dimanche 4 décembre 2016

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Entre 500 et 1000 patients seraient morts des suites de soins inappropriés dans les hôpitaux français en 2009

Tout le monde a entendu parler de l’infection contractée à l’hôpital par Guillaume Depardieu, un staphylocoque doré qui lui rongeait la jambe et qu’il décida finalement de couper. Si cette conséquence de l’hospitalisation fut largement médiatisée, elle peut toucher n’importe quel patient, c’est ce que l’on appelle les infections nosocomiales. Mais ce n’est pas la seule conséquence d’une hospitalisation. Une enquête nationale a été menée pour chiffrer ces évènements parfois dramatiques qui touchent les patients en un lieu où ils auraient du être sous protection. Visiblement c’est l’inverse.

En language de la fonction publique on appellera cela les Evènement Indésirables Graves ou EIG. L’étude a suivi près de 8000 séjours de courte durée à l’hôpital pendant 7 jours. Les séjours psychiatriques, les séjours aux urgences n’ont malheureusement pas été évalués. C’est un questionnaires réalisé auprès des personnels soignants qui a fourni les réponses de l’enquête. Deux types d’EIG ont été identifiés, ceux qui vont causer une hospitalisation et ceux survenant pendant l’hospitalisation. On distingue également ceux qui sont très prosaïquement dénommés EIG évitables, car causés directement par des soins non conformes et pouvant donner lieu par conséquent à une action judiciaire, et ceux dénommés EIG inévitables car plus en relation avec la fragilité du patient. Les questionnaires ayant été remplis par le personnel soignant, celui qui justement administre ces soins, un certains nombre d’EIG évitables ont donc potentiellement pu être “camouflés”.

L’éenquète déjà réalisée en 2004 a donc été répétée en 2009 pour montrer l’évolution des EIG au sein des hôpitaux français publics et privés puisque la réduction des EIG figure  parmi les objectifs de la loi du 9 août 2004 relative à la politique de santé publique (objectifs 26, 27 et 28). Qu’en est-il vraiment?

Les EIG surviennent surtout en CHU en chirurgie et la situation  s’est aggravée par rapport à 2004

Entre avril et juin 2009, sur 31 663 journées d’hospitalisations, ce sont 374 EIG qui ont été identifiés au cours de l’enquête, 57% des EIG surviennent au cours de l’hospitalisation et 43% entrainent une hospitalisation. 54% sont survenus en chirurgie, 46% en service de médecine. 47% de ces EIG sont évitables et pourraient donc entrainer une action judiciaire menée par le patient contre les le personnel soignant et l’hôpital. Parmi les EIG évitables, 73% sont consécutifs à des soins non appropriés, à des retards ou à des erreurs dans leur réalisation. Dans environ un quart des cas, ont été citées les défaillances humaines des professionnels, la supervision insuffisante des collaborateurs et la communication insuffisante entre professionnels. Ce sont les personnes les plus âgées qui sont le plus victimede EIG.

Pour 1000 jours d’hospitalisation, 6,2 EIG ont été constatés dont 30%  étaient évitables. Ce sont surtout au cours des hospitalisations en chirurgie qu’ils surviennent et surtout en centre hospitalo-universitaire (CHU) par rapports aux autres centres hospitaliers publics ou aux hôpitaux privés. Pour les EIG ayant provoqué une hospitalisation, la proportion de séjours causés par des infections associées aux soins était statistiquement superieure en 2009 par rapport à 2004 dans les unités de chirurgie. L’analyse comparative des cas observés en 2009 et en 2004 montre une augmentation des infections du site opératoire liées à des interventions lors d’hospitalisations antérieures.
Pour les EIG survenus en service de médecine, il n’y a pas de différence entre les hôpitaux. C’est aussi en service de chirurgie que les EIG évitables sont les plus fréquents.

500 à 1000 morts par Evénement Evitable Grave évitable en 2009

En extrapolant ces chiffres au nombre total de journées d’hospitalisation en France en 2009, on peut estimer que 275 000 à 395 000 EIG sont survenus au cours de l’année, dont 95 000 à 180 000 sont évitables. Ces EIG évitables entrainent la prolongation du séjour, des incapacités, voire un risque de décès du patient. Les EIG identifiés dans des unités de médecine surviennent plus fréquemment dans les centres hospitaliers (CH) que dans les cliniques privées. Les cause en sont la défaillance humaine d’un professionnel (27,6%), la supervision insuffisante des collaborateurs (26,4%),  une mauvaise définition de l’organisation et de la réalisation des tâches (12,6%), une communication insuffisante entre professionnels (24,1%), une composition inadéquate des équipes (16,1%), des infrastructures inappropriées (17,2%) ou un défaut de culture qualité (8%).C’est au sein des gros hôpitaux universitaires que les EIG sont les plus nombreux.

L’enquète cite en particulier les cas d’un nouveau-né en arrêt cardiaque après un bolus d’un analgésique central réservé à l’anesthésie-réanimation administré par une infirmière sans prescription médicale, ou encore d’une femme de 90 ans, prise en charge à domicile par SOS médecin pour œdème aigu du poumon traitée par diurétiques sans transmission d’information au médecin traitant. Le suivi de cette prescription n’a donc pas été réalisé et la femme âgée à été hospitalisée car elle avait poursuivi les diurétiques à la dose prescrite par SOS médecin alors qu’ils auraient du être réduits progressivement.

Au cours de l’enquête, 8 patients sont d’ailleurs décédés suite à un tel événement. L’extrapolation de ce nombre de patients décédés au nombre total des EIG évitables, soit 95000 à 180 000, indiquerait qu’entre 536 et 1017 patients seraient décédés d’un EIG évitable en 2009 dans les hôpitaux français, une extrapolation qui n’est curieusement pas faite par le rapport officiel.

L’enquète ne montre aucune réduction des EIG sur la période 2004-2009. La loi de 2004 est donc un échec.Le ministre de la santé était alors Philippe Douste-Blazy et son chef de cabinet Gérard Longuet. Les hommes et femmes politiques de 2010 ont donc voté une nouvelle loi pour rassurer le bon peuple de leur utilité, “le décret n°2010- 1408 du 12 novembre 2010 relatif à la lutte contre les événements indésirables associés aux soins dans les établissements de santé et la mise en place de programmes sectoriels en matière de gestion des risques associés aux soins” qui devraient selon les auteurs “conduire à faire évoluer les indicateurs de suivi de la politique en matière de sécurité des patients”.

Gageons que les résultats 2015 ne seront guère différents, et cela tant que des programme de formation intrahospitaliers et une responsabilisation judiciaire des personnels administratifs et médicaux ne seront pas réalisés.

Source

Evenement indésirable asocié aux soins – ENEIS 2009-voir le document complet

Voir Le questionnaire de l’étude

L’Enquête nationale sur les événements indésirables liés aux soins (ENEIS)

Étude nationale sur les évènements indésirables graves liés aux soins. Analyse approfondie de 45 événements indésirables graves liés aux soins
Michel P. et al., 2007
Document de travail, DREES, série Études, n° 67, juillet.

Étude nationale sur les évènements indésirables graves liés aux soins
Michel P. et al., 2006
Document de travail, DREES, série Études, n° 60, juin.

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