vendredi 30 septembre 2016

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Prise en charge des AVC : Les français ne sont pas traités équitablement selon les régions

Au niveau national, le nombre d’accidents vasculaires cérébraux a été estimé à 101 000 en 2007, chiffre le plus récent. 14 673 patients décèdent lors de leur première hospitalisation. Si des améliorations de la prévention et de la prise en charge à la phase aiguë des patients victimes d’AVC,sont indispensables pour en réduire la fréquence et la gravité, la réadaptation est également fondamentale pour favoriser la récupération, réduire le déficit fonctionnel induit par les AVC et optimiser la réinsertion sociale et professionnelle. La rééducation doit être précoce, débutant dans l’idéal durant l’hospitalisation en court séjour,  ou bien au domicile, en ambulatoire ou dans le cadre d’une hospitalisation à domicile.Le but de cette évaluation était d’estimer le nombre et la proportion de patients hospitalisés en suite de soins de rééducations après un AVC et de décrire les variations de prise en charge en fonction de la région de domicile des patients et des caractéristiques de prise en charge à la phase aiguë.

81 863 patients ont pu être inclus dans l’analyse.  Parmi eux, 25 132 ont bénéficié d’une hospitalisation dans un service de suite de soins de rééducation soit 30,7% seulement. Les prises en charge étaient des hospitalisations complètes dans la quasi-totalité des cas (98,6%). Près de 95% des prises en charge en rééducation se déroulaient dans un établissement situé dans la région de domicile du patient et 81,3% dans son département. L’hospitalisation durait en moyenne 45 jours. Les hospitalisations de jour étaient rares. Les femmes bénéficient plus souvent de ce type d’hospitalisation que les hommes. Les disparités régionales des proportions de patients hospitalisés en suite de soins de rééducation étaient notables. Les situations les pires se situent en Outre-mer où la proportion de patients bénéficiant de ces services variaient de 8,3% à 27,5%; la Guyane et à la Réunion ont les taux les plus faibles. En métropole, la proportion de patients hospitalisés en suite de soins de rééducation varie de 24,5% à 37,0%. Les régions où le risque de ne pas bénéficier d’une hospitalisation en suite de soins de rééducation est le plus élevé sont la Franche-Comté, le Nord-Pas-de-Calais, la Champagne-Ardenne, la Lorraine et la Basse-Normandie. Par ailleurs, l’étude montre une prise en charge en suite de soins de rééducation moins fréquente pour les patients initialement hospitalisés dans le secteur privé ne participant pas au service public.

Parmi l’ensemble des patients non décédés en court séjour, 23,5% étaient orientés dans un service de suite de soins médicalisé. Seulement 7,2%, d’entre eux soit une minorité, bénéficiait d’une rééducation fonctionnelle. Les hommes étaient plus souvent hospitalisés en rééducation fonctionnelle que les femmes (8,2% vs. 6,2%). Des disparités régionales ont été observées dans cette étude réalisée en 2007, avant la réorganisation du secteur « soins de suite et réadaptation » promue par les décrets de 2008 et l’instauration du « Plan pour l’amélioration de la prise en charge des AVC 2010-2014 ». Un des objectifs spécifiques du plan est de « prendre en charge tout patient victime ou suspect d’AVC dans une filière organisée et territorialement définie ». L’étude met en évidence que l’on est très très loin de cet objectif. Pourtant, à cette fin, il est demandé aux Agences Régionales de Santé de veiller « à la complémentarité et à la cohérence des actions, avec le souci de réduire les inégalités d’accès aux soins à travers une action volontariste sur la répartition territoriale de l’offre, et de faciliter le parcours des patients ».

Les disparités régionales peuvent être rapprochées de la densité d’offre de soins. Ainsi,  le ratio du nombre de places en hospitalisation de jour varie de 0,35 à 2,35 lits-places pour 1 000 habitants, en fonction des régions.  La variabilité de l’offre était également importante en rééducation fonctionnelle, avec des ratios s’étalant de 0,2 à 1,2 pour 1 000 habitants. les disparités de la densité médicale variant de 1,2 (Guyane) à 5,5 (Languedoc-Roussillon) pour 100 000 habitants jouent également un rôle dans une moins bonne prise en charge.

Il est donc préférable de faire un AVC en Languedoc-Roussillon ou en Alsace qu’en Guyane ou en Champagne-Ardennes, des inégalités face aux soins que les Agences Régionales de Santé auront beaucoup de difficultés à modifier. Il est par ailleurs probable que plus le nombre d’hôpitaux continuera à être réduit et plus les hôpitaux restant seront concentrés sur des grandes agglomérations, plus la disparité régionale de prise en charge persistera. L’absence de répartition équitable des médecins en fonction de la densité de population qui continue à s’accentuer va également contribuer à perpétuer ce déséquilibre de l’offre de soins

Source

Hospitalisations en soins de suite et de réadaptation en France après un accident vasculaire cérébral survenu en 2007
Christine de Peretti , Javier Nicolau, Josiane Holstein, Olivier Rémy-Néris, France Woimant
BEH 28 décembre 2010, n°49-50

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