samedi 3 décembre 2016

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Bilan 2009 des infections nosocomiales à l’hôpital : Des mesures totalement insuffisantes

Les infections nosocomiales, c’est à dire les infections que risque d’attraper un patient se rendant à l’hôpital, sont fréquentes et compliquées à traiter car les germes sont fréquemment résistants à plusieurs antibiotiques. Depuis quelques années, le ministère de la santé publie un tableau de bord des infections nosocomiales permettant à un patient de connaitre l’état de la lutte contre ces infections au sein de l’hôpital dans lequel il pourrait être hospitalisé. Cette lecture est non seulement complexe et fastidieuse mais surtout elle n’indique absolument pas le risque réel d’infection  rencontré par les patients et ne reste qu’une réponse politique à une inquiétude justifiée de santé publique.

Chaque établissement de santé produit annuellement 5 indicateurs qui reflètent son niveau d’engagement dans la prévention des infections nosocomiales :

L’Indicateur Composite des Activités de Lutte contre les Infections Nosocomiales : ICALIN objective l’organisation de la lutte contre les infections nosocomiales dans l’établissement, les moyens qu’il a mobilisés et les actions qu’il a mises en œuvre. Ce score sur 100 points reflète le niveau d’engagement de l’établissement de santé et de ses personnels.

L’indicateur de consommation des produits ou solutions hydro-alcooliques pour l’hygiène des mains : ICSHA est un marqueur indirect de la mise en œuvre effective de l’hygiène des mains. Il permet d’apprécier la mise en œuvre par les professionnels soignants des recommandations de pratiques de prévention.L’ICSHA, exprimé en pourcentage, est le rapport entre le volume de produits hydro- alcooliques consommé réellement par l’établissement et son objectif personnalisé de consommation vers lequel les établissements doivent tendre. Celui-ci est déterminé à partir d’un référentiel national prenant en compte les types d’activités.

L’indicateur de réalisation d’une surveillance des infections du site opératoire : SURVISO rend visible l’engagement de l’établissement dans une démarche d’évaluation et d’amélioration des pratiques et de maîtrise du risque infectieux en chirurgie. Il s’intéresse à la mise en place par l’établissement d’une surveillance épidémiologique des patients après leur opération chirurgicale. Il ne permet pas de mesurer la fréquence des infections du site opératoire. SURVISO indique la proportion des services de chirurgie de l’établissement qui se sont impliqués au cours de l’année dans une enquête épidémiologique.

L’indice composite de bon usage des antibiotiques : ICATB objective l’organisation mise en place dans l’établissement pour promouvoir le bon usage des antibiotiques, les moyens qu’il a mobilisés et les actions qu’il a mises en œuvre. Ce bon usage associe des objectifs de bénéfice individuel pour le patient (meilleur traitement possible) et de bénéfice collectif (limitation de l’émergence de bactéries résistantes). Ce score sur 20 points reflète le niveau d’engagement de l’établissement de santé.

le Ministère chargé de la santé a développé un score agrégé élaboré à partir des résultats de chacun des indicateurs en pondérant chaque indicateur selon un % arbitraire : ICALIN 40%, ICSHA 30%, ICATB 20%, SURVISO 10%. Ainsi vous pourrez connaitre le “niveau d’engagement” de l’hôpital dans la lutte contre les infections nosocomiales, qui sera classé A, B,C,D,E,F en fonction du résultat final du score agrégé..facile, non? Le meilleur score est A, le pire est E, F correspond aux centre de santé qui ont évité de répondre aux indicateurs. Selon les dernières données du ministère, 60,4% des centres de santé sont A en 2009, 27,4% en B, 11,3% en C, 0,7% en D, 0,1% en E et 0,1% en F.

Il reste encore un indice, l’indice SARM. C’est un indice triennal d’infection par Staphylococcus aureus (staphylocoques dorés) résistants à la méticilline (SARM). Cette bactérie multirésistante aux antibiotiques est fréquemment en cause dans les infections nosocomiales. Cet indice donne le nombre de patients hospitalisés chez lesquels au moins une souche de SARM a été isolée au sein d’un prélèvement à visée diagnostique (nombre de SARM déclarés), quelque soit le lieu d’acquisition (souches importées et acquises) rapportés à 1000 journées d’hospitalisation. Ce n’est donc qu’un indice partiel car il existe bien d’autres germes impliqués dans les infections nosocomiales comme par exemple le Clostridium difficile ou le Pseudomonas aeruginosa qui ne sont pas surveillés par l’indicateur SARM. Selon les données de 2008, l’incidence globale pour 1 000 journées d’hospitalisation, tous établissements confondus, est passée de 0,62 en 2004 à 0,45 en 2008 soit une baisse de 27% en 5 ans (source INVS 2008). Cette valeur moyenne tomeb à 0,39 en 2009 avec cependant de grandes disparités en fonction des hôpitaux puisqu’il varie de 0,01 à 2,20. Un hôpital qui aurait un indice SARM au dessus de 0,39 est donc au dessus du risque moyen national d’infections nososcomiales par le staphylocoque doré.

Ainsi aucun de ces indicateurs ne répond réellement à la question à savoir, d’identifier le risque réel d’infection nosocomiale dans un hôpital.Ils ne reflètent qu’un niveau d’engagement et reste peu utile pour le patient. Cependant si vous souhaitez connaitre les indicateurs au sein de l’hôpital que vous fréquentez, cliquez ici.

Prenons deux exemples, l’Hôpital Européen Georges Pompidou à Paris et le centre hospitalier de Longjumeau, un hôpital de la banlieue parisienne.

Le premier a un score agrégé à 99%. Le niveau d’engagement de l’hôpital dans la lutte contre les infections nosocomiale (ICALIN) est à 100, la consommation de produits hydro-alcooliques (à 219% des besoins identifiés, Les 6 services de chirurgie (SURVISO) répondent à l’enquête, l’indice d’usage des antibiotiques est à A. Donc tous les indicateurs sont au vert et pourtant l’indice SARM est lui à 0,57 soit au delà de la moyenne nationale. Comment améliorer encore la lutte contre les infections nosocomiales? Les indicateurs ne sont plus d’aucune aide.

Le second a un score agrégé à 84,4% en progression depuis 3 ans. Le niveau d’engagement de l’hôpital dans la lutte contre les infections nosocomiale (ICALIN) est à 95,5, la consommation de produits hydro-alcooliques (à 76% des besoins identifiés, seulement 3 services de chirurgie sur les 6 de l’hôpital (SURVISO) répondent à l’enquête, l’indice d’usage des antibiotiques est à A. Des progrès semblent donc possibles puisque 3 indicateurs montrent une insuffisance, ceci d’autant plus que l’indice SARM est lui à 0,67 soit au delà de la moyenne nationale. Pourtant, comme le montre l’analyse de l’hôpital Pompidou, malgré de bons indicateur ne peut réduire l’incidence des infections nosocomiales.

Ce classement des hôpitaux réalisé par le ministère de la santé et repris par des magazines comme l’Express, ne délivre donc pas du tout le “classement des hôpitaux les plus surs” mais celui des hôpitaux qui mettent en oeuvre des moyens de réduction des infections nosocomiales. L’hôpital Nord de Marseille classé A avec un score de 98% est bien celui dans lequel au moins 3 patients sont récemment décédés en réanimation d’une contamination par l’aspergillus, un champignon dont les contaminations ne sont pas reprises dans l’analyse du ministère de la santé.

Quelle sera donc la réponse efficace apportée par les responsables de la santé publique? Nous l’attendons toujours.

Source

Qualité et sécurité des soins dans les établissements de santé Indicateurs 2009 pour la lutte contre les infections nosocomiales
Dossier de presse Mardi 30 novembre 2010

Résultats nationaux 2009 Tableau de bord des infections nosocomiales

Crédit Photo Ceative Commons by besopha

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