vendredi 30 septembre 2016

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Faut-il exécuter les criminels sexuels?

La peine de mort en France n’existe plus. Pourtant il semble que l’opinion lui reste favorable, en particulier lorsqu’elle se prononce alors qu’un crime, tel qu’un viol d’enfant, fait l’actualité.

Aux Etats-Unis, la question est différente. En 2008, la cour suprême des Etats Unis, écrit ”Aux yeux des américains ordinaires, les pires violeurs d’enfants-des prédateurs sexuels qui infligent des blessures physiques et psychiques à un enfant sans défense, sont l’épitome de la dépravation morale…Selon le jugement rendu en Louisiane comme dans de plus en plus d’autres Etats, ces blessures justifient la peine de mort”.

Depuis les années 1990, le gouvernement fédéral américain et de nombreux Etats ont pris des mesures nouvelles contre les pédophiles : tenue de régistres, restriction de résidence, castration chimique, et certains Etats, dont la Louisiane a été le premier en 1995, ont revu leur legislation pour y inclure la peine de mort, jusqu’alors réservée aux individus reconnus coupables de meurtre.

Etonnamment, ces mesures ont été prises alors que les crimes sexuels commis sur des enfants étaient sur le déclin. Cependant, la médiatisation massive de quelques affaires particulièrement violente peut expliquer cette réponse judiciaire.

Le but de cet étude était de mieux cerner cette prise de conscience anti-pédophile des années 1990 ainsi que de mieux comprendre comment l’opinion public apportait son soutien à la peine de mort en fonction du type de crime. De nombreuses études ont été menées sur le soutien populaire apporté à la peine de mort aux Etats-Unis. En synthèse, les blancs y sont plus favorables que les autres ethnies pour les crimes de sang, les hommes y sont plus favorables que les femmes. Le soutien est d’autant plus appuyé que le niveau d’éducation est bas, et dans certaines études, l’âge mûr est également retrouvé comme un facteur plus en faveur de la peine de mort. L’appartenance à un groupe religieux, à un groupe politique conservateur, augmentent encore le soutien à la peine capitale.

Selon un sondage realise par le magazine Times et la chaine de TV CNN en 1997, 74% des américains supportaient la peine de mort contre les meurtriers, 47% contre les violeurs, et 65% contre les violeurs d’enfants.

Les scientifiques de l’école de criminologie de l’université de Floride ont d’abord analysé un sondage téléphonique réalisé auprès de 1101 personnes, peu avant que plusieurs Etats votent l’application de la peine de mort contre les pédophiles.

Est-ce que le soutien apporté à la peine de mort par le peuple varie en fonction du crime commis?

Quatre américains sur cinq soutiennent l’application de la peine de mort pour certains crimes, mais ce soutien est effectivement variable en fonction du crime commis. Seuls 27% la soutienne contre un violeur de femme adulte alors que ce taux atteint 52% contre les violeurs d’enfants. 79% sont favorables à la peine capitale pour punir un meurtre. Ainsi, si punir un meurtre par la peine de mort fait l’unanimité, le peuple américain a des points de vues variés en ce qui concerne la punition nécessaire d’un crime sexuel. Cependant quand il s’agit d’enfant, la majorité y est favorable. De nombreuses études menées depuis 1991 ont confirmé que la réponse que voulait donnner le peuple américain à un crime sexuel contre un enfant était la peine capitale.

Est-ce que les mêmes critères sociaux et démographiques qui privilégient la peine de mort en cas de meurtre se retrouvent dans le cas des crimes sexuels contre des enfants?

En général, les blancs, les fondementalistes, les protestants américains (WASP), les conservateurs, sont tous plus favorables à la peine de mort pour un crime de sang. L’éducation a elle un effet inverse : plus elle est basse, plus la personne est favorable à la peine de mort. Dans le cas des crimes sexuels contre les enfants, on ne retrouve absolument plus ces séparations. Seule l’éducation reste un critère différentiant entre les pour et les contre : Plus le niveau d’éducation est élevée, moins on réclame la peine capitale pour punir une crime sexuel mené contre un enfant.
Une experience dramatique de victimisation ou même la peur de subir un jour une telle violence n’augmente pas le pourcentage de ceux favorables à la peine capitale. En revanche, c’est l’idée que si la peine n’est pas assez dure, l’aggresseur risque de récidiver, qui rend la population  favorable à l’execution d’un aggresseur d’enfant.

Cependant cette étude, comme d’autres, met en evidence que le soutien à la peine de mort se réduit substanciellement aux Etats-Unis. Les favorables sont passés de 79% à 63% entre 1991 et 2008. Or dans le même temps le soutien à la peine de mort pour un crime sexuel augmente de 27% à 47% avec un passage à une majorité forte des 2/3 dès que ce crime sexuel a été commis contre un enfant. Pourtant, s’interrogent les auteurs, le peuple américain à cet avis favorable à la peine capitale peut-être sans être au courant des statistiques réelles? Sait-il que le nombre de crimes sexuels est en regression? Sait-il que la récidive dans le cas des crimes sexuels est réduite? Les politiciens et les juristes doivent ici faire face à un choix difficile. Doivent-il capituler démagogiquement face aux “désirs du peuple” ou doivent-ils tenter de faire face au public est de lui faire entrevoir la réalité de la situation? Une tentative qui peut-être ne servira à rien et apparaitrait peu crédible au peuple américain.


Quand Ménard regrette l’abolition de la peine de mort…

Source

To execute or not execute? Examining public support for capital punishement of sex offenders?
Christina Mancini and Daniel P. Mears
Journal of Criminal Justice Volume 38, Issue 5, September-October 2010, Pages 959-968

Crédit Photo Creative Commons by Christi Nielsen

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