Anses ainsi qu’à Monsieur Xavier Bertrand les résultats de l’ensemble de ces actions et je prendrai plaisir à vous mettre en copie, Monsieur Monod car j’ai apprécié le calme et la pertinence de vos analyses et par dessus tout, votre indépendance d’esprit.
    Docteur Pierre Dukan, président de Riposte international

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