dimanche 4 décembre 2016

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Shampoings, déodorants, savons, lessives : Quand le “parfum” est toxique voire cancérigène

Les bonnes odeurs de votre lessive, de votre champoing ou de votre déodorant pourraient bien vous laisser un arrière goût amer. Les produits industriels “parfumés” sont légion. Pourtant derrière ce “parfum” se cachent de nombreux produits chimiques non indiqués sur les étiquettes, y compris certains classés comme toxiques. Tout au plus trouverez vous l’indication fragrance ou parfum. Mais que cache ce terme générique? Une étude menée par l’université de Washington a découvert que parmi 25 produits de grande consommation “parfumés”, chacun relargue pas moins de 17 produits chimiques camouflé derrière le terme “parfum”. Au total, sur ces 25 produits, les chercheurs ont identifié 133 produits chimiques dont 25% sont reconnus toxiques ou dangereux pour l’être humain. Parmi ces 133, 2 au plus étaient indiqués sur l’étiquette ou la notice d’utilisation du produit. Les produits analysés par les scientifiques et se targuant d’être “Bio” présentent les mêmes risques que les autres.

“Nous avons analysés ls produits les plus vendus, dont la moitié d’entre eux revendiquent un label vert, ou nature” explique le premier auteur  cet article, Anne Steinemann,” et de manière surprenante, les produits chimiques relargués par les produits “verts” ne sont pas différents de ceux relargués par les autres produits.

Aus Etats-Unis comme dans de nombreux pays, l’exposition à des composés organiques volatiles a lieu essentiellement à l’intérieur des bâtiments. Les produits parfumés émettent une grande variété de composés organiques volatiles dont certains ont des effets nocifs sur la santé, provoquant parfois l’exacerbation d’un asthme, des maux de tête, des lésions muqueuses ou des dermatites. Qu’est-ce que cachent réellement les émanation parfumés d’un produit industriel parfumé, d’un désodorisant d’intérieur, d’un déodorant, d’une lessive, d’un savon pour lave vaisselle, d’un shampoing pour bébé, d’un produits ménager pour le sol ou la baignoire, d’un produit d’hygiène intime? Le premier constat est que personne n’a réellement répondu à cette question, le second est que la loi n’oblige absolument pas les fabriquants à révéler la teneur de ces émissions, ni même des produits couvert  par le terme parfum, fragrance, fragrance naturelle, parfum organique…laissant le consommateur dans un flou total. Pourtant ces produits sont utilisés à grande échelle par les industries, les institutions, et les particuliers. Le troisième constat est que derrière le simple mot “parfum”, peuvent se cacher jusqu’à 100 substances différentes pour un seul produit, parmi 2600 substances identifiées à ce jour et légalement autorisées à se camoufler sous ce terme générique.

Les scientifiques de l’université de Washington ont sélectionnés 25 produits de grande consommation, 4 produits pour le linge (lessive, lingettes, assouplissant), 9 produits d’hygiène personnelle ( savon, désinfectant pour les mains, lotion, déodorant, shampoing, et shampoing pour bébé), 4 produits ménagers (produits de nettoyage, désinfectants, lessive pour lave vaisselle), et 8 parfumeurs d”ambiance (en spray, en gel, en stick déodorant ou solide). Tous ces produits ont été sélectionnés parce qu’ils étaient chacun dans le top 5 des ventes aux particuliers aux Etats-Unis, et la moitié est même le leader du marché, pour la lessive par exemple, utilisée par 37% des foyers.

Chacunes des émanations chimiques de ces produits ont été caractérisés par une méthodologie complexe, rigoureuse, validée et reconnue. Les résultats démontrent que chaque produit émet entre 6 et 20 composés organiques volatiles différents, avec au total 133 composés organiques volatiles différents sur les 25 produits. Dans des conditions d’utilisation normales, ces composés diffusent dans l’air, atteignant des concentration de 100 μg/m3 jusqu’à 1 600 000 μg/m3.

