mardi 27 septembre 2016

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Haïti : une étude génétique confirme que le choléra a bien été introduit récemment

La grande revue médicale américaine, The New England Journal of Medicine publie un article qui confirme l’importation d’une souche étrangère de la bactérie du choléra à Haïti. Avec le rapport du Pr Renaud Piarroux réalisé à la demande du ministère Français des affaires étrangères (voir article Docbuzz), cette étude renforce la suspicion sur le rôle joué par les soldats de l’ONU venus du Népal, peu après une épidémie locale de choléra,  particulièrement active à Katmandou, où était stationnés les soldats.

Aucune épidémie de Choléra n’était survenue en Haïti depuis plus de 100 ans. Et brutalement en octobre 2010, une épidémie débute dans la province de l’Arbonite, gagne rapidement les 10 départements du pays et franchi la frontière avec la république dominicaine. Le choléra est une bactérie gram négative qui contamine l’homme en régle générale par de l’eau souillée. Sur les 93 000 personnes atteintes par le choléra, 2100 sont décédés (au moment de l’écriture de cet article).

Du Vibrio Cholerae, la bactérie responsable du choléra, il existe de nombreuses classes qui peuvent être identifiées par des tests biochimiques et microbiologiques. Ce que les spécialistes dénomment la septième pandémie, c’est à dire la septième épidémie de choléra répertoriée dans le monde, a débuté en Indonésie en 1961 et s’est lentement déplacée vers l’ouest, passant par l’Afrique et gagnant l’Amérique en 1991. Elle frappe d’abord le Pérou puis l’Amérique du sud et l’Amérique centrale où le choléra s’est installé et resurgit régulièrement. Ce choléra est du à un Vivbrio Cholerae El Tor de sérogroupe 01. Les premières analyses réalisées sur la bactérie infectant Haïti a révélé qu’il s’agissait également d’un Vibrio Cholerae El Tor 01; il a donc une parentée avec celui de la septième pandémie. Pourtant au fil de ses périgrinations, la bactérie a subi des variation génétiques et phénotypiques.

Afin de déterminer la parentée réelle entre la bactérie infectant Haïti et celle de la septième pandémie, des scientifiques du service de maladies infectieuses de l’hôpital général du Massachusetts, on mené une étude comparative de l’ADN des deux bactéries, après séquensage. Des échantillons de selles de deux patients Haïtiens contaminés par le choléra, ont été envoyés aux Etats-Unis. Des bactéries de l’épidémie survenue au Pérou en 1991, et de celles survenues au Bangladesh en 1971 et en 2008, appartenant toutes à la septième pandémie, ont servi de comparateur.

Les résultats démontrent que le choléra qui tue actuellement à Haïti est pratiquement identique à celui de la septième pandémie touchant l’Asie du Sud, dont le Bangladesh. Il est en revanche différent de celui circulant en Amérique et en Afrique. Cette analyse suggère donc fortement que le choléra frappant Haïti est un choléra d’importation récente, et de provenance asiatique. Cette souche cause une deshydratation encore plus sévère que la souche Américaine, ce qui renforce sa capacité et sa rapidité de dissémination par l’accroissement du nombre de selles contaminées. Il est en plus résistant à plusieurs antibiotiques. Cette capacité de dissémination et sa résistance aux antibiotiques laisse à penser que cette souche va progressivement remplacer la souche Américaine dans l’écosystème régionale. La mise en place et le renforcement des mesures d’hygiènes est indispensable si l’on veut limiter la difffusio de cette souche. Une vaccination de masse pourrait aider également à la contrôler.

Source

The origin of the Haitian Cholera outbreak strain
Chen-Shan Chin, Ph.D., Jon Sorenson, Ph.D., Jason B. Harris, M.D., William P. Robins, Ph.D., Richelle C. Charles, M.D., Roger R. Jean-Charles, M.D., James Bullard, Ph.D., Dale R. Webster, Ph.D., Andrew Kasarskis, Ph.D., Paul Peluso, Ph.D., Ellen E. Paxinos, Ph.D., Yoshiharu Yamaichi, Ph.D., Stephen B. Calderwood, M.D., John J. Mekalanos, Ph.D., Eric E. Schadt, Ph.D., and Matthew K. Waldor, M.D., Ph.D.
N Engl J Med 2010. This article (10.1056/NEJMoa1012928) was published on December 9, 2010, at NEJM .org.

Crédit Photo Creative Commons by British Red Cross.

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