dimanche 4 décembre 2016

Docbuzz

Retrouvez Docbuzz sur Twitter

Docbuzz est aussi sur Facebook

Quand le magasine féminin “ELLE” dit OUI au paracétamol pendant la grossesse…

La revue Médicale Human Reproduction publiait le 01 octobre 2010 une étude montrant une association entre la prise d’antalgiques au cours de la grossesse et le risque de cryptorchidie chez l’enfant mâle (voir article Docbuzz). La cryptorchidie est le facteur de risque le plus important pour un sperme de mauvaise qualité et pour un cancer des testicules. L’étude montre également que les mères considérent injustement les antalgiques comme inoffensifs.  Un article du magazine féminin “ELLE” tente de nous convaincre du contraire.

Le magasine féminin “ELLE” publie, le 19 novembre à la suite de l’étude de Human Reproduction, un article intitulé “Grossesse, faut-il avoir peur du paracétamol”. L’article s’ouvre sur une interrogation que beaucoup de femmes enceintes pourraient effectivement se poser :

Jusqu’ici, à la question “Docteur, j’ai mal à la tête, que puis-je prendre”, la réponse était simple : du paracétamol vendu sous le nom de Doliprane et d’Efferalgan, considéré comme inoffensif pour le foetus (ce qui n’est pas le cas de l’aspirine, accusé d’aggraver le risque de fausses couches et d’hémorragies)-

Les lectrices de ELLE sont ici tout d’abord en droit de s’interroger sur le bien fondé de la publicité faite à deux médicaments particuliers vendus en pharmacie ainsi qu’à l’affirmation selon laquelle ces produits sont inoffensifs pour le foetus; ni l’indication d’utilisation, ni la dose, ni la durée d’utilisation ne sont bien sur précisés. Mais l’article est bien plus profond. Il va tenter de convaincre la lectrice que le risque mis en évidence dans l’étude n’est pas tant le fait de la nocivité potentielle d’une molécule pour le foetus, mais d’une anomalie de comportement de la population étudiée , les Danois : ils ont “le taux de cryptorchodie le plus élevé”, “la concentration du sperme le plus bas d’Europe”, “l’incidence du cancer du testicule le plus élevé”, “les Danois sont les champions du monde de l’autoconsommation d’antalgiques”, “Au Danemark, une femme enceinte considère souvent comme normal de prendre quotidiennement un ou des antalgiques pendant plusieurs semaines au cours de la grossesse! On est donc très loin des habitudes françaises”…Et voilà en quelques affirmations dont le fondement scientifique reste totalement à démontré, l’étude est déconsidérée, elle ne s’intéresse donc plus qu’à la population des femmes enceintes danoises, pas du tout aux femmes enceintes francaises, circulez…La suite donne raison à cette analyse : A la question écrite en caractères gras et en rouge “Peut-on encore prendre du paracétamol?”, l’article répond clairement “Oui, de façon raisonnable”, affirmation d’ailleurs validée par deux médecins n’ayant pas participé à l’étude mais scientifiquement irréprochables : “les recommandations sur les prises d’antalgiques ne changent pas” dit l’un, “Vaut-il mieux risquer des complications pour cause de fièvre ou prendre du paracétamol, la réponse va de soi” dit l’autre, (sans réellement donner la réponse) ajoutant “Reste qu’on ne s’automédique pas quand on est enceinte et qu’il est indispensable de demander l’avis d’un médecin”, sage précaution effectivement. Un encart sur fond jaune en gros caractère reprend même cette phrase “Le paracétamol reste le traitement de première intention”…

Que peut retenir une lectrice d’une lecture rapide? Probablement qu’il n’y a finalement aucun problème à prendre du paracétamol, un geste réalisé le plus fréquemment en automédication, souvent par faute de temps d’aller consulter, un geste réalisé, contrairement à ce que prétend l’article non pas uniquement pas les Danoises, mais par plus de 50% des femmes enceintes en Europe et aux Etats-Unis, alors que les signaux d’alerte existent depuis les années 1980 sur le lien entre antalgiques et possibles anomalies foetales, alerte récemment renforcée par plusieurs études dont celle-ci. Le paracétamol est d’ailleurs un des médicaments les plus consommé en France. De notre côté nous maintenons cette affirmation de bon sens scientifique, Encore plus que quiconque, une femme enceinte ne doit JAMAIS s’automédiquer.

Source

“ELLE” 19 novembre 2010, page 36 “Faut-il avoir peur du paracétamol?” (article du magasine papier non disponible en ligne)

Intrauterine exposure to mild analgesics is a risk factor for development of male reproductive disorders in human and rat
David Møbjerg Kristensen, Ulla Hass2, Laurianne Lese, Grete Lottrup1, Pernille Rosenskjold Jacobsen, Christele Desdoits-Lethimonier, Julie Boberg, Jørgen Holm Petersen, Jorma Toppari, Tina Kold Jensen, Søren Brunak, Niels E. Skakkebæk, Christine Nellemann, Katharina M. Main, Bernard Jegou, and Henrik Leffers

Hum. Reprod. Advance Access published November 8, 2010

Crédit Photo Creative Commons by abardwell

Articles sur le même sujet