Parmi les 133 composés organiques volatiles détectés, 24 sont classifiés toxiques ou dangereux (aux Etats-Unis). Chacun des 25 produits testés contenaient entre 1 et 8 de ces composés organiques volatiles classifiés toxiques ou dangereux. Parmi les 19 composés organiques volatiles les plus souvent détectés, 5 sont ainsi classifiés toxiques ou dangereux. Les scientifiques mettent aussi en évidence que 11 des 25 produits très utilisés par les consommateurs émettent au moins 1 produit cancérigène dont la loi (américaine) restreint pourtant la limite autorisée d’exposition (1,4-dioxanechlorure de méthylène, et acétaldéhyde. On se souvient que la concentration très élevée en formaldéhyde est à l’origine du retrait de 8 produits lissant pour cheveux au mois de décembre 2010 en France. Voir article Docbuzz).

Parmi les 133 composés organiques volatiles détectés, seulement un, l’éthanol, présent dans 2 produits, figurait sur l’étiquette. Les composés organiques volatiles apparaissent sur les étiquettes sous une dénomination peu claire : “agent nettoyant”, ingrédient de qualité vérifiée”, “adoucissant”, “tensioactif”, “fragrance”, “parfum”…

Qu’en est-il des produits revendiquant un label “vert”? Onze des 25 produits testés étaient dans ce cas, revendiquant une origine “naturelle” ou “non toxique”. Portant, chacun des 11 produits émettaient au moins 2 composés organiques volatiles classifiés comme toxique ou dangereux et quatre au moins un produit cancérigène (1,4-dioxanechlorure de méthylène, ou acétaldéhyde). Il n’y avait aucune différence en nombre de composés organiques volatiles toxique, dangereux ou cancérigène.

Cette étude démontre donc la présence en nombre important de composés chimiques volatiles à l’insu des consommateurs. Ainsi 25 produits de grande consommation émettent 133 composés organiques volatiles différents, dont certains listés comme toxiques, cancérigènes, ou dangereux. Cette étude ne permet pas d’évaluer les conséquence d’une exposition répétée et quotidienne à l’ensemble de ces composés organiques volatiles mais plaide pour une étude approfondie de leurs conséquences sur la santé et sur une remise à plat de la règlementation concernant l’information aux consommateurs. Il apparait également que de nombreux industriels détournent aux dépend des consommateurs l’idéal écologique et le besoin ressenti de plus grande sécurité.

Même si cette étude a été réalisée aux Etats-Unis, les produits utilisés en France sont globalement mis en vente par les mêmes industries multinationales. Les questions posées par cette étude sont donc totalement d’actualité dans notre pays. Par ailleurs, si peu de produits cosmétiques étaient évalués dans cette étude, ils sont de grands consommateurs de “parfums” en tout genre, ne nécessitant pas plus d’étiquettage et donc également, potentiellement à risque. afficher le nom chimique des produits utilisés ne serait que de peu d’utilité car leur nom n’évoquent rien à la majorité des consommateurs. Il est nécessaire que l’utilisation d’un composé chimique soit validé par une reconnaissance scientifique de son absence d’effet négatif sur la santé humaine et l’écosystème.

Liste des composés organique volatiles les plus fréquemment retrouvés parmi les 25 produits testés: les caractère gras indiquent les composés classés comme toxiques et dangereux. Chacun a un lien vous permettant d’en savoir plus sur ce composé.

Limonene (présent dans 23/25)

Alpha-pinène (présent dans 20/25)

Bêta-pinène (présent dans 20/25)

Ethanol (présent dans 19/25)

2,4-Dimethyl-3-cyclohexene-1-carboxaldehyde (présent dans 14/25)

Acétate de benzyle (présent dans 12/25)

Acétone (présent dans 12/25)

Delta-4-carene, cis-2-carene, trans-2-carene, ou delta-3-carene (présent dans 12/25)

o-, m-, or p-cymene (présent dans 10/25)

Camphène (présent dans 09/25)

Butanoate d’éthyle (présent dans 09/25)

Alpha-terpinène (présent dans 08/25)

Acetaldéhyde (présent dans 08/25)

Camphor (présent dans 08/25)

Acide paratoluènesulfonique (présent dans 07/25)

Linalol (présent dans 07/25)

Beta-phellandrene (présent dans 06/25)

Gamma-terpinene (présent dans 06/25)

Source

Fragranced Consumer Products: Chemicals Emitted, Ingredients Unlisted (texte total disponible)
Steinemann AC, MacGregor IM, Gordon SM, Gallagher LG, Davis AL, Ribeiro DS, and Wallace LA.
Environmental Impact Assessment Review, 2010

Crédit Photo Creative Commons by Mike Schmid

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