dimanche 25 septembre 2016

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Pourquoi les artistes sont-ils mélancoliques? L’exemple de Goethe

Déjà Théophraste au troisième siècle avant JC se posait la question : “Pourquoi les éminents philosophes, hommes politiques, poètes ou artistes sont-ils tous mélancoliques”. Des études récentes ont associé la créativité à une forme de dépression de type bipolaire. En fait, la stabilité psychologique varierait en fonction du domaine artistique d’activité. Les scientifiques éminents, les économistes et les écrivains souffriraient moins de troubles psychologiques que la population générale. En revanche, les poêtes ont trois fois plus d’épisodes dépressifs et font 3 fois plus de tentatives de suicide que la population générale. Le cas du poète allemand Goethe a été particulièrement étudié, peut-être parce qu’il a lui-même cosidérablement écrit sur ses sentiments, ses  signes dépressifs et ses idées suicidaires.

Mis à part une soeur, pas d’autre dépression dans la famille de Goethe. Cette soeur, auquelle Goethe était très attachée a commencé à ressentir les premiers signes dépressifs au cours de sa première grossesse, qui se confirment par une depression du  post-partum. Traitée par une psychothérapie, la dépression réapparait lors de sa seconde grossesse et sa soeur meurt quelque mois après la naissance de son second enfant.

Goethe a eu du mal à naître. Plusieurs tentatives de réanimations seront nécessaires pour lui faire respirer enfin sa première gorgée d’air et pousser son premier cri. Les premiers signes d’anxiété apparaissent dès l’enfance. Alors qu’il a 6 mois, sa mère est à nouveau enceinte et se désintéresse de lui. Cette perte laisse une cicatrice sous la forme d’une peur permanente de la séparation et d’une tentative créatrice de venir à bout de cette situation. Après sa soeur, 5 autres frères et soeur meurent dans leur petite enfance.

La première depression touche Goethe alors qu’il a 14 ans, la seconde à 16 ans et demi lorsqu’il étudie à Liepzig ”Souvent je suis mélancolique. Je ne sais pas d’où cela provient…La noiceur enrobe mon âme, une noirceur aussi impénétrable que le brouillard d’octobre”. Sa dépression n’est pas une simpe attitude poétique mais bien une atteinte sévère de l’humeur, incluant une disparition des envies, un retrait social, une tristesse et une absence d’espoir. Son estime de soi est réduite, il ne se trouve pas “une once de valeur”, les doutes l’envahissent en tout. Parrallèlement son état physique décline et en juillet 1868, il fait une hémorragie, probablement lié à une tuberculose, une maladie très fréquente alors. Goethe décrit ses sensations dépressives avec indifference. Mais même écrire un courrier est pour lui une tâche douloureuse.

Il rentre chez ses parents ou son état  va petit à petit s’améliorer. En mai 1770, il peut reprendre ses études à Strasbourg. Mais dès 1772, une nouvelle dépression apparait après une rupture amoureuse. Cette fois, les idées suicidaires envahissent Goethe. C’est à ce moment que débute pour Goethe un phase de créativité poétique exceptionnelle ; il écrit “Die Lieden des jungen Werthers” (Les souffrances du jeune Werther) roman qui prend source de l’amour sans espoir qu’il éprouve pour Charlotte Buff, la fiancée de l’un de ses amis. Goethe écrira plus tard qu’il a, à ce moment, échappé aux “dents de la morts”. Mais une brutale rechute mais fin à cette phase de créativité exeptionnelle, alors qu’il se fiance à la très belle Lili Schöneman. Il se rétablit après avoir romput avec sa belle fiancée. En 1786, il rechute à nouveau, une dépression qu’il retracera dans une pièce de theatre Torquato Tasso où il fait justement le portait d’un poète italien qui ne trouvant pas son chemin dans l’existence, devient désespéré et autodestructeur, avant de trouver un salut dans la création, tout comme Goethe : “Je me bat avec la mort et avec la vie, et aucun mot ne peut exprimer ce qui se déchaine en moi, cette chute me conduit à moi-même-devrais-je partir corporellement et sprirituellement, est)ce que ma nature, mon esprit, ma chance supplanteront cette crise, je dois remettre en place des milliers de fois ce qui doit être mis en place”.

Un voyage en Italie, “une vraie renaissance… Une deuxième naissance”, lui offre un peu de répis et à son retour, une longue période de stabilité apparait. Il tombe amoureux de Christiane Vulpius, une fleuriste, s’occupe d’affaires politiques et scientifiques mais ne créé plus. En 1803, cependant, après ue infection dentaire, il connait l’une de ses dépression les plus profondes. Mais il reprend la création et dans la solitude, il écrit “Die naturlich Tochter”, une pièce de théatre sur la révolution française. Progressivement, il se remet et l’inspiration le quitte.

En 1804, Goethe souffre de coliques néphrétiques qui ne lui laissent pas un instant de repos. Il devient impossible. Il se remet  progressivement au travail et achèvera, en avril 1806, un de ses chefs d’oeuvre, Faust.

En plus de son travail, Goethe a eu quelques liaison sans lendemains qui lui ont permis de dépasser son état dépressif, mais il vécut 30 années de bonheur avec sa femme jusqu’à son décès en 1816. C’est une perte immense pour Goethe. Il lui faudra plusieurs années avant d’écrire à nouveau. Il ne quittera plus jamais Weimar.

Goethe était soumis à de fortes variations de l’humeur, qui l’ont souvent poussé à créer, alors qu’en temps de bien-être il est incapable d’écrire. Goethe n’était créatif que durant ces épisodes de dysthymies et à proximité de la fin de ses épisodes dépressifs. A postériori le diagnostic de trouble bipolaires parait plausible. L’acceptation de cet état  l’a aidé à faire face aux moments de désespoir, et à se relancer encore et encore.

Source

Depression and Creativity, The case of the german poet, scientist and statesman J.W. Goethe
Rainer M. Holm-Hadulla, Martin Rousselb, Frank-Hagen Hofmanna
Journal of affective disorder Volume 127Issue 1, Pages 43-49 (December 2010)

Tableau ; Goethe dans la campagne romaine a été peint en 1787, à Rome, par Johann Heinrich Wilhelm Tischbein. Le tableau se trouve dans la ville natale de Goethe, à Francfort sur le Main, au Städel Museum.

